Désarmement du Hamas : Washington voulait faire vite, mais il lui faut attendre les législatives

Malgré les démentis de Kushner, le Conseil de Paix ne peut aller de l'avant sans Israël. Tout est bloqué, du moins jusqu'au scrutin du 27 octobre prochain

Des Palestiniens se rassemblent autour d'une voiture en train de brûler suite à une frappe de l'armée israélienne à Gaza City, le 31 août 2026. (AP Photo/Yousef Alzanoun)

L’envoyé spécial américain Jared Kushner avait semblé optimiste quant aux perspectives de faire avancer rapidement le désarmement du Hamas, lorsqu’il s’était rendu en Israël, le 17 août dernier.

« Il pourrait y avoir des progrès… d’ici 30 jours à peine, espérons-le, avec le retrait de certaines armes », avait déclaré Kushner à Fox News à l’occasion d’une interview, à quelques heures de quitter l’État juif.

Un responsable américain avait, à ce moment-là, déclaré au Times of Israel que Washington envisageait d’organiser une cérémonie pour la remise des premières armes du Hamas au comité administratif palestinien nouvellement créé, chargé de succéder au groupe terroriste à la tête de Gaza.

Moins de trois semaines se sont écoulées depuis que Kushner a exposé son calendrier – et déjà trois diplomates de pays médiateurs ont expliqué au Times of Israel qu’il était peu probable que ce calendrier soit tenu, compte tenu de la forte opposition israélienne à la proposition de désarmement élaborée par le Conseil de Paix sous contrôle américain.

Kushner avait assuré que la validation du plan de désarmement par Israël n’était pas nécessaire pour aller de l’avant, le Premier ministre Benjamin Netanyahu ayant donné son accord l’an dernier au plan en 20 points du président américain Donald Trump pour mettre fin à la guerre à Gaza.

La remise des armes devait se faire entre le Hamas et les administrateurs palestiniens supervisés par le Conseil de Paix. Il n’était demandé à Israël que de remplir les engagements consentis dans le cadre du plan en 20 points, lesquels concernaient pour l’essentiel la stabilisation de la situation humanitaire dans la bande de Gaza, avait avancé Kushner.

L’envoyé spécial du Conseil de Paix, Nickolay Mladenov, et le conseiller de la Maison Blanche, Jared Kushner (respectivement 2ᵉ et 3ᵉ à partir de la gauche), rencontrant le président Isaac Herzog (4ᵉ à partir de la gauche), en présence d’autres conseillers, à Jérusalem, le 17 août 2026. (Crédit : Shalev Shalom)

Mais le texte du plan en 20 points et de la feuille de route de désarmement en 15 points exige que toutes les parties cessent immédiatement les opérations militaires dans la bande de Gaza.

Or, Israël a refusé de le faire, menant des frappes quasi-quotidiennes contre ce qu’il présente comme des terroristes qui représentent des menaces immédiates.

Les États-Unis se sont abstenus de faire preuve d’agressivité pendant la majeure partie de l’année écoulée, cherchant à faire pression sur le Hamas pour qu’il accepte le plan de désarmement du Conseil de Paix. Lorsque le groupe terroriste l’a finalement fait, le 30 juillet dernier, Washington a fait porter ses efforts sur Israël pour qu’il cesse de bombarder Gaza.

Lors de sa visite à Jérusalem le mois dernier, Kushner a pressé Netanyahu de limiter les frappes aux menaces réellement imminentes, manifestement peu convaincu par les justifications israéliennes concernant un grand nombre de ses frappes.

Mais Netanyahu n’a pas cédé, et un désaccord s’est matérialisé du fait de l’insistance du Premier ministre à ce qu’Israël continue de poursuivre les hommes armés qui avaient participé au pogrom dirigé par le Hamas, le 7 octobre 2023.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre, l’envoyé du Conseil de paix pour Gaza, Nickolay Mladenov ; Caroline Glick, conseillère en politique étrangère, est assise deuxième à partir de la gauche, à Jérusalem, le 13 mai 2026. (Crédit : Maayan Toaf/GPO)

La frustration de Kushner s’est également sentie dans le discours prononcé, la semaine dernière au Conseil de sécurité de l’ONU, par le principal envoyé du Conseil de Paix, Nickolay Mladenov, aux côtés du gendre de Trump lors de la réunion avec Netanyahu.

« Une autre frappe sur un dépôt de munitions empêchera-t-elle le Hamas de se réarmer ou de renforcer son emprise sur Gaza ? » a questionné Mladenov. « Non. Cela ne fait que retarder la démilitarisation qui devait avoir lieu, comme cela entrave la transition civile qui devrait se produire pour garantir que le réarmement ne sera plus possible à l’avenir ».

Un argument très proche de ceux de l’administration Biden, laquelle avait poussé Israël à associer sa pression militaire à une voie de sortie diplomatique.

Selon une source proche du Conseil de Paix qui s’en est ouverte au Times of Israel, cet organe sous contrôle des États-Unis est bien conscient du risque de duplicité du Hamas lors du processus de désarmement.

Netanyahu l’a répété à plusieurs reprises à Kushner lors de leur réunion, le mois dernier, souligne la source.

« C’est pourquoi tout le processus est basé sur le principe de réciprocité. Israël n’aura à se retirer d’une zone qu’une fois que le désarmement aura été avéré », ajoute la source.

Des tentes abritant des Palestiniens déplacés sont visibles au milieu de maisons détruites pendant la récente guerre entre Israël et le Hamas à Gaza City, au centre de la bande de Gaza, le 3 septembre 2026. (Ali Hassan/Flash90)

Netanyahu tient à ce que la totalité de Gaza soit désarmée avant que les forces israéliennes ne se retirent de la Ligne Jaune qui divise approximativement Gaza en deux moitiés, orientale et occidentale. Cette position a amené le Conseil de Paix à envisager d’autres cadres de désarmement, bien que l’approche graduelle originale demeure privilégiée.

Le Hamas ne fera pas ce qui lui est demandé si Israël n’est pas de la partie

Au moment où les opérations militaires israéliennes se poursuivent dans la bande de Gaza — au prix de la vie de hauts cadres terroristes mais aussi de civils innocents —, le Hamas a fait savoir aux médiateurs qu’il n’avait aucune intention de désarmer dans de ces conditions, explique un diplomate de l’un des pays médiateurs du Moyen-Orient.

« Il est difficile d’exiger qu’ils se conforment à une proposition quand Israël l’ignore complètement », souligne le diplomate.

Selon la source du Conseil de Paix, le Hamas n’a pas non plus tenu sa parole, après avoir approuvé la proposition de désarmement, comme en témoigne le déploiement d’hommes armés par le groupe terroriste dans les rues de Gaza pour réprimer la dissidence.

Malgré la déception de Kushner envers Netanyahu, le diplomate du Moyen-Orient estime qu’il n’y aura pas de menaces américaines à l’encontre d’Israël au cas où les frappes israéliennes devaient ne pas cesser.

Les États-Unis se sont résignés à attendre l’issue des élections législatives du 27 octobre prochain pour relancer leurs efforts et pour faire appliquer le plan de désarmement du Conseil de Paix, explique le diplomate du Moyen-Orient.

Des hommes armés du Hamas et du Jihad islamique se rassemblent près des lieux de prière de l’Aïd al-Fitr à Gaza City, le 20 mars 2026. (AP/Abdel Kareem Hana, Fichier)

Une autre source proche des négociations assure qu’il n’y a eu aucune directive pour mettre le Conseil de Paix sur pause, « mais il est clair que nous n’en sommes pas là où nous devrions en être ».

Israël interdit à des milliers de recrues de la nouvelle force de police palestinienne de quitter Gaza pour s’entraîner en Égypte, au risque que les terroristes du Hamas n’aient personne à qui remettre leurs armes, quand bien même le Conseil de Paix serait prêt à enclencher le processus.

Selon la source, le seul domaine dans lequel des progrès ont été réalisés concerne les efforts visant à déployer la Force internationale de stabilisation (ISF), chargée de retirer progressivement l’armée israélienne de la bande de Gaza et d’aider au désarmement.

Les discussions progressent en vue du déploiement de près de 1 200 soldats venus d’Ouganda et 500 du Burundi, ainsi que de plusieurs centaines d’autres venus du Maroc, du Kosovo, d’Albanie ou du Kazakhstan. Même l’Indonésie — qui avait gelé ses discussions sur son adhésion à l’ISF en mai dernier — s’est réengagée auprès du Conseil de Paix, révèle la source.

Des soldats du Kosovo visitent une base militaire dans le sud d’Israël alors qu’ils se préparent à rejoindre la Force internationale de stabilisation (ISF) pour Gaza du Conseil de la paix, le 12 juillet 2026. (Crédit: Conseil de paix)

Pourtant, il n’y a aucun calendrier pour le déploiement effectif de l’ISF à Gaza, et Israël devra donner son accord.

Fin juillet, le cabinet de Netanyahu a fait savoir aux journalistes que le cabinet de sécurité avait accepté l’entrée limitée de soldats de l’ISF venus de « pays amis », tels que le Maroc et l’Ouganda.

Mais un mois plus tard, le même cabinet Netanyahu a publié un communiqué déclarant qu’en fait, Israël n’avait pas approuvé l’entrée de l’ISF à Gaza.

On ignore ce qui a changé entre juillet et août dernier, si ce n’est le nombre de jours jusqu’aux élections à la Knesset.

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