Des extrémistes juifs chassent les Palestiniens de la région de Duma, disent habitants et militants

Des habitations bédouines ont été abandonnées en raison de la violence et des actes de harcèlement des partisans du mouvement pro-implantationsdans le nord de la Cisjordanie, selon des défenseurs israéliens des droits humains

Captures d'écran montrant des extrémistes juifs en train de harceler des résidents palestiniens dans des logements de la région de Duma en Cisjordanie, le 5 mars 2026. (Autorisation Torat Tzedek)

Des Palestiniens et des militants israéliens ont fait état, jeudi, d’actes de harcèlement continus de la part de partisans du mouvement pro-implantations à proximité du village palestinien de Duma, et ce même si l’armée israélienne a émis un ordre de zone militaire fermée dans la région.

Ces actes de harcèlement auraient poussé les résidents palestiniens de logements situés dans le nord de la Cisjordanie à abandonner leurs habitations, jeudi. C’est le deuxième incident de ce type à survenir, cette semaine, dans le sillage des violences commises par les extrémistes juifs.

Des militants israéliens des droits de l’Homme ont filmé, jeudi, l’entrée de partisans du mouvement pro-implantations dans des habitations palestiniennes. Ils étaient accompagnés de chiens et d’un troupeau de moutons et ils ont harcelé les résidents, les interpellant avec violence.

Les militants ont affirmé que la police était venue mais qu’elle était rapidement repartie, sans intervenir.

Tsahal et la police n’ont pas répondu aux demandes de commentaires du Times of Israel.

Ces violences commises par des extrémistes juifs à l’encontre des habitants de Duma s’inscrivent dans un contexte de recrudescence de ce genre d’agressions depuis le début du conflit avec l’Iran samedi, a noté l’organisation Yesh Din, qui a signalé que 50 incidents de ce type avaient été enregistrés au cours des quatre jours qui ont suivi le déclenchement de la guerre.

L’ordre de zone militaire fermée a été émis par le commandant de la brigade régionale de Samarie et il a été contresigné par le commandant de la division de Judée-Samarie de l’armée israélienne, le 2 mars. Il couvre un vaste périmètre de territoire où vivent des bergers bédouins, à l’extérieur de Duma.

Il restera en vigueur jusqu’au 2 avril.

En théorie, de tels ordres visent à prévenir les frictions entre les résidents palestiniens locaux et les partisans du mouvement pro-implantations. Mais des militants ont filmé et photographié des extrémistes qui sont entrés à plusieurs reprises dans les campements bédouins, détruisant des biens et harcelant les résidents depuis que l’ordre a été imposé.

A Duma, les Palestiniens sont victimes de violences et de harcèlement de la part des extrémistes juifs depuis le début de la semaine. Des images qui ont été diffusées lundi – le jour de la publication de l’ordre – par des activistes des droits de l’Homme ont montré deux hommes, qui semblent être des partisans du mouvement pro-implantations, en train de brandir des matraques de manière menaçante en direction des habitants et des militants, les agressant physiquement et les aspergeant de spray au poivre.

L’organisation de défense des droits humains Torat Tzedek, qui envoie des militants bénévoles aider les communautés palestiniennes vulnérables à la demande de ces dernières, a fait savoir qu’elle s’opposait à l’ordre de zone militaire fermée autour de Duma dans la mesure où cela signifiait que le groupe ne pouvait plus venir en aide aux communautés menacées.

L’organisation a affirmé que l’armée israélienne et la police s’étaient abstenues de faire appliquer l’ordre à l’encontre des extrémistes juifs et qu’elles n’avaient pas protégé les résidents palestiniens face aux violences.

Torat Tzedek a envoyé mardi une lettre au conseiller juridique de l’Administration civile, au sein du ministère de la Défense, pour lui demander d’annuler l’ordre de zone militaire fermée ou de le modifier afin de permettre aux militants des droits de l’Homme de rester dans les campements bédouins.

Le groupe a également demandé à l’Administration civile de protéger les résidents bédouins victimes de violences et de harcèlement de la part des partisans du mouvement pro-implantations.

Des images prises par des militants dans les campements bédouins montrent un extrémiste juif, qui arbore des franges rituelles et qui brandit un gros bâton, en train de harceler et d’affronter les résidents palestiniens.

Un autre partisan du mouvement pro-implantations – qui porte également des tzitzit et qui est accompagné de trois chiens – se comporte de manière similaire sur la vidéo, alors qu’un troisième Israélien conduit entre les campements l’un de ces véhicules tout-terrain qui sont couramment utilisés par les extrémistes juifs pour se déplacer.

Les militants pour la paix ont fait appel, à plusieurs reprises, au département de coordination et de liaison du ministère de la Défense pour lui demander de l’aide afin de faire respecter l’ordre de zone militaire fermée aux extrémistes, mais personne n’a été envoyé sur place, ont-ils déploré.

Le rabbin réformé israélien d’origine américaine Arik Ascherman, membre de l’organisation de défense des droits de l’homme « Rabbins pour les droits de l’homme », aide des Palestiniens à récolter des olives dans les environs de Ramallah, en Cisjordanie, le 9 novembre 2023. (Photo Aris Messinis/ AFP)

Le rabbin Arik Ascherman, à la tête de Torat Tzedek, affirme que l’armée sait parfaitement qu’empêcher les militants d’être présents dans les habitations bédouines aide les extrémistes juifs à chasser les résidents palestiniens de leurs terres – comme cela s’est déjà produit dans de nombreux hameaux palestiniens ruraux de Cisjordanie depuis le pogrom qui a été commis par le Hamas, le 7 octobre 2023, et la guerre qui a suivi.

« L’ordre de zone militaire fermée est l’un des exemples les plus clairs du soutien actif qui est apporté par l’armée à la destruction des maisons et à l’expulsion [des Palestiniens] par les partisans du mouvement pro-implantations », s’insurge Ascherman.

« Sans que personne ne pipe mot, la collusion entre l’armée et les partisans du mouvement pro-implantations a été un succès à Duma », ajoute-t-il. « Les habitants d’un deuxième complexe ont fui. L’armée nous a expulsés par un ordre, afin de donner toute liberté aux colons ».

Il poursuit : « Alors que les yeux sont rivés sur l’Iran, c’est le mal qui l’emporte ».

Une récente décision de la Haute Cour de justice a déterminé que les ordres de zone militaire fermée militaires à court terme ne pouvaient être émis que quand il y avait des « preuves tangibles » qui démontrent la quasi-certitude qu’il y aura des violations de l’ordre public de la part des militants des droits humains.

Le jugement – qui a été rendu en réponse à une requête du groupe Human Rights Defenders Fund – stipulait également que ces ordonnances devaient s’appuyer sur « des informations concrètes et tangibles, fondées sur des renseignements actualisés, qui démontrent que les militants ont l’intention de perturber l’ordre public ».

L’armée israélienne n’a pas répondu à une demande de commentaires.

Selon Yesh Din, une organisation qui œuvre pour protéger les droits des Palestiniens en Cisjordanie, les 50 incidents de violence commis par des partisans du mouvement pro-implantations ont eu lieu entre samedi et mardi dans pas moins de 37 communautés palestiniennes. Elles ont compris des coups de feu meurtriers, des agressions physiques, des dommages matériels et des menaces.

« Sous couvert de la guerre, la violence des colons s’intensifie dans le but de forcer les Palestiniens à partir et de s’emparer de leurs terres. Les ambitions du gouvernement de déplacer les Palestiniens sont mises en œuvre sur le terrain par des colons violents », a déploré Yesh Din dans un communiqué qui a été diffusé jeudi.

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