Diane Richard : Le témoignage d’un « féminisme confisqué »

L'ancienne figure de proue du collectif « Nous Toutes », est revenue auprès de RadioJ sur son parcours militant et la fracture brutale survenue après les massacres du 7 octobre 2023

Diane Richard (Crédit : capture d'écran YouTube RadioJ)

Dans son livre Lutter sans se trahir : Récit d’un féminisme confisqué (éditions Stock), Diane Richard dénonce la dérive de certains collectifs féministes ayant sacrifié leurs valeurs universelles sur l’autel de l’idéologie.

Diplômée de Sciences Po et ancienne employée de l’UNESCO, rien ne prédestinait Diane Richard au militantisme radical. Pourtant, en 2021, elle s’engage « corps et âme » au sein de la coordination nationale de l’association « Nous Toutes » qui organise les grandes marches parisiennes.

Les premières tensions apparaissent à l’été 2023, lors de l’affaire Nahel. Elle observe alors une hiérarchisation des victimes : certaines militantes choisissent de taire des accusations de violences sexuelles pour ne pas porter préjudice à la cause antiraciste. Elle décrit un mécanisme de « culpabilité blanche » où le féminisme s’efface pour « obéir aux collectifs antiracistes ».

Mais le point de rupture est daté : le 7 octobre 2023.

Le véritable basculement survient en effet après les attaques sanglantes du Hamas en Israël. Diane Richard exprime à l’antenne de RadioJ sa sidération face au silence, voire à la complaisance, de ses camarades de lutte.

Elle dénonce des militantes qui refusent de nommer les viols de masse ou qui les justifient, considérant que les victimes, en tant que « colons », l’auraient « bien mérité ».

Lors de la manifestation féministe du 25 novembre 2023, le malaise devient insupportable. Elle y observe :

  • L’exclusion du collectif « Nous Vivrons », venu porter la voix des victimes israéliennes, sous prétexte qu’il représenterait « l’extrême droite ».
  • Une ambiance violente, marquée par une omniprésence de drapeaux palestiniens et un service d’ordre masculin, inhabituel pour de tels rassemblements.

Pour avoir refusé de se taire, Diane Richard dit avoir subi un cyberharcèlement intense, des ruptures amicales et une exclusion professionnelle.

Elle révèle notamment avoir été licenciée par l’ONG Plan International après avoir été dénoncée comme « sioniste » et « islamophobe » sur les réseaux sociaux, une décision qu’elle attribue à la « lâcheté » de son employeur face à la pression.

Elle critique vivement le « règne du confusionnisme » à gauche, où des groupes prétendant défendre des valeurs humanistes s’allient à des mouvements qui les piétinent, citant l’exemple d’une certaine complaisance envers la République islamique d’Iran au détriment des femmes iraniennes.

Malgré ce qu’elle appelle son statut d’« orpheline » du féminisme de gauche, Diane Richard continue son combat de manière indépendante. Elle exhorte les militantes à ne plus céder à la « silenciation » sous prétexte de ne pas « faire le jeu de l’extrême droite ».

Pour elle, « se taire n’est jamais une stratégie payante sur le long terme » ; il est essentiel de « faire le ménage » et d’affirmer clairement ses valeurs pour renforcer les luttes féministes.

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