Des diplomates européens attaqués par des extrémistes juifs en Cisjordanie
Sur des images, un diplomate à terre et un véhicule endommagé ; l’armée israélienne condamne cette attaque 'grave' et précise que la délégation diplomatique n’avait pas coordonné sa visite à Taybeh
Des diplomates européens ont figuré parmi les personnes qui ont été attaquées, dans la journée de samedi, par des partisans du mouvement pro-implantations israéliens en Cisjordanie, alors que des extrémistes menaient des raids contre des localités palestiniennes à travers tout le territoire. Certains ont ouvert le feu en direction des cueilleurs d’olives.
Selon les médias palestiniens, trois Palestiniens ont été blessés lors d’attaques distinctes survenues tout au long de la journée en Cisjordanie. Par ailleurs, une vingtaine de moutons appartenant à des Palestiniens auraient été tués à coups de couteau par des résident d’implantations qui avaient pris d’assaut une ferme.
Des incidents qui se sont produits dans un contexte de tensions accrues en Cisjordanie pendant la récolte annuelle des olives – une période pendant laquelle les attaques lancées par les extrémistes juifs, des agressions qui sont déjà quasi-quotidiennes, ont tendance à s’intensifier.
Lors d’un incident qui est survenu samedi, des véhicules appartenant à des diplomates français, belges et polonais ont été attaqués par des Juifs israéliens dans le village de Taybeh, alors qu’ils effectuaient une visite diplomatique dans le cadre de la récolte des olives dans le secteur.
D’après des images vidéo, l’un des véhicules diplomatiques a été pris pour cible par des jets de pierres et sa vitre a été brisée.
Sur d’autres images, un diplomate apparaît allongé au sol.
תיעוד נוסף: היהודים מתקרבים לרכב הדיפלומטים – עם אלות בידיהם pic.twitter.com/sSrSLUyOhu
— דורון קדוש | Doron Kadosh (@Doron_Kadosh) October 17, 2026
Il est difficile de dire si ce dernier a été blessé, et les pays dont les diplomates auraient été pris pour cible n’ont pas encore diffusé de communiqué au sujet de cet incident.
La radio militaire a rapporté que, d’après des témoignages, sept Israéliens masqués seraient arrivés sur les lieux en quad. Ils auraient encerclé le véhicule diplomatique, ils auraient exigé de voir les pièces d’identité des occupants et ils auraient brisé la vitre d’un véhicule appartenant au consulat belge.
Tsahal a condamné une attaque « grave ».
« Tsahal condamne fermement l’acte de violence grave qui s’est produit dans la région de Taybeh, au cours duquel des diplomates ont été attaqués par des émeutiers israéliens », a commenté l’armée.
« La visite du consulat n’avait pas été coordonnée avec les militaires », a-t-elle ajouté, tout en précisant que « une telle coordination est importante pour prévenir des incidents de ce type ».
Les militaires ont précisé que des policiers étaient entrés dans la zone, escortés par Tsahal, afin de recueillir des preuves et de prendre des dépositions dans le cadre d’une enquête.
La police israélienne avait annoncé lancer des investigations après avoir reçu une vidéo de l’attaque.
« Dès que la vidéo a été réceptionnée, la police a ouvert une enquête et le ministère des Affaires étrangères a également été informé avec pour objectif de localiser les victimes, de recueillir des témoignages et d’identifier les suspects pour qu’ils puissent être traduits en justice », a fait savoir la police.
Elle a ajouté qu’elle « condamne toute forme de violence », précisant qu’elle « mènera ces enquêtes à leur terme afin de garantir que toutes les personnes impliquées dans ces incidents seront traduites en justice ».
Une enquête préliminaire de l’armée a révélé qu’aucun soldat n’était présent sur les lieux au moment de l’attaque.
Un signalement de l’attaque avait été transmis par un civil israélien qui accompagnait les diplomates – il avait téléphoné à un numéro de la brigade régionale de l’armée. Toutefois, les militaires ont précisé que la salle des opérations de la brigade « est destinée à recevoir uniquement les signalements du personnel de sécurité, et non ceux des civils ».
« La salle des opérations reçoit chaque jour des dizaines de rapports opérationnels et ne répond qu’au personnel autorisé, et non aux civils », a indiqué Tsahal, qui a noté que « d’autres canaux désignés sont à la disposition des civils en matière de dépôt de plainte ».
« Toutes les circonstances qui entourent l’incident seront examinées », ont affirmé les militaires.
Ailleurs en Cisjordanie, les médias palestiniens ont rapporté que des partisans du mouvement pro-implantations avaient attaqué et ouvert le feu sur des Palestiniens qui récoltaient des olives ainsi que sur des militants qui les accompagnaient dans le village de Deir Jarir, au nord-est de Ramallah.
Selon ces informations, les partisans du mouvement pro-implantations auraient tiré à balles réelles sur les Palestiniens, les forçant finalement à quitter leurs terres.
L’agence de presse officielle palestinienne WAFA a signalé que les extrémistes juifs avaient agi sous la protection des soldats.
Tsahal n’a pas répondu à une demande de commentaire.
مستوطنون يهاجمون مركبة في أراضي دير جرير شرق #رام_الله. pic.twitter.com/WIyWvegwUO
— وكالة سند للأنباء – Snd News Agency (@Snd_pal) October 17, 2026
Des images diffusées sur Internet ont montré des partisans du mouvement pro-implantations en train de jeter des pierres sur un véhicule palestinien dans le secteur de Deir Jarir.
Une attaque qui est survenue un jour après que trois Palestiniens ont été blessés alors qu’ils cueillaient des olives lors d’une attaque qui avait été lancée par des Israéliens contre ce même village, a signalé la WAFA.
Des extrémistes juifs auraient tué des moutons dans une ferme palestinienne
Samedi également, des partisans du mouvement pro-implantations auraient poignardé à mort une vingtaine de moutons qui appartenaient à des Palestiniens lors d’un raid qui a eu lieu dans une ferme du village voisin de Kafr Malik, également au nord-est de Ramallah.
Selon l’agence de presse officielle palestinienne WAFA, les hommes sont entrés dans la ferme, située à la périphérie du village, et ils ont tué les animaux à coups de couteau.
Des images diffusées sur internet ont montré ce qui a semblé être les conséquences de l’attaque, avec les carcasses mutilées de nombreux moutons entassées les unes sur les autres.
Des résidents d’implantations israéliens armés ont également ont aussi fait irruption, dans la matinée de samedi, dans un village palestinien situé dans les collines du sud d’Hébron, au sud de la Cisjordanie. Ils auraient volé des moutons à des Palestiniens.
Sur des images diffusées par les médias palestiniens, des résidents d’implantations, armés de fusils d’assaut, entrent en quad dans le hameau de Masafer Yatta. Selon certaines informations, les Israéliens auraient fait irruption dans un bâtiment où se trouvait le bétail et ils auraient emmené les moutons.
Breaking | Israeli settler militias steal a Palestinian-owned flock of sheep in the Ma'in area of Masafer Yatta, south of Hebron in the occupied West Bank. pic.twitter.com/JKRlGwUmDc
— Quds News Network (@QudsNen) October 17, 2026
En réponse à une demande de renseignements, Tsahal a fait savoir que des soldats et des agents de la police des frontières avaient été dépêchés sur place « suite à des affrontements violents survenus alors que des informations faisaient état du vol de têtes de bétail qui appartenaient à des civils israéliens ».
Les forces ont tiré des coups de semonce pour « mettre un terme aux heurts » et des policiers sont ensuite entrés dans la zone sous escorte de l’armée israélienne afin de recueillir des éléments de preuve pour l’enquête.
« Tous les détails de l’incident, y compris l’identité des personnes impliquées, font l’objet d’un examen », a annoncé Tsahal.
Un responsable militaire a indiqué que l’identité des Israéliens armés n’était pas connue, ajoutant qu’il n’était pas encore possible de déterminer si les quads appartenaient à d’éventuelles instances de sécurité.
Le responsable a ajouté que l’armée israélienne avait connaissance de « vols de têtes de bétail qui ont été commis par les deux camps ». Il a noté que les moutons volés appartenant à des Palestiniens leur seraient restitués ultérieurement.
???? مشاهد متداولة توثق هجوم أعداد كبيرة من المستوطنين الإسرائيليين على خربة ماعين التابعة لبلدة الكرمل شرق يطا، جنوبي الخليل في الضفة الغربية المحتلة، والاعتداء على الأهالي وسرقة مواشيهم.https://t.co/WHZUQMMCC3 pic.twitter.com/pmHU75xT3O
— Anadolu العربية (@aa_arabic) October 17, 2026
Par ailleurs, Tsahal a indiqué que des soldats et des agents de la police des frontières avaient été dépêchés samedi dans le village de Beit Lid, en Cisjordanie, dans le sillage d’informations qui avaient fait état d’une « confrontation entre plusieurs civils israéliens et des Palestiniens dans la région ».
Un civil israélien a été blessé et transporté à l’hôpital pour y être pris en charge et « les informations qui portent sur d’autres blessés sont en cours de vérification », ont dit les militaires, qui ont précisé que les forces israéliennes étaient toujours à l’œuvre et qu’elles menaient des perquisitions dans la zone.
Une journaliste américaine opérée au lendemain d’une agression par des extrémistes juifs
Par ailleurs, la photographe du Washington Post, Heidi Levine, a été opérée en Israël dans la journée de samedi. Elle avait été passée à tabac, la veille, par des partisans du mouvement pro-implantations qui s’en étaient aussi pris à des Paestiniens alors qu’elle se trouvait en Cisjordanie.
Selon la fille de Levine, Ashley Milner, la journaliste, a un doigt de la main gauche qui a été entaillé jusqu’à l’os, laissant apparaître un tendon ; elle souffre également d’une côte cassée, de multiples fractures de vertèbres ainsi que de lacérations sur l’ensemble du corps.
Levine a dit que les agresseurs — qui étaient armés de bouteilles et de lance-pierres — « m’ont donné des coups de pied pendant environ 10 minutes ; j’essayais, de mon côté, de m’accrocher à mes appareils photo et à mon sac ». Elle a ajouté que son casque et son gilet de protection, sur lequel était inscrit « PRESS », l’avaient probablement préservée de blessures plus graves.
L’hôpital Rabin, situé au centre d’Israël, où Levine a été soignée, a indiqué, dans l’après-midi de samedi,que son état était jugé modérément grave après l’opération.
Les violences des partisans du mouvement pro-implantations à l’encontre des Palestiniens ont connu une forte recrudescence, cette année, et elles se sont encore intensifiées au cours des semaines précédant les élections israéliennes du 27 octobre.
Israël fait face à des critiques internationales de plus en plus fortes face à ces flambées de violences, que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a minimisée en disant qu’elles étaient l’œuvre d’une poignée de délinquants qui, selon lui, ne seraient pas originaires de Cisjordanie. Les détracteurs accusent le gouvernement de tolérer, voire d’encourager ce phénomène, qui a entraîné le déplacement de dizaines de familles palestiniennes.
L’armée israélienne fait également l’objet de critiques croissantes, car ses soldats restent souvent passifs face aux attaques – certains y participent parfois activement. Leurs auteurs ne sont pas poursuivis en justice.
Les forces de sécurité israéliennes, quant à elles, s’efforcent de plus en plus d’entraver les efforts livrés par les militants des droits civiques qui visent à aider les Palestiniens lors des récoltes ou à leur assurer une « présence protectrice » contre les attaques des partisans du mouvement pro-implantations.
Le Conseil de l’UE met en garde contre l’expansion des implantations et l’avancement du projet E1
Samedi également, le Conseil européen, l’organe chargé de définir les orientations générales de la politique de l’Union européenne, a exhorté Israël à revenir sur ses décisions d’étendre les implantations ; il a également mis en garde les entreprises et les institutions financières contre toute participation aux appels d’offres liés au projet controversé d’implantation dans la zone E1.
Dans les conclusions de sa réunion, qui ont été publiées hier, « le Conseil européen exhorte Israël à mettre immédiatement fin à l’expansion des colonies, lesquelles sont illégales au regard du droit international, notamment en retirant son appel d’offres pour des travaux de construction dans la zone E1.»
« Le Conseil réaffirme que les entreprises ne devraient pas se porter candidates à des marchés de construction concernant la zone E1 ou d’autres projets d’implantation. Il rappelle les conséquences juridiques, économiques et en termes de réputation qui pèsent sur les entreprises et les institutions financières qui participent à la construction de colonies, parmi lesquelles le risque de violations graves du droit international », précisent les conclusions.
La date limite de soumission des offres pour les marchés E1 est fixée au 19 octobre.
Le projet E1 prévoit la construction de milliers de logements dans le prolongement de la ville-implantation de Maale Adumim, entre les limites occidentales actuelles de Maale Adumim et Jérusalem-Est, coupant ainsi la continuité territoriale entre les principaux centres de population palestiniens, notamment Ramallah, Jérusalem-Est et Bethléem.
Les Palestiniens et de nombreux gouvernements occidentaux affirment que ce projet anéantirait de facto toute possibilité de créer un État palestinien contigu en Cisjordanie.