Des sites de paris placent Eisenkot en tête malgré l’impasse annoncée par les sondages
Polymarket et Kalshi prétendent refléter la « sagesse collective », mais une professeure met en garde contre l’influence de quelques gros parieurs misant des sommes considérables
JTA — Sur les plateformes de marchés prédictifs Kalshi et Polymarket, les parieurs misent sur la succession de l’actuel Premier ministre, Benjamin Netanyahu, par l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Eisenkot, à l’issue des élections de mardi.
Cette estimation intervient alors que les sondages publiés la semaine dernière montrent qu’aucun des deux candidats ne dispose d’une voie claire vers une coalition gouvernementale disposant d’une majorité de 61 sièges.
La plupart des sondages prévoient que ce qu’on a surnommé le « bloc du changement », mené par Eisenkot, obtiendrait entre 52 et 56 sièges, tandis que la coalition Netanyahu serait créditée d’environ 50 sièges.
Les traders de Kalshi attribuent toutefois 52 % de chances à Eisenkot de devenir le prochain Premier ministre d’Israël, suivi de Netanyahu avec 28 % et de l’ancien Premier ministre Naftali Bennett avec 10 %. Sur Polymarket, les chances d’Eisenkot s’élèvent à 58 %, celles de Netanyahu à 27 %, aucun autre candidat ne dépassant les 15 %.
Moran Ofir, professeure à la faculté de droit de l’université de Haïfa et spécialiste des marchés prédictifs, a expliqué cet écart à la Jewish Telegraphic Agency en soulignant qu’il existe deux différences fondamentales entre les sondages et les marchés prédictifs.
Les sondages mesurent le parti que les électeurs ont l’intention de soutenir, tandis que les marchés prédictifs posent une question différente : qui deviendra Premier ministre ?
Deuxièmement, elle a indiqué que les méthodologies sont fondamentalement différentes. Alors que les sondages s’appuient sur des échantillons conçus pour être représentatifs de l’électorat, Polymarket ne reflète que les personnes qui choisissent de miser de l’argent sur le résultat d’une élection.
De plus, les pourcentages de Polymarket représentent des probabilités implicites de victoire, plutôt que des parts de soutien des électeurs.
À première vue, a déclaré Ofir, le fait que les participants à Polymarket doivent investir de l’argent dans leurs paris devrait protéger la plateforme contre les déclarations mensongères délibérées auxquelles les sondages peuvent être vulnérables.
« La promesse de ces plateformes, comme Polymarket, Kalshi ou PredictIt, est de refléter fidèlement la sagesse collective », a-t-elle ajouté.
Mais cette vision est loin de la réalité sur le terrain.
Dans une étude menée par Ofir, Joshua Mitts, professeur de droit à la Columbia Law School, et Dan Zimmermann, directeur du renseignement chez Betting Intelligence (BETINT), les chercheurs ont analysé 1,2 million de transactions. Ils ont constaté que 18 % de l’ensemble des sommes misées en faveur de Netanyahu sur Polymarket étaient concentrées sur un seul compte, tandis que sept comptes seulement détenaient 29 % des sommes misées contre lui.
« Ce que nous constatons dans nos recherches, c’est que le marché électoral israélien sur Polymarket n’est pas un marché guidé par la sagesse des foules, mais un marché dominé par un très petit nombre d’acteurs relativement importants qui engagent des sommes d’argent considérables », a déclaré Ofir.
Elle a qualifié le marché des paris électoraux de « fragile et très vulnérable à la manipulation », ajoutant que les participants n’agissaient peut-être pas dans le but de maximiser leurs profits, mais plutôt pour influencer l’opinion publique avant les élections.
« Peut-être que Polymarket a été, pendant des années, une plateforme reflétant la sagesse collective. Mais des acteurs puissants ayant des intérêts particuliers l’ont repérée, et aujourd’hui, dans le monde des élections, elle est devenue une plateforme où des acteurs importants et puissants interviennent pour façonner la perception du public », a déclaré Ofir.
Un autre exemple mis en évidence par l’étude s’est produit l’été dernier. Deux comptes ont parié sur Ofer Winter, le chef du parti Amkha Yisrael, dont les intentions de vote oscillent autour de 3,25 %, seuil électoral israélien permettant d’obtenir des sièges à la Knesset. Les chercheurs ont identifié deux comptes de paris nouvellement créés qui ont parié 3 200 dollars sur l’élection de Winter au poste de Premier ministre. Ces paris l’ont brièvement propulsé devant Avigdor Liberman, une figure politique israélienne bien établie à la tête du parti Yisrael Beytenu, dans le classement établi par le marché sur les chances des candidats à devenir Premier ministre.
« Deux jours après le lancement du parti, Ofer Winter dépasse Liberman », a titré un grand journal israélien quelques heures plus tard. Selon Ofir, ces paris pourraient avoir pour but de créer une impression trompeuse afin de convaincre les partisans de Winter que son parti pourrait franchir le seuil électoral.
Ofir a expliqué que les chercheurs avaient interprété les schémas de paris de ce compte, qui avait placé des mises importantes sur Netanyahu, comme la preuve d’un éventuel accès à des informations non publiques. D’autres comptes ayant misé des sommes substantielles présentaient des schémas similaires liés à la guerre contre la République islamique d’Iran, a-t-elle ajouté.
Le Brésil et la Serbie ont organisé des élections ce week-end. Sur Polymarket, le président serbe Aleksandar Vučić avait 72 % de chances de l’emporter. Au Brésil, le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva n’avait que 17 % de chances de l’emporter.
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