En ces temps incertains, les Juifs d’Europe rénovent leurs synagogues et inaugurent de nouveaux rouleaux de la Torah

À Vienne, Leipzig, Budapest et ailleurs, les communautés juives s’attachent à redonner leur splendeur à leurs lieux de culte malgré la flambée de l’antisémitisme, y voyant un 'signe de résilience'

Des Juifs de Vienne, célébrant la rénovation de la synagogue du Stadttempel, dans les rues avec un nouveau rouleau de la Torah, à Vienne, le 9 septembre 2026. (Crédit : IKG/Rosa via JTA)

JTA — Préparer une « dame âgée de 200 ans » pour ses grands débuts n’est pas une mince affaire. Mais à Vienne, la synagogue principale et historique de la communauté juive a été remise en état juste à temps pour le Nouvel an juif.

Cette « dame » – l’imposante synagogue Stadttempel de Vienne, ou « Temple de la Ville » – a été réinaugurée après plus d’un an de travaux de rénovation en profondeur, des sols aux fenêtres, en passant par les systèmes de chauffage et de climatisation, les dispositifs de sécurité et les sanitaires. Ces travaux ont coûté plus de 10 millions d’euros.

« La synagogue était toujours belle, mais elle présentait des signes de vieillissement », a déclaré le rabbin Jaron Engelmayer à la Jewish Telegraphic Agency lors d’un entretien téléphonique.

« Et elle n’était plus adaptée à certaines réalités d’aujourd’hui. »

« L’idée générale était de rester fidèle à ce qu’elle était et à ce qu’elle est encore, mais elle a désormais un nouveau visage », a expliqué Engelmayer, Grand Rabbin de la communauté juive de Vienne depuis 2020. La congrégation orthodoxe a également inauguré un nouveau rouleau de la Torah lors d’une cérémonie le 15 septembre. Des parties de ce Sefer Torah intègrent des manuscrits plus anciens « rédigés dans l’ancienne synagogue médiévale de Vienne », ce qui crée un lien avec l’histoire, a-t-il ajouté.

Qu’elles soient grandes ou petites, les communautés juives d’Europe marquent cette période de renouveau de manière concrète, à une époque d’incertitude alimentée par l’antisémitisme et les sentiments anti-Israël.

Vue générale de la Grande Synagogue de Vienne, le 30 juin 2004. (Crédit : Dieter Nagl/AFP)

À Budapest, la synagogue historique de Rákospalota – qui servait d’entrepôt pour une bibliothèque depuis des décennies – a récemment célébré son premier office dans ses locaux rénovés. Et un groupe de prière juif de 15 membres à Leipzig a accueilli son premier Sefer Torah, prêté pour une durée de 99 ans.

Tous se tournent vers l’avenir, qu’il s’agisse de colmater une fuite dans le toit ou de consacrer un livre saint.

« Les Juifs, par définition, doivent être optimistes », a déclaré le rabbin Pinchas Goldschmidt, président de la Conférence des rabbins européens (CER), basée à Munich, qui représente quelque 800 communautés juives orthodoxes.

« Ils n’ont pas d’autre choix. Cela dit, si par le passé on avait tendance à dire : ‘Bon, la situation est mauvaise ici, partons ailleurs’, aujourd’hui, où que l’on regarde, la situation n’est pas bonne », a-t-il poursuivi.

Agir est plus constructif que de déplorer la situation actuelle, estime la rabbin Elisa Klapheck, présidente de l’Assemblée rabbinique générale allemande (non orthodoxe), qui compte 45 rabbins membres.

« Nous pouvons déplorer l’antisémitisme, nous pouvons déplorer les attaques contre les communautés juives, mais cela ne nous aide pas », a-t-elle ajouté.

« Je pense donc qu’à plus petite échelle, mais peut-être d’une manière bien plus résiliente, les hagim [fêtes] ont montré qu’il régnait une atmosphère positive. »

Ruth Ellen Gruber, créatrice du portail Jewish Heritage Europe, un projet de la Fondation Rothschild Hanadiv Europe, s’est dite émerveillée par le rythme des travaux de réhabilitation.

« Malgré la multiplication des actes antisémites, il y a tellement de projets de restauration de synagogues que je n’arrive pas à suivre », a déclaré Gruber.

Qu’il s’agisse d’entretien ou de préservation, tous ces projets sont « des signes de résilience parmi les communautés juives, les bénévoles, les chercheurs, les ONG, les organismes civiques et bien d’autres », a-t-elle écrit dans un courriel adressé à la JTA.

On peut citer, par exemple, la Grande Synagogue ashkénaze de Constanța, en Roumanie, la Grande Synagogue de Metz, en France, la synagogue à coupole de Trenčín, en Slovaquie, la synagogue Etz Hayyim de Larissa, en Grèce, et la synagogue historique de Yanbol, à Istanbul.

« Certaines serviront de musées ou de centres culturels accueillant généralement des expositions sur le patrimoine juif, tandis que d’autres serviront à la fois de lieux de culte juif et d’espaces dédiés à des événements culturels », a-t-elle déclaré.

La Grande Synagogue, située à côté du centre communautaire juif, à Metz, dans l’est de la France, le 15 février 2012. (Crédit : Jean-Christophe Verhaegen/AFP)

À Leipzig, la rabbin Esther Jonas-Maerten n’a en réalité pas de bâtiment de synagogue pour son « Lehrhaus » Beth Ez Chaim, un groupe d’étude qui se réunit dans des maisons particulières. Mais elle possède désormais un Sefer Torah pour les participants au programme, ouvert à tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur le judaïsme.

Ce rouleau, prêté pour 99 ans par la synagogue Kehilat Shalom de Gaithersburg, dans le Maryland, sera officiellement consacré lors d’une cérémonie le 4 octobre.

« Ce sera le premier événement public avec notre nouvelle Torah », a déclaré Jonas-Maerten, rabbin conservatrice, à la JTA lors d’un entretien téléphonique.

Après une longue et infructueuse recherche d’un rouleau de la Torah que le groupe pourrait s’offrir, elle a demandé à la rabbin Lauren Tuchman, basée à Washington, de relayer son appel : « J’ai écrit une lettre disant en substance : ‘Recherché ! Un Sefer Torah !’ », s’est souvenue Jonas-Maerten.

Des représentants de la communauté juive consacrant un nouveau rouleau de la Torah lors de la cérémonie d’inauguration du premier rabbinat militaire de la Bundeswehr, à Berlin, en Allemagne, le 4 juillet 2024. (Crédit : Ralf Hirschberger/Pool/AFP)

« En l’espace de deux semaines, j’ai reçu une réponse. »

La collaboration entre les États-Unis et l’Europe s’est avérée fructueuse en matière de Torah.

L’an dernier, la congrégation conservatrice Ki Tov de Varsovie a reçu en don un Sefer Torah de la part de la congrégation sœur B’nai Sholom/Fair Lawn Jewish Center, du New Jersey. Ce rouleau, originaire d’Europe, a été offert en mémoire des survivants de la Shoah.

La congrégation indépendante Ohel Hachidush, située à Berlin-Brandebourg, a reçu son premier Sefer Torah en 2008 de la part de Shir Tikvah, à Troy, dans le Michigan, et en a acheté un deuxième en 2024 au rabbin Moshe Halfon, de la synagogue Mount Sinai à Cheyenne, dans le Wyoming, qui prenait sa retraite.

Les deux avaient besoin d’être restaurés, en particulier le premier, a expliqué à la JTA la hazan – ou chantre – Jalda Rebling, ordonnée au sein du mouvement Jewish Renewal et cofondatrice d’Ohel Hachidush avec Anna Adam.

« Son état de rupture est aussi un symbole, comme je le dis toujours, de notre histoire juive ici en Europe, car toutes nos vies juives sont brisées et nous aimons tous cette Torah », a déclaré Rebling.

La communauté juive de Vienne compte actuellement environ 12 000 membres. Avant la Seconde Guerre mondiale, elle en comptait près de 200 000, selon le site internet de la communauté. Beaucoup ont fui, et environ 47 000 Juifs autrichiens, pour la plupart originaires de Vienne, ont été assassinés pendant la Shoah.

La communauté d’aujourd’hui est « assez petite en nombre, mais très active et diversifiée dans ses traditions », a déclaré Engelmayer, dont la famille maternelle est originaire de Suisse et la famille paternelle de Pologne.

Un policier armé montant la garde devant la synagogue de la Seitenstettengasse à Vienne, 24 heures après les fusillades qui ont eu lieu dans plusieurs secteurs du centre de Vienne, le 3 novembre 2020. (Crédit : Hans Punz/APA/AFP)

« Elle va des Ashkénazes aux Séfarades, des laïcs aux ultra-orthodoxes, avec tout un éventail de nuances entre les deux. Et on s’y sent comme dans une famille. »

Au cours du mandat du Grand Rabbin Engelmayer, « il y a eu la crise du COVID, puis la guerre en Ukraine, qui a amené de nombreux fugitifs et réfugiés à Vienne – dont des Juifs. Et bien sûr, le 7-Octobre, qui a entraîné une forte recrudescence de l’antisémitisme, un problème auquel on est encore confronté aujourd’hui. »

Néanmoins, les participants ont défilé « dans les rues de Vienne, coiffés de chapeaux haut-de-forme et fiers de leur identité juive, pour apporter le nouveau Sefer Torah dans la synagogue restaurée », a déclaré Engelmayer.

Tous ces défis ont conduit à « un renforcement de la force intérieure et de la cohésion, ainsi qu’à une réponse à la crise par une vie juive beaucoup plus intense, plus active et plus visible ».

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