Des foules vont se rassembler pour les otages assassinés toujours retenus à Gaza

Les familles prévoient de briser ensemble leurs plaques militaires en signe de solidarité avec les 5 personnes toujours détenues ; Golan s'adressera aux manifestants qui cherchent à retourner sur le site des rassemblements anti-réforme de 2023

Les personnes rassemblées près de la place des Otages, à Tel Aviv, allument leurs téléphones portables pendant l'hymne national israélien, la Hatikva, à la fin d'une manifestation réclamant la restitution des corps des otages tués à Gaza, le 18 octobre 2025. (Crédit : Gilad Furst / Mouvement de protestation pour la démocratie)

Des milliers d’Israéliens devraient se rassembler, samedi dans la soirée, pour réclamer le rapatriement des dépouilles des cinq otages tués par le Hamas qui sont toujours détenues à Gaza. Dans le même temps, des opposants au gouvernement vont chercher à ramener leurs manifestations dans la rue Kaplan à Tel Aviv, une rue qui avait été l’épicentre des manifestations massives de 2023 contre le plan radical de refonte du système judiciaire.

Après le retour, dans la soirée de vendredi, de la dépouille de Lior Rudaeff dans le cadre du cessez-le-feu à Gaza, les groupes terroristes de la bande détiennent toujours les corps sans vie de cinq otages tués : le lieutenant Hadar Goldin, mort au combat pendant la guerre de Gaza en 2014, Meny Godard, le sergent-chef Ran Gvili, Dror Or et Sudthisak Rinthalak.

La sœur de Gvili, Shira, la fille de Godard, Bar, et le frère de Goldin, Chemi, devraient prendre la parole lors du rassemblement organisé par le Forum des familles d’otages et de disparus sur la place des Otages à Tel Aviv, a indiqué le Forum dans un communiqué de presse. Tami Baruch, dont la dépouille de Sahar, son fils, a été rendue à Israël en date du 30 octobre, devrait lui aussi s’exprimer – comme cela devrait être le cas pour la première fois de Nimrod Cohen, l’un des 20 derniers otages encore en vie qui avaient été relâchés le 13 octobre grâce à la trêve.

Dans son communiqué, le Forum a appelé le public à exiger qu’Israël ne passe pas aux phases suivantes de l’accord de cessez-le-feu à Gaza « tant que le dernier otage » n’aura pas été rendu.

Dans le cadre du plan global de cessez-le-feu du président américain Donald Trump, les phases suivantes devraient voir l’armée israélienne procéder à de nouveaux retraits de l’enclave, tandis qu’une administration internationale de transition prendra le contrôle du territoire et s’efforcera de reconstruire la bande de Gaza dévastée.

« Il n’y aura ni conclusion, ni victoire tant que tout le monde ne sera pas rentré », a affirmé le Forum.

Les cinq otages décédés dont les corps étaient toujours retenus à Gaza au 8 novembre 2025 : (Rangée du haut, de gauche à droite) Meny Godard, Ran Gvili, Dror Or ; (Rangée du bas) Sudthisak Rinthalak, Hadar Goldin. (Montage du Times of Israel ; Photos : avec l’aimable autorisation du Times of Israel)

En signe de solidarité avec « nos frères qui sont toujours à Gaza », a fait savoir le Forum, les personnes présentes sur la place des Otages seront invitées pendant le rassemblement à casser en deux les plaques d’identité militaires du Forum – des plaques devenues omniprésentes en Israël après le pogrom du Hamas. Elles portent l’inscription : « Notre cœur est otage à Gaza » et « Ramenez-les chez eux maintenant ».

Le Forum organisera également des rassemblements plus modestes dans des dizaines de lieux à travers le pays, notamment à Jérusalem, Kiryat Gat et au carrefour Shaar HaNegev dans le sud, a-t-il déclaré.

Dans le même temps, des groupes antigouvernementaux ont annoncé qu’ils défileraient de la place Dizengoff à Tel Aviv jusqu’au carrefour Begin-Kaplan, qui avait été surnommé « place de la démocratie » lors des manifestations contre la réforme radicale du système judiciaire de 2023.

Dans une annonce, le groupe anti-gouvernemental Hofshi Beartzenu (Libres sur notre terre) a indiqué : « Nous nous sommes dressés, il y a trois ans pour mettre un terme à la réforme ; nous avons survécu à la plus grande débâcle de l’Histoire de l’État d’Israël, et aujourd’hui, nous n’arrêterons pas tant qu’ils n’auront pas été tenus responsables et renvoyés chez eux ».

Des dizaines de milliers de manifestants contre le projet de loi du gouvernement sur la refonte du système judiciaire, rue Kaplan, à Tel Aviv, le 22 juillet 2023. (Crédit : Gilad Furst)

Lors de la manifestation qui aura lieu rue Kaplan, le chef du parti des Démocrates, Yair Golan et Shikma Bressler, l’une des militantes qui avait été à l’origine du mouvement de protestation de 2023, monteront sur scène pour s’adresser à la foule.

Ben Zoherman, dont le père Motti avait été assassiné lors du festival de musique Nova, près de Reim, lors du pogrom du 7 octobre 2023 et qui est membre du Conseil d’octobre, un groupe de familles de victimes qui réclament la création d’une commission d’enquête nationale sur le massacre, prendra également la parole.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rejeté toute perspective d’établissement d’une telle commission, affirmant qu’elle sera partiale à son égard dans la mesure où ses membres seront nommés par les autorités judiciaires – ce même système que le gouvernement avait cherché à affaiblir dans le cadre de son plan de refonte radicale.

Ses détracteurs affirment que Netanyahu tente d’échapper à ses responsabilités et de mettre en place une commission plus limitée qui lui sera plus favorable.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une réunion du cabinet le 2 novembre 2025. (Capture d’écran/GPO)

Les organisateurs, pour leur part, ont promis de « mettre fin à la réforme du régime, de soutenir les gardiens [de la démocratie au sein du système judiciaire] et de tendre la main à la paix ».

Un rassemblement qui fait suite à l’arrestation de l’ancienne procureure- générale militaire Yifat Tomer-Yerushalmi, qui aurait laissé fuiter des images tournées par les caméras de vidéosurveillance provenant du centre de détention de Sde Teiman – une vidéo qui montrait des soldats de l’armée israélienne maltraitant gravement un détenu palestinien. Le gouvernement a cherché à nommer son propre enquêteur dans ce dossier, contournant ainsi les responsables judiciaires, tout en affirmant que la procureure générale Gali Baharav-Miara pourrait elle-même être suspecte.

Dans le même temps, des responsables de droite et des ministres de haut rang ont remis en question la validité de la vidéo, affirmant qu’elle constituait une calomnie contre les soldats – même si aucune preuve substantielle n’a été apportée quant à la falsification de la vidéo elle-même. Tomer-Yerushalmi a été vivement critiquée pour son rôle dans la diffusion de cette séquence.

Tomer-Yerushalmi a disparu pendant plusieurs heures, dimanche dernier, avant d’être retrouvée saine et sauve sur une plage de la région de Tel Aviv, laissant craindre la possibilité d’un suicide.

Pendant la disparition de Tomer-Yerushalmi, certaines figures du mouvement d’opposition au gouvernement, dont Bressler, ont accusé les alliés de Netanyahu d’avoir poussé l’ancienne procureure en chef de l’armée israélienne à s’ôter la vie en raison de leurs attaques à son encontre. Lundi, dans une déclaration faite au sujet de la manifestation du samedi soir, Ami Dror, figure de proue de l’opposition au gouvernement, a également déclaré que c’était « un miracle » que Tomer-Yerushalmi soit en vie, « malgré la tentative de l’éliminer de la part de la machine à tuer ».

L’ancienne avocate générale militaire Yifat Tomer-Yerushalmi assiste à une cérémonie en l’honneur du juge sortant de la Cour suprême Yosef Elron organisée à la Cour suprême de Jérusalem, le 18 septembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Aujourd’hui, la police soupçonne Tomer-Yerushalmi d’avoir mis en scène sa tentative de suicide afin de se débarrasser de son téléphone, qui aurait contenu des éléments de preuve. Un Israélien qui se baignait dans la mer a découvert le téléphone par hasard vendredi matin, et ce dernier a été emmené à des fins d’analyse.

Mercredi, Hofshi Beartzenu a indiqué, dans son communiqué qui annonçait la manifestation de samedi soir, que les « soupçons graves » qui pèsent sur Tomer-Yerushalmi et une enquête distincte pour corruption, qui a été ouverte cette semaine contre le syndicat de la Histadrut — et qui devrait s’étendre aux ministres du parti au pouvoir, le Likud — faisaient partie d’une tentative visant à « fatiguer, semer la confusion et décourager » les manifestants et à les empêcher de continuer à exiger la démission du gouvernement.

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