Élever des enfants en temps de guerre : ce que la recherche peut et ne peut pas nous apprendre

Même lorsque tout semble incertain, sachez que vous pouvez avoir une influence très positive sur la stabilité et le bien-être de vos enfants

Des personnes sont assises devant un abri anti-bombe public à Haïfa, le 10 mars 2026. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Pour les familles israéliennes, élever des enfants en temps de guerre n’est ni un concept abstrait ni une nouveauté. C’est le lot quotidien. Les sirènes interrompent l’école et le sommeil. Les parents et les frères et sœurs partent faire leur service militaire.

Depuis le 7-Octobre, de nombreux parents se posent une question fondamentale et angoissante : quel impact tout cela a-t-il sur nos enfants ?

Les chercheurs se posent la même question. Des études menées principalement en Israël et en Ukraine commencent à documenter l’évolution de la santé mentale des enfants pendant des périodes prolongées de guerre et d’incertitude. Ces travaux essentiels contribuent à identifier des schémas dans la manière dont les enfants tendent à réagir au conflit.

Mais ce type de recherche s’effectue à l’échelle de groupes. Il nous indique ce qui se passe en moyenne chez des centaines ou des milliers de personnes. Or, les vies individuelles suivent rarement ces schémas de manière stricte.

Cela aide à expliquer pourquoi la détresse ne se manifeste pas toujours là où on s’y attend. On suppose souvent que le traumatisme touche principalement les personnes qui étaient physiquement présentes lors des événements les plus horribles.

Il est certain que de nombreux survivants du Festival Nova ou des premiers intervenants ont subi un traumatisme profond. Cependant, les réactions psychologiques ne suivent pas nécessairement des frontières aussi nettes.

Une femme devant l’un des mémoriaux dédiés aux victimes du pogrom du 7 octobre 2023, sur le site du Nova Festival, à Reïm, dans le sud d’Israël, à l’occasion du deuxième anniversaire des massacres, le 7 octobre 2025. (Crédit : John Wessels/AFP)

Un lycéen peut être bouleversé après avoir regardé des images perturbantes en ligne, alors qu’il se trouve pourtant en sécurité chez lui. Un enfant qui n’a jamais été blessé physiquement peut devenir craintif après avoir entendu des sirènes à plusieurs reprises. Un autre enfant peut sembler calme au début, puis commencer à souffrir des semaines ou des mois plus tard.

Pourtant, les tendances qui se dégagent de ces recherches sont importantes et utiles. L’une des conclusions les plus constantes des études menées auprès de familles vivant en temps de guerre est le lien entre le bien-être des enfants et l’état émotionnel des adultes qui les entourent. Un niveau de stress parental élevé est souvent associé à un niveau de détresse élevé chez les enfants.

Cela ne signifie pas pour autant que les parents sont responsables des réactions de leurs enfants. Cela montre plutôt à quel point le monde émotionnel des enfants est étroitement lié à celui des adultes qui s’occupent d’eux. Les enfants réagissent au climat émotionnel du foyer.

Une autre tendance se manifeste dans quelque chose de plus banal : la routine. La guerre perturbe la structure de la vie quotidienne. Les écoles ferment, les activités extra-scolaires s’arrêtent et les familles vivent dans une incertitude constante. Le rétablissement de routines quotidiennes, comme les repas à heures fixes, les horaires scolaires et les rituels du coucher, peut aider les enfants à retrouver un sentiment de stabilité alors qu’une grande partie du monde qui les entoure semble imprévisible.

Ces dynamiques sont souvent particulièrement visibles dans les familles qui élèvent des enfants en situation de handicap, y compris des enfants autistes. Dans les recherches menées par notre laboratoire après le 7-Octobre, de nombreux parents ont décrit à quel point leurs enfants dépendent d’environnements prévisibles et de routines familières pour réguler leur quotidien. Lorsque ces structures s’effondrent, la détresse s’intensifie souvent. Lorsque les familles les reconstruisent progressivement, de nombreux enfants commencent à retrouver leurs repères.

D’une certaine manière, ces familles rendent ce schéma sous-jacent plus facile à percevoir. Les enfants dépendent de la stabilité de leur environnement et, lorsque celle-ci est rétablie, ils commencent à retrouver leurs repères.

La recherche nous aide à observer ces schémas chez toutes les familles. Cependant, nous ne devons pas oublier que chaque enfant vit ces événements à sa manière.

Pour les parents, cela peut être à la fois déstabilisant et rassurant. Nous ne pouvons pas contrôler les événements plus larges qui se produisent autour de nous. En revanche, le climat émotionnel au sein de notre foyer est important. Les routines que nous reconstruisons, les conversations que nous avons et la stabilité que nous essayons de créer font partie des rares choses que nous pouvons contrôler.

À propos de l’auteur

Judah Koller est maître de conférences en psychologie clinique de l’enfant et en éducation spécialisée à la Seymour Fox School of Education de l’Université hébraïque. Il dirige le Laboratoire sur l’autisme, l’enfant et la famille, est coprésident du programme de troisième cycle en psychologie clinique de l’enfant et scolaire, et occupe le poste de directeur de la région de Jérusalem au sein du Centre national Azrieli pour la recherche sur l’autisme et le développement neurologique.

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