Des Néandertaliens voisins étaient divisés sur la manière de dépecer la viande – étude israélienne
En comparant les marques de coupures sur des os provenant de 2 grottes du nord d'Israël, des chercheurs ont découvert que les premiers humains s'en tenaient à des méthodes ancestrales
Il y a environ 60 000 ans, des êtres humains occupant deux grottes dans le nord d’Israël découpaient leur gibier de différentes manières, bien qu’ils vivaient dans des environnements similaires et utilisaient des outils similaires, ce qui suggère le développement de traditions culturelles distinctes, selon une étude publiée jeudi.
Ces résultats, publiés dans Frontiers in Environmental Archaeology, pourraient affiner notre compréhension moderne de l’Homo neanderthalensis, ou l’Homme de Néandertal, qui, plutôt que d’être de simples brutes efficaces, auraient pu transmettre des idées de génération en génération, à travers leur expérience et leur enseignement, créant ainsi une différenciation entre les communautés de troglodytes, – ou hommes des cavernes.
« Pendant longtemps, les Néandertaliens ont été considérés comme très pragmatiques, concentrés sur l’obtention de ce dont ils avaient besoin de la manière la plus efficace possible », a expliqué Anaëlle Jallon, doctorante à l’Université hébraïque de Jérusalem et auteure principale de l’étude, lors d’un entretien téléphonique accordé au Times of Israel.
« Nous commençons maintenant à réaliser qu’il y avait davantage de subtilités, qu’il y avait des aspects culturels. »
Une équipe de chercheurs israéliens et internationaux a analysé les marques de coupures sur près de 350 fragments d’os d’animaux provenant des grottes d’Amud et de Kebara, situées dans le nord d’Israël. Ils ont ensuite documenté les différentes techniques utilisées pour réaliser ces découpes.
Ces découpes avaient été réalisées par les premiers humains à l’aide d’outils en pierre rudimentaires pour préparer la viande avant de la cuire et de la consommer. Les différents outils et techniques utilisés ont produit des motifs distincts visibles sur les os.
Situées à environ 70 kilomètres l’une de l’autre, Amud, dans la Haute Galilée, et Kebara, sur le massif du Carmel, sont considérées comme deux des sites préhistoriques les plus riches de la région.
« Il s’agit de deux grottes datant du Paléolithique moyen supérieur, toutes deux situées dans la zone écologique méditerranéenne », a déclaré Jallon.
« Il est assez rare d’avoir l’occasion de faire une comparaison aussi directe. »
Ces grottes ont été explorées régulièrement au cours des dernières décennies. Elles sont étroitement liées à la population néandertalienne qui habitait la région à cette époque. Au fil des ans, les archéologues y ont découvert des sépultures contenant des restes humains, des outils lithiques, des traces de combustion et des ossements d’animaux.
Les deux sites présentent principalement des traces de chasse à la gazelle et au daim, complétées par celles d’autres animaux, tels que le sanglier, des caprins sauvages comme le bouquetin ou la chèvre de montagne, et peut-être même de grands animaux comme l’aurochs – l’ancêtre du bœuf domestique.
Les outils en pierre présentaient des formes similaires, caractéristiques des Néandertaliens, et les sites funéraires étaient situés à proximité des parois des grottes.
Néanmoins, les similitudes entre les deux communautés ne s’étendaient pas à la façon dont elles aimaient préparer leurs aliments.
Des Néandertaliens pragmatiques
Jallon a fait remarquer que les chercheurs s’attendaient à ce que les premiers habitants d’Amud et de Kebara utilisent des techniques de transformation des aliments similaires.
« Ils vivaient dans le même climat, chassaient les mêmes animaux et faisaient face aux mêmes défis », a-t-elle souligné.
« Il n’existe qu’un nombre limité de façons de dépecer une gazelle, et nous aurions donc pensé que quelqu’un aurait trouvé la meilleure méthode, puis que tout le monde l’aurait adoptée. Mais ce n’était pas le cas. »
Les marques de coupe sur les fragments d’os provenant d’Amud étaient plus denses et moins linéaires que celles observées à Kebara.
Les fragments osseux analysés dans le cadre de cette étude ont été retrouvés dans deux couches d’Amud, datant d’environ 68 000 et 55 000 ans, ainsi que dans une couche de Kebara datant de 60 000 ans.
« Lorsque nous effectuons des recherches sur l’époque préhistorique, le cadre temporel représente toujours un défi de taille, car nous travaillons sur des périodes très longues », a fait remarquer Jallon.
« Nous ne pouvons pas vraiment affirmer avec certitude que des personnes vivaient dans les grottes d’Amud et de Kebara à la même époque », a-t-elle ajouté.
« Ce qui est vraiment intéressant, c’est que si l’on compare les marques de coupe sur les os provenant des deux couches d’Amud, elles restent similaires malgré un intervalle de 13 000 ans. »
Selon Jallon, cela suggère que les premiers humains qui occupaient la grotte ont maintenu pendant longtemps une tradition distincte de celle des humains qui occupaient la grotte de Kebara entre les deux périodes dans leur façon de dépecer leur gibier.
« À Kebara, nous avons dû limiter nos échantillons à une seule couche, ce qui nous a empêchés de comparer les techniques d’abattage à différentes époques », a-t-elle expliqué.
Si les premiers humains ont effectivement occupé les deux grottes simultanément, il est raisonnable de supposer qu’ils ont interagi et peut-être influencé les uns les autres.
« On peut parcourir 70 kilomètres en un jour et demi de marche », a déclaré Jallon.
Mais lorsqu’ils rentraient dans leurs grottes, ils découpaient la viande à leur manière plutôt que d’adopter les traditions de leurs voisins, tout comme vous pourriez préparer une soupe au poulet selon la recette de votre grand-mère, même si vous connaissez d’autres méthodes.
Selon Jallon, de nouvelles recherches pourraient fournir des informations supplémentaires sur les traditions culinaires des premiers humains.
« Peut-être qu’un jour, nous serons capables de reconstituer les recettes des Néandertaliens », a-t-elle conclu avec humour.