Dershowitz dit avoir expliqué à Trump que la Constitution est floue sur un 3e mandat
Le président a évoqué l’idée de briguer quatre années supplémentaires, mais son avocat estime qu’il ne le fera pas, après des propos de la donatrice républicaine Miriam Adelson
WASHINGTON – Le président américain Donald Trump a discuté d’un projet de livre de l’avocat Alan Dershowitz examinant la possibilité pour Trump d’exercer constitutionnellement un troisième mandat présidentiel, a rapporté mercredi le Wall Street Journal (WSJ).
Les allusions répétées de Trump à un troisième mandat ont alarmé ses opposants et de nombreux experts constitutionnels, qui estiment qu’une telle hypothèse mettrait à l’épreuve le 22ᵉ amendement de la Constitution américaine, adopté par le Congrès après les quatre élections successives de Franklin Roosevelt. Cet amendement stipule notamment que « nul ne peut être élu à la présidence plus de deux fois ».
Alan Dershowitz a toutefois déclaré avoir expliqué à Trump, mardi, que la Constitution n’était pas explicite sur cette question. Il a précisé qu’au cours d’une réunion dans le Bureau ovale, il avait remis au président un projet de livre intitulé Could President Trump Constitutionally Serve a Third Term?.
L’ouvrage, dont la publication est prévue l’an prochain, explore plusieurs scénarios théoriques dans lesquels une personne pourrait exercer un troisième mandat, a expliqué Dershowitz. Il a ajouté que Trump lui avait indiqué son intention de lire le livre et lui avait demandé ses conclusions sur la question.
« Il a trouvé cela intéressant sur le plan intellectuel », a déclaré Dershowitz dans une interview accordée au WSJ. « Est-ce que je pense qu’il va se présenter pour un troisième mandat ? Non, je ne pense pas qu’il le fera. »
L’un des scénarios évoqués dans le livre prévoit qu’un nombre suffisant de grands électeurs s’abstiennent, empêchant tout candidat d’atteindre les 270 voix requises, ce qui transférerait la décision au Congrès, lequel « sélectionnerait, et non élirait, le président », selon le quotidien.
Selon le National Constitution Center, une organisation à but non lucratif spécialisée dans l’étude de la Constitution, des grands électeurs ne se sont abstenus que deux fois alors que leur candidat était encore en vie, et aucune de ces situations n’a conduit à une décision du pouvoir législatif.
James Sample, professeur à la faculté de droit de l’université Hofstra, a déclaré au WSJ que cette idée était « absurde », tout en avançant une alternative qu’il juge « crédible » : qu’un allié de Trump, « peut-être JD Vance ou Donald Trump Jr », se présente à la présidence et à la vice-présidence sans intention d’exercer leurs fonctions.
Ils « démissionneraient dès leur entrée en fonction et, comme le président de la Chambre des représentants n’est pas tenu d’être membre du Congrès, Trump serait élu speaker, dans une logique de succession », a expliqué Sample.
Ces révélations interviennent après que Miriam Adelson, grande donatrice du Parti républicain, apparue aux côtés de Trump lors d’une fete de Hanoukka à la Maison Blanche, a affirmé que Dershowitz lui avait dit qu’il serait légal pour Trump de se présenter à un troisième mandat. Elle s’est engagée à verser 250 millions de dollars à sa campagne s’il décidait de se représenter, tandis que la foule scandait « Quatre ans de plus ! ».
Dershowitz, qui avait défendu Trump lors de sa première procédure de destitution, a confirmé au WSJ s’être entretenu avec Adelson après sa rencontre avec le président et lui avoir montré le projet de livre.
« Serait-ce possible ? Oh mon Dieu, j’espère que cela pourra se produire », aurait réagi Adelson, selon Dershowitz, avant de s’exprimer lors de la réception de mardi soir.
Trump avait déclaré en octobre qu’il ne briguerait pas un troisième mandat, marquant un net revirement après plusieurs mois durant lesquels il avait laissé entendre qu’il pourrait tester les limites du texte constitutionnel. « Si vous le lisez, c’est assez clair : je n’ai pas le droit de me présenter. C’est dommage, mais nous avons beaucoup de gens formidables », avait-il alors déclaré.
Interrogée mercredi sur l’article du WSJ, la porte-parole de la Maison Blanche, Abigail Jackson, a affirmé que « le peuple américain aurait de la chance si le président Trump restait en fonction encore plus longtemps ».
Trump a remporté l’élection présidentielle en 2016 et en 2024 et continue d’affirmer, à tort, qu’il a perdu le scrutin de 2020 en raison d’une fraude électorale massive, une thèse relayée par des millions de ses partisans. De nombreuses enquêtes n’ont pourtant mis au jour aucune preuve de fraude.
La cheffe de cabinet de la Maison Blanche, Susie Wiles, a déclaré dans une interview publiée cette semaine dans Vanity Fair que Trump « sait qu’il ne peut pas se représenter ».
comments