Des ultra-orthodoxes bloquent des routes après l’arrestation d’un réfractaire

La police aurait utilisé des matraques et des grenades assourdissantes pour disperser les manifestants ; des dizaines de blessés, dont des policiers, lors des affrontements

Des hommes juifs ultra-orthodoxes bloquent une route et affrontent la police lors d’une manifestation contre l’incarcération d’étudiants de yeshivot réfractaire, à la périphérie de la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak, le 29 octobre 2026. (Crédit : Flash90)

La Route 4 a été rouverte dans les deux sens à la suite de violentes manifestations près de Bnei Brak, où des centaines de haredim protestant contre l’arrestation d’un réfractaire ont affronté les forces de l’ordre, « terrorisé les passants » et agressé des journalistes, a indiqué la police dans un communiqué.

Trois personnes ont été arrêtées, soupçonnées d’avoir agressé des policiers et troublé l’ordre public, précise le communiqué, ajoutant que trois policiers ont été blessés, dont deux ont dû être hospitalisés.

Les émeutiers ont également lancé une pierre sur la journaliste de i24 Shany Weitzman, la touchant à la tête, et ont agressé le photojournaliste de i24 Nadav Abbas à l’aide d’une barre métallique, selon la police et la chaîne.

Par ailleurs, le service d’ambulances United Hatzalah a indiqué avoir pris en charge plus de 30 personnes, manifestants et policiers, souffrant de blessures légères à modérées à la suite de la manifestation.

Huit des blessés ont été hospitalisés, a précisé le service d’ambulances.

Ynet a rapporté qu’un policier avait été touché par une pierre lors des affrontements avec les manifestants. La police a utilisé des matraques et des grenades assourdissantes pour disperser la foule.

La chaîne N12 a indiqué que la manifestation avait été organisée par la Faction de Jérusalem, un groupe ultra-orthodoxe extrémiste qui organise régulièrement des manifestations contre la conscription militaire et l’arrestation des réfractaires.

L’étudiant dont l’arrestation a déclenché la manifestation de jeudi a été identifié par Ynet comme étant Alon Smadja, un habitant de Jérusalem. Smadja aurait été interpellé pour avoir refusé de se présenter au service militaire.

Les manifestants se sont assis sur la chaussée, brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Mieux vaut mourir en tant que juif ultra-orthodoxe que de vivre en tant que juif laïc », « Plutôt mourir que servir » et « Israël est un pays antisémite », a rapporté Ynet.

La police a fermé la Route 4 en direction du nord à hauteur de l’échangeur d’Aluf Sadeh avant la manifestation, tandis que les manifestants bloquaient l’échangeur de Geha, sous l’autoroute.

Les manifestants ont également bloqué des voies ferrées près de Petah Tikva, a rapporté Ynet. La police avait recommandé à la population d’emprunter d’autres itinéraires et d’éviter ces secteurs pendant la manifestation.

« La police israélienne considère le droit de manifester comme l’un des fondements d’un État démocratique et autorise les manifestations tant qu’elles se déroulent dans le respect de la loi », a déclaré la police dans un communiqué. « La police ne tolérera, toutefois, aucun trouble à l’ordre public, aucune entrave à la liberté de circulation, ni aucun comportement susceptible de mettre en danger la sécurité publique. »

La Faction de Jérusalem fustige Ben Gvir

Des sources au sein de la Faction de Jérusalem ont accusé le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, « d’utiliser la police pour se venger des résultats des élections », selon N12. « Nous réglerons nos comptes avec tous les responsables de cette situation. Le sang des haredim n’est pas bon marché », ont-elles déclaré.

La coalition gouvernementale actuelle, dont Ben Gvir fait partie, a perdu sa majorité lors des élections de mardi.

Des hommes juifs ultra-orthodoxes bloquent une route et affrontent la police lors d’une manifestation contre l’incarcération d’étudiants de yeshiva réfractaires, à la périphérie de la ville de Bnei Brak, le 29 octobre 2026. (Crédit : Flash90)

En réponse, Ben Gvir a critiqué le commissaire de police Daniel Levy, l’accusant de chercher à s’attirer les faveurs d’un éventuel futur gouvernement, selon la chaîne publique Kan.

Il a accusé Levy de faire des manifestants ultra-orthodoxes ses « souffre-douleur ».

Le député Yaakov Asher, chef du parti Yahadout HaTorah, a également condamné la réaction de la police, selon N12, affirmant qu’un homme en situation de handicap avait été blessé.

« Bien que nous nous opposions au blocage des routes, nous ne pouvons rester silencieux face à ces images inquiétantes où l’on voit des manifestants, dont un jeune homme en situation de handicap, allongés sur le sol, couverts de bleus ou ensanglantés », a-t-il déclaré.

« Un tel comportement franchit une ligne rouge et ne peut être ignoré », a déclaré Asher. « Les policiers ont agi de manière illégale et avec une violence extrême. »

Des hommes juifs ultra-orthodoxes bloquent une route et affrontent la police lors d’une manifestation contre l’incarcération d’étudiants de yeshiva réfractaires, à la périphérie de la ville de Bnei Brak, le 29 octobre 2026. (Crédit : Flash90)

La Haute Cour de justice a exhorté à plusieurs reprises le gouvernement à faire respecter la conscription des haredim, ayant statué en 2024 qu’il n’existait aucun fondement juridique permettant d’accorder des exemptions générales de service militaire aux étudiants de yeshiva. En juillet, la Cour a gelé une loi adoptée par la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu qui aurait interdit, pendant sept mois, l’arrestation des réfractaires haredim.

La question des exemptions de service militaire pour les haredim est une source majeure de tensions politiques et sociales, d’autant plus que Tsahal a maintes fois déclaré être confronté à un manque urgent d’effectifs dans le contexte de la guerre menée sur plusieurs fronts ces dernières années. Le ressentiment des Israéliens effectuant leur service militaire obligatoire ou de réserve n’a cessé de croître, beaucoup ayant servi pendant des centaines de jours au cours des trois dernières années.

Tsahal a mis en place des programmes pour accueillir les soldats haredim, mais beaucoup s’opposent encore au service militaire, tandis que les dirigeants de la communauté réclament une législation visant à maintenir les larges exemptions accordées depuis des dizaines d’années.

La communauté ultra-orthodoxe a toujours boudé le service militaire, affirmant que la vie militaire est incompatible avec sa culture et ses pratiques religieuses. Des manifestations de haredim, qui dégénèrent parfois en violences, ont eu lieu dans différentes localités du pays.

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