El-Sayed, candidat du Michigan au Sénat et critique d’Israël, engage une conseillère juive
Lenore Goldman rejoint la campagne pour rallier les électeurs juifs indécis, dans une course serrée face aux Républicains ; les militants axent leurs actions de sensibilisation sur les sujets liés aux droits
DETROIT, Michigan (JTA) — L’équipe en charge de la campagne d’Abdul El-Sayed, le candidat du Michigan au Sénat américain, a embauché, pour les dernières semaines de la course électorale, une responsable des relations avec la communauté juive. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle offensive lancée pour rallier les électeurs juifs indécis à l’approche de la ligne d’arrivée de ce scrutin très disputé.
Lenore Goldman, consultante politique chevronnée ayant des liens avec le Michigan, a notamment travaillé pour le mouvement national One Fair Wage, qui milite pour l’augmentation du salaire minimum et qui a suscité des années de débats au sein de l’assemblée législative et des tribunaux de l’État du Michigan.
Elle a également été consultante pour la campagne Voters Not Politicians qui avait été menée en 2018 dans le Michigan, qui a permis l’adoption d’une mesure référendaire visant à créer une commission non partisane chargée du redécoupage électoral à l’échelle de l’État. Elle a également conseillé des organisations juives, parmi lesquelles la Jewish Community Federation de San Francisco.
Goldman a confirmé mercredi à la Jewish Telegraphic Agency (JTA) avoir été recrutée, précisant qu’elle travaillait pour la campagne depuis septembre. Même si l’équipe de campagne d’El-Sayed ne l’a pas encore officiellement autorisée à s’exprimer, elle a déjà participé à certains événements locaux organisés par des sympathisants juifs.
La campagne du candidat démocrate avait déjà annoncé à la JTA, en août, qu’elle cherchait à recruter un chargé de liaison avec la communauté juive.
Goldman rejoint la campagne à un moment délicat pour El-Sayed, qui peine à convaincre les électeurs juifs encore sceptiques, dans une course au coude à coude avec son adversaire républicain, l’ancien représentant américain Mike Rogers.
Les derniers sondages indiquent en effet une course serrée, avec un léger avantage pour El-Sayed. Un sondage Marist publié mercredi place le candidat démocrate devant Rogers, avec 50 % contre 48 % parmi les électeurs potentiels – un écart qui se situe dans la marge d’erreur du sondage.
La communauté juive a vivement réagi aux critiques virulentes formulées à l’encontre d’Israël par l’ancien directeur de la santé du comté, et notamment lorsqu’il a déclaré, en début de semaine, que cet État n’était « pas un allié ». Elle a également dénoncé les liens antérieurs de sa campagne avec le streamer de gauche Hasan Piker, dont les propos sur les Juifs ont donné lieu à des accusations d’antisémitisme. El-Sayed s’est depuis distancié de Piker.
Certains Juifs ont pointé du doigt les premières déclarations d’El-Sayed au printemps dernier concernant l’attaque contre la synagogue Temple Israel – des déclarations pour lesquelles il a depuis présenté ses excuses. Cette semaine, dans une interview accordée à la JTA, Rogers a décrit son adversaire comme « hostile aux Juifs ».
Une nouvelle lettre d’El-Sayed adressée aux Juifs du Michigan circule aussi dans le cadre d’une initiative visant à apaiser les tensions.
« Je suis extrêmement préoccupé par la menace que représente l’antisémitisme pour nos communautés. Je m’engage à protéger tous les Juifs du Michigan contre la haine et l’injustice », écrit El-Sayed dans cette lettre, qui a été diffusée sur les réseaux sociaux.
Un porte-parole du Parti démocrate du Michigan, cité comme l’un des promoteurs de la lettre, n’avait pas répondu aux demandes de commentaires de la JTA au moment de la clôture de cette édition. La campagne d’El-Sayed n’a pas non plus répondu à une demande de commentaires concernant cette lettre.
Alors que la campagne touche à sa fin, les militants juifs soutenant El-Sayed redoublent d’efforts sur le terrain. Une nouvelle initiative de porte-à-porte menée par le groupe progressiste Seed the Vote, spécialisé dans la mobilisation électorale, vise à inciter les électeurs à soutenir El-Sayed. Seed the Vote collabore avec les associations juives Bend the Arc Action et IfNotNow.
La plupart des militants juifs qui participent à cette campagne viennent d’autres États. Selon Ronit Wagman, une habitante juive du Michigan qui participe au porte-à-porte, les militants sont parfois accueillis avec hostilité par des foyers juifs.
« Les gens ne veulent tout simplement pas prendre de risques et s’exposer à des insultes », a expliqué à la JTA Wagman, qui vit à Oak Park, en banlieue de Détroit, et qui a fait du porte-à-porte dans la ville voisine à majorité libérale de Huntington Woods. « Je ne suis donc pas étonnée que les Juifs de la région ne soient pas vraiment enthousiastes à l’idée de faire du porte-à-porte. »
Évoquant sa propre famille, Wagman a indiqué que si elle-même soutenait El-Sayed depuis un certain temps, il avait fallu « un peu de persuasion » pour convaincre ses parents de voter pour lui.
Ils ont fini par changer d’avis, a-t-elle ajouté, lorsqu’El-Sayed a retiré ses propos concernant Israël et l’attaque contre la synagogue Temple Israel. Wagman a raconté avoir alors invité ses parents à réfléchir à ce qu’il adviendrait à long terme des Juifs, face aux attaques répétées des républicains contre « la démocratie constitutionnelle et les droits civils », ainsi qu’elle les décrit.
« Nous avons fini par discuter du fait que ce sont les protections prévues par notre Constitution pour tous qui ont permis aux Juifs de bénéficier d’un tel niveau de sécurité aux États-Unis », a-t-elle conclu. « Et si ces protections sont érodées, alors plus personne n’est en sécurité. »
Des discussions comme celles des Wagman pourraient faire pencher la balance au sein d’une population juive qui se considère majoritairement comme libérale, mais qui a souvent été déconcertée par El-Sayed. Des organisateurs juifs favorables à sa candidature ont également mis en place une série de réunions informelles en petit comité avec des responsables politiques progressistes, soit juifs, soit ayant des liens étroits avec la communauté juive. Ces responsables ont chacun plaidé en faveur du candidat au Sénat.
L’un de ces soutiens, Daniel Biss, candidat juif à la Chambre des représentants de l’Illinois, s’est exprimé lundi devant une cinquantaine de personnes dans une résidence juive privée de Detroit. Goldman était également présente à cet événement.
Lors de ses propres primaires, au printemps, Biss a été pris pour cible par des militants d’extrême gauche, dont certains l’ont accusé d’être aligné sur l’AIPAC. Biss est en réalité soutenu par le lobby sioniste libéral J Street, et il a réussi à contrer son rival malgré les millions de dollars que le groupe pro-israélien avait investis en faveur de ce dernier.
Biss a déclaré à la JTA qu’il n’avait aucun scrupule à soutenir El-Sayed, dont certains partisans s’en sont pris comme le candidat aux démocrates juifs de l’État.
« Je ne pense pas qu’il soit sain d’associer un dirigeant aux actes les plus odieux commis par ceux qui le soutiennent », a expliqué Biss à la JTA. « Je n’ai jamais rien vu de tel de la part d’Abdul lui-même. »
Et d’ajouter : « Il est possible de lutter pour la sécurité des Juifs en Amérique tout en adoptant des positions différentes en matière de politique étrangère. À mon sens, si nous n’acceptons pas cela, nous nous exposons inutilement à des risques. »
Il a également fait valoir auprès du groupe que certaines inquiétudes des Juifs concernant El-Sayed étaient injustifiées, notamment celles liées à ses propos sur l’AIPAC, lequel avait dépensé des sommes considérables pour contrer El-Sayed lors de la primaire.
Le lobby a par ailleurs dépensé sans compter contre Biss lors de sa propre primaire. Selon ce dernier, il mérite largement d’être critiqué, car il a recouru à des tactiques douteuses pour dissimuler ses dépenses publicitaires et pour financer des campagnes souvent opaques quant à ses motivations pro-israéliennes.
« Sans vouloir être trop impertinent, je dirais que vous ne pouvez pas utiliser un trope antisémite, puis m’accuser d’antisémitisme lorsque je décris ce que vous venez de faire », a lancé Biss à l’auditoire juif.
L’AIPAC a annoncé mercredi son intention de cesser de soutenir et de solliciter des dons pour ses candidats favoris, même si son super PAC associé, United Democracy Project, poursuivra ses activités. Dans un article publié mercredi, le New York Times a rapporté que le lobby prévoyait de dépenser jusqu’à 9 millions de dollars en faveur de Rogers au cours des dernières semaines de la campagne.
Dans le cadre de sa campagne, El-Sayed sera à Detroit ce week-end aux côtés de l’ancien président Barack Obama. Lui et Rogers s’affronteront ce soir pour leur dernier débat prévu.