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Dominique de Villepin accusé de véhiculer des poncifs antisémites

L’ancien Premier ministre français a tenu des propos douteux, semblant associer les Juifs à la "domination financière" sur les médias et le monde de la culture

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et ex-chef de la diplomatie française, à Paris, le 30 septembre 2019. (Crédit : Martin BUREAU / AFP)
Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et ex-chef de la diplomatie française, à Paris, le 30 septembre 2019. (Crédit : Martin BUREAU / AFP)

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et ex-chef de la diplomatie française, connu pour sa proximité avec le monde arabe et la Chine, s’exprime très régulièrement sur la guerre entre Israël et Gaza depuis ces dernières semaines.

Invité de l’émission « Quotidien » sur TF1 jeudi 23 novembre, il a tenu des propos flirtant avec d’anciens poncifs antisémites, ce qui a provoqué de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux.

Réagissant à un reportage rapportant notamment que l’actrice Melissa Barrera avait été écartée du casting du film américain « Scream VII » suite à des messages accusant Israël de « génocide et de nettoyage ethnique », l’ancien responsable politique français a fustigé « en filigrane la domination financière sur les médias et le monde de l’art, de la musique, qui pèse lourd, parce qu’ils ne peuvent pas dire ce qu’ils pensent, tout simplement parce que sinon les contrats s’arrêtent immédiatement. On voit bien que la règle financière qui est imposée aujourd’hui aux États-Unis, dans la vie culturelle, pèse lourd. Malheureusement, on le voit aussi en France ».

Suite à ces propos, l’acteur Richard Berry a dénoncé « d’horribles propos antisémites qui sont une vieille caricature des Juifs ». Le député Meyer Habib a lui fustigé « des déclarations qui sont dignes hier de Jean-Marie Le Pen et aujourd’hui de Mélenchon et de la gauche antisémite ».

Invité ce dimanche sur LCI à s’expliquer sur ses propos dans « Quotidien » jeudi, De Villepin a nié tout antisémitisme et a repris des propos qu’il avait déjà exprimés par le passé sur Israël.

Le 7 novembre sur France Info, il s’était montré  très critique de la riposte menée par Israël contre le Hamas, qu’il a estimée « ni ciblée ni proportionnée ». « Nous sommes essentiellement aujourd’hui, de la part du gouvernement Netanyahu, dans une politique de vengeance », a-t-il déclaré. « Israël a droit à sa légitime défense, mais une légitime défense, ce n’est pas un droit indiscriminé à tuer des populations civiles. »

Il a en outre estimé que les résidents d’implantations devaient se retirer de Cisjordanie. « Aujourd’hui, tous les Israéliens l’ont compris : ils ne peuvent plus vivre avec les Palestiniens », a-t-il affirmé, déplorant qu’il y ait actuellement « 500 000 Israéliens qui colonisent la Cisjordanie ».

Ce retrait, « c’est l’Histoire, c’est la responsabilité, c’est le prix de la sécurité pour Israël », a ajouté l’ancien chef du gouvernement, ajoutant que « tous ceux qui, aujourd’hui, considèrent que ce ne sera jamais suffisant font la politique du pire ». Il a dressé un parallèle sur la question avec la guerre d’Algérie, rappelant que « quand nous avons quitté l’Algérie, il y a un million de Français qui sont partis » du pays nord-africain.

Face au conflit actuel, il prône une « politique de séparation » qui « doit être digne ». « C’est-à-dire qu’elle doit conférer aux Palestiniens un État où ils pourront vivre, (…) un État viable, un État véritable qui pourra se construire. » Il soutient aussi l’idée d’une « administration internationale » pour « remettre en état de marche » la bande de Gaza après la guerre.

« Ce que nous voulons, c’est arrêter ces massacres (à Gaza, NDLR), et ce que nous voulons aussi, c’est permettre véritablement à Israël de vivre en paix et en sécurité », a-t-il assuré.

« Dominique de Villepin ment et reprend à son compte la propagande du Hamas », avait réagi le journaliste Clément Weill-Raynal. « L’armée israélienne ne frappe pas de manière ‘indiscriminée’. Elle cible les positions du Hamas en demandant constamment et de manière préventive aux civils palestiniens d’évacuer les zones concernées. »

Le 27 octobre, Dominique de Villepin avait déjà déclaré sur BFMTV que les Occidentaux devaient agir avec le reste du monde pour « aider Israël à avancer » sur la question palestinienne, se disant là inquiet de « l’impasse » de la réponse militaire.

« On a été trompés par le silence des États arabes et musulmans des dernières années. Les peuples n’ont jamais oublié que la cause palestinienne et l’injustice faite aux Palestiniens étaient une source de mobilisation considérable. La question palestinienne reste pour les peuples arabes la mère des batailles », a-t-il ajouté.

Face au « gouffre existentiel » créé en Israël par « l’horreur du 7 octobre », « nous sommes devant un gouffre géopolitique qui est l’absence de perspective face à une offensive terrestre massive », a-t-il estimé.

« Sur la scène internationale, il n’y a plus aucun garde-fou », a-t-il insisté, en estimant que les États-Unis n’avaient pas les moyens de régler la crise comme par le passé.

« Regardez les réactions en Indonésie, en Afrique, au Nigeria. Tout ça forme un tout. C’est le nouveau monde dans lequel nous sommes, nous ne sommes pas capables de gérer seuls en gendarme du monde », a-t-il jugé.

L’ancien ministre des Affaires étrangères estime qu’il faut « sortir de cet enfermement occidental » dans « la guerre contre le terrorisme qui n’a jamais été gagnée nulle part et enclenche au contraire des engrenages extrêmement dramatiques ».

« Le plus gros travail aujourd’hui, c’est celui qui consiste pour les pays européens, les États-Unis à aider Israël à avancer au-delà de cette réponse militaire (…) qui est une impasse », a-t-il estimé.

« Ce n’est pas facile parce que le leadership israélien est menacé par la commission d’enquête » qui va vraisemblablement se mettre en place « et que c’est plus facile de s’en remettre au tout militaire », a-t-il dit.

« C’est difficile parce que la solution à deux États est sortie du logiciel israélien. C’est difficile car il faut faire émerger des interlocuteurs palestiniens », a-t-il admis.

« Mais la diplomatie, c’est d’être capable au fond du tunnel d’imaginer qu’une lumière est possible », a-t-il conclu sans donner d’idée concrète.

En février 2003, alors chef de la diplomatie française, M. de Villepin avait prononcé un discours devant le Conseil de sécurité de l’ONU, pour dire l’opposition de la France à une intervention militaire américaine précipitée en Irak.

Après avoir quitté la vie politique au début des années 2010, Dominique de Villepin a travaillé comme avocat et consultant, notamment pour des multinationales et certaines grandes familles du Golfe. S’il cultive largement l’opacité sur ses activités actuelles, il a créé son entreprise Villepin International, qui effectue notamment du lobbying international (« conseil en management et en stratégie, analyse des risques politiques et des enjeux économiques, réalisation d’études, d’audits et de préconisations, tenue de conférences et de forums, intermédiation en vue de rapprochements, présentation et publication d’exposés ou d’analyses »). Il bénéficie d’un large réseau en Chine, pour laquelle il a multiplié les missions (il serait proche du président Xi Jinping), en Iran, au Venezuela ou encore au Qatar, émirat qu’il visite régulièrement depuis une trentaine d’années.

L’AFP a contribué à cet article.

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