Écoles fermées par la guerre : les parents israéliens au bout du rouleau avec les cours Zoom

Entre travail et supervision des cours à distance, les parents décrivent un quotidien épuisant ; certains y voient une diversion bienvenue pour leurs enfants

Une fillette israélienne participe à un cours à distance depuis son domicile à Moshav Haniel, le 18 mars 2020. Illustration (Crédit : Chen Leopold/Flash90)

JTA – Lorsque la nouvelle est tombée qu’Israël pourrait progressivement rouvrir les écoles dans les zones jugées suffisamment sûres, Yael Daniel, une mère vivant à Bat Yam, une ville du centre du pays pays régulièrement visée par des tirs de missiles, a plaisanté en disant qu’elle « déménagerait vers le nord ».

Alors que la guerre a entraîné la fermeture des écoles et contraint les enfants à suivre des cours sur Zoom, de nombreux parents, comme Daniel, continuent tant bien que mal de travailler. Tenter de superviser les cours à distance de ses trois enfants âgés de 6 à 8 ans, qui ont du mal à rester concentrés, tout en occupant un poste à temps plein, a transformé chaque journée en « cauchemar », confie-t-elle.

« Ce sont des enfants qui ont besoin d’une routine stricte, ce qui n’est pas le cas actuellement, et c’est vraiment difficile. Je n’en peux plus », a-t-elle déclaré.

La tension s’est exacerbée après que le Commandement du Front intérieur de Tsahal a autorisé la réouverture des lieux de travail la semaine dernière, conformément aux nouvelles directives en temps de guerre, alors même que le système éducatif demeurait fermé.

Meshi Kleinstein, une actrice israélienne mère de deux enfants, est l’une des nombreuses mères à avoir pris la parole sur les réseaux sociaux, la décision de rouvrir les bureaux ayant suscité colère et incompréhension. « Quel pays délirant ! Qui s’occupe des enfants quand les parents reprennent le travail ? », a-t-elle écrit sur Instagram.

Face au tollé, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a annoncé dimanche qu’un parent, dans les foyers ayant des enfants de moins de 14 ans, serait autorisé à prendre un congé sans solde tant que le système éducatif resterait fermé.

Cette mesure a déclenché une nouvelle vague de protestations de la part des parents, qui estiment qu’elle oblige les familles à choisir entre surveiller leurs enfants à la maison et perdre leurs revenus.

Et pour certains, comme Zehavit, qui s’est exprimée depuis un abri anti-bombes en plein milieu d’une sirène à Jaffa, dans le centre du pays, la mesure n’a tout simplement aucun sens. « Simplement parce que mon enfant a 14 ans, cela signifie automatiquement qu’il peut rester seul et courir vers l’abri au son des sirènes ?… »

À l’extérieur de l’abri, une autre mère, Renana, a expliqué que cette mesure l’avait contrainte à réorganiser toute sa journée de travail autour des cours en ligne de son fils.

« J’ai un enfant au cours préparatoire. Depuis le début des cours sur Zoom, je travaille moins parce qu’il utilise mon ordinateur », a-t-elle dit.

« Il a trois heures consécutives avec différents professeurs et je dois rester assise à côté de lui pour qu’il puisse communiquer avec eux, ce qui fait que j’écoute toute la leçon sans pouvoir travailler. »

Dégâts causés à une salle de classe à la suite d’une frappe qui a touché une école maternelle dans la ville de Ramle, dans le centre du pays, le 9 mars 2026 (Crédit : Ilia YEFIMOVICH/AFP)

Claire Bloom Moradian passe ses journées à faire enchaîner à ses enfants cours Zoom et activités extrascolaires, dans le seul but de maintenir un semblant de routine. « C’est le chaos total, je suis à bout », a-t-elle déclaré.

Dans une publication sur Facebook, Rachel Sharansky Danziger raconte que le retour aux cours sur Zoom après le 7-Octobre a été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » : elle s’est retrouvée tellement submergée qu’elle a appelé une ligne d’écoute psychologique, incapable de comprendre pourquoi « toutes les morts, les enlèvements, l’horreur » ne l’avaient pas brisée, alors que l’enseignement à distance, lui, y était parvenu.

Zoom avait ravivé le sentiment d’impuissance des années COVID, explique-t-elle, avec trop peu d’appareils, des problèmes techniques incessants, des enfants qui crient que rien ne fonctionne, le tout sur fond d’angoisse face à ce qui pourrait se passer derrière la porte de l’appartement.

« Je peux être forte », avait-elle dit à la femme à l’autre bout du fil. « Je peux être positive, solidaire et encourageante, gérer ma vie personnelle et sociale avec discernement, puiser dans mes ressources et être attentive aux besoins de ceux qui m’entourent. Mais je ne peux pas faire tout cela tout en essayant de résoudre des dizaines de problèmes techniques chaque matin. »

Le ministre de l’Éducation, Yoav Kisch, a déclaré lundi matin qu’il envisageait une réouverture progressive des écoles au moyen d’un système de codes couleur. Les établissements rouvriraient d’abord dans les zones classées « jaunes », c’est-à-dire les endroits où les conditions de sécurité et l’accès à des espaces protégés permettraient un apprentissage en présentiel limité, les parents étant responsables d’amener leurs enfants à l’école.

Selon les données publiées cette semaine, environ 40 % des écoles israéliennes ne peuvent pas garantir à tous leurs élèves l’accès à des abris anti-bombes en cas d’alerte.

La terminologie utilisée par Kisch rappelle une fois de plus la période de pandémie, durant laquelle les villes étaient classées par couleur en fonction du niveau d’infection, les restrictions étant plus strictes dans les zones « rouges ». Sur les réseaux sociaux, certains parents ont accueilli la proposition avec un sarcasme las. « Ah oui, le tableau des couleurs. Parce que ça a si bien marché la première fois », a tweeté un internaute en réponse.

Le ministre de l’Éducation Yoav Kisch, en préparation de la rentrée scolaire, au ministère de l’Éducation, à Jérusalem, le 31 août 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Les responsables municipaux sont divisés quant à la mise en œuvre du plan de Kisch. Le maire de Haïfa, Yona Yahav, a déclaré que la ville maintiendrait les écoles fermées pour l’instant, affirmant qu’il n’avait « aucune intention de mettre en danger ni les élèves ni les chauffeurs, pas plus que le personnel enseignant », alors que les autorités évaluent les risques liés au transport des enfants pendant les alertes en cours.

D’autres ont indiqué qu’ils iraient de l’avant. Roy Levy, maire de la ville voisine de Nesher, a annoncé que les écoles rouvriraient conformément aux directives du commandement du Front intérieur, qualifiant le retour en classe de « besoin émotionnel et social ».

Le maire de Jérusalem, Moshe Lion, a lui aussi déclaré qu’il rouvrirait partiellement le système éducatif de la ville, invoquant le besoin « d’une routine, d’un cadre éducatif et de rencontres avec les amis et les enseignants ».

Mais lundi soir, Kisch a été contraint de faire marche arrière après les déclarations du Commandement du Front intérieur de Tsahal, qui a annoncé que les restrictions en temps de guerre resteraient en vigueur sur l’ensemble du territoire, et que les écoles resteraient fermées jusqu’à nouvel ordre. Une réouverture partielle pourrait être envisagée à partir de la semaine prochaine, ou non.

Dans l’un des épisodes les plus sombres liés au retour forcé à l’enseignement à distance en Israël, une enseignante de Jérusalem a été agressée par son compagnon devant ses élèves durant un cours en ligne. Il l’a frappée à la tête et a tout saccagé dans leur domicile avant d’être arrêté ; il a déclaré par la suite aux enquêteurs avoir agi par « jalousie ».

Les signalements de violences domestiques en Israël ont tendance à augmenter en période de guerre et de confinement. Les données recueillies depuis le 7-Octobre ont révélé une hausse de 28 % des appels à la ligne d’écoute du ministère israélien des Affaires sociales concernant les violences domestiques, les abus sexuels et la maltraitance envers les enfants au cours des premiers mois du conflit.

Tout le monde ne juge pas Zoom inutile pour autant. Nataly Peleg, enseignante en cours préparatoire, a confié que ses cours visaient moins à transmettre des savoirs scolaires qu’à offrir aux enfants une diversion bienvenue, même si elle n’obligeait pas ses propres enfants à y assister.

« L’important, ce n’est pas tant qu’ils apprennent ou non », a-t-elle dit. « Il s’agit plutôt d’être ensemble un moment et de penser à autre chose qu’aux sirènes et aux situations surréalistes qui nous entourent. »

Certains enfants trouvent ces cours rassurants, explique-t-elle, tandis que d’autres attendent simplement qu’ils se terminent ou n’y participent pas du tout. Malgré tout, dit-elle, de nombreux parents lui ont exprimé leur gratitude pour cet effort. « Même si seulement une poignée d’enfants se sentent un peu mieux, ça en vaut la peine », dit-elle.

Daniel, de son côté, s’efforce de relativiser. Même si elle se sent « complètement débordée », elle se dit reconnaissante que sa famille soit saine et sauve.

« Les choses pourraient toujours être pires », dit-elle. « Je suis simplement soulagée que nous allions tous bien. »

Dans sa publication, Danziger dit qu’elle transmet le conseil que lui avait donné la conseillère de la ligne d’écoute il y a plus de deux ans et demi.

« N’en faites rien. Ne laissez pas l’enseignement à distance vous envahir », a-t-elle écrit, ajoutant « qu’il ne se passerait rien de grave si vos enfants ne participaient pas à certains des Zoom – ou, soyons honnêtes, à aucun ».

Même si « nous, les parents, ne bombardons pas Téhéran et ne déchiffrons pas de secrets nucléaires en ce moment », a-t-elle écrit, « la responsabilité de l’éducation de nos enfants et du bon fonctionnement de nos foyers reste entre nos mains ».

read more: