Des milliers de manifestants à Istanbul un an après l’arrestation du maire
'Droits, loi, justice', scandent les manifestants, tandis que l'épouse d'Imamoglu prend la parole lors du rassemblement
Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées mercredi devant la mairie d’Istanbul à l’occasion du premier anniversaire de l’arrestation du maire de la ville Ekrem Imamoglu, dont le procès pour corruption est largement considéré comme une manoeuvre politique contre le principal rival du président Recep Tayyip Erdogan.
Agitant des drapeaux turcs, les manifestants parmi lesquels des étudiants ont scandé « Imamoglu président », manifestant ainsi leur soutien au candidat du CHP (Parti républicain de peuple, social-démocrate), à la prochaine élection présidentielle turque.
« Nous gagnerons en résistant », ont également scandé les manifestants.
La police a renforcé les mesures de sécurité autour de la mairie, où de violents affrontements ont eu lieu lorsque la police a réprimé les protestataires il y a un an.
Imamoglu a été arrêté le 19 mars 2025, alors qu’il devait être formellement désigné comme candidat du CHP à la prochaine élection présidentielle prévue à la mi-2028.
Son arrestation a été dénoncée par l’opposition comme une tentative d’anéantir les chances d’un des rares hommes politiques capables de battre le président Recep Tayyip Erdogan aux élections.
Imamoglu, 54 ans, est depuis incarcéré, affrontant plusieurs affaires judiciaires, notamment un procès pour corruption dont la première audience s’est tenue le 9 mars. Le procureur l’a inculpé de 142 chefs d’accusation qui pourraient lui valoir une peine allant jusqu’à 2.430 ans de prison.
« C’est politique », a déclaré à l’AFP Yasemen Unlu, 63 ans, une manifestante derrière des barrières metalliques.
« Il est emprisonné depuis un an pour rien. Imamoglu était candidat à la présidence et avait une longueur d’avance. Rien ne tient la route », estime-t-elle.
« Principal rival » d’Erdogan
D’importantes foules descendent tous les jours dans la rue, défiant une interdiction de manifester à Istanbul et d’autres grandes villes. Les rassemblements les plus importants ont lieu à la tombée de la nuit, débouchant sur de violents affrontements avec les forces anti-émeutes.
Les forces de sécurité ont procédé à une répression brutale des manifestations, et arrêté quelque 2.000 personnes dont des étudiants, des journalistes et des avocats.
Le CHP a continué à organiser des rassemblements dans l’ensemble de la Turquie.
Le CHP a remporté une victoire aux élections locales de mars 2024 contre le Parti de la Justice et du Développement (AKP) du président Erdogan et a depuis fait l’objet d’une vaste répression judiciaire, avec quinze de ses maires derrière les barreaux.
Mais les analystes estiment difficile une candidature de M. Imamoglu à la prochaine élection présidentielle. Même s’il est innocenté des accusations de corruption, il se heurte à un obstacle juridique encore plus important: une action en justice contestant la validité de son diplôme universitaire, condition constitutionnelle pour les candidats à la présidence.
« Je ne pense pas qu’il y ait un espoir », a estimé un manifestant, Erkan Acar.
« C’est le principal rival d’Erdogan. Ils vont le freiner, bien sûr, et le maintenir isolé », a ajouté ce fonctionnaire de 39 ans.
Malgré tout, il s’est joint à la manifestation. « Nous saisirons toutes les occasions, nous l’avons choisi, nous ne pouvons pas le laisser en prison comme ça », souligne-t-il.