En Grèce, un Français au nom à consonance juive sommé de se prononcer sur Gaza avant de pouvoir louer un voilier
Après avoir supposé que Yedidia Levy-Zauberman était « d’origine juive » sur la base de son nom, le skipper chargé de la sortie en mer lui a demandé s’il soutenait « l’occupation à Gaza »
Selon Le Point, Yedidia Levy-Zauberman, un Français en vacances en Grèce cet été qui souhaitait louer un voilier avec skipper pour une sortie en famille, s’est retrouvé sommé de se positionner au sujet du gouvernement israélien et de la situation à Gaza, sur la seule base de son origine juive supposée.
Pour organiser cette sortie en mer, le Français était passé par Click&Boat, une plateforme qui met en relation des propriétaires de bateaux avec des particuliers souhaitant les louer.
Dans le cas de Yedidia Levy-Zauberman, un acteur supplémentaire intervenait cependant dans la réservation : une base nautique grecque chargée de gérer les bateaux et de fournir les skippers.
La réservation effectuée, Yedidia Levy-Zauberman a reçu sur WhatsApp un message en anglais du skipper qui devait accompagner sa famille.
« Désolé pour cette question tardive et inconvenante. Le gérant de la base a signalé que vous étiez d’origine juive, je dois donc vous demander si vous soutenez l’occupation à Gaza. Je suis désolé de poser une telle question, je suis dans une position difficile et je suis sûr que vous l’êtes aussi », lui a-t-il écrit, ponctuant son message d’un emoji embarrassé.
« Le skipper se prénommait Alex et ce n’était pas son navire », précise Yedidia Levy-Zauberman.
Selon lui, le skipper a tenté de justifier sa démarche par les conditions particulières de la vie à bord.
« Il m’a raconté que sur un bateau, on était très proche et que tout le monde devait se soutenir », raconte Yedidia Levy-Zauberman. « Ce n’était pas religieux, mais politique, évidemment… »
Pour le vacancier français, le problème réside précisément dans cette distinction : parce qu’il avait été identifié comme juif, il lui était demandé de fournir une réponse politique sur Israël et Gaza avant même de pouvoir embarquer.
Yedidia Levy-Zauberman dit avoir surtout été frappé par la conviction de son interlocuteur d’agir au nom de principes moraux.
« Il est frappant de voir à quel point ce skipper exprime sans aucune ambiguïté, comme une forme d’évidence, que la morale et sa bonne conscience l’autorisent à se livrer à cette discrimination antisémite. La haine n’est jamais aussi dangereuse que lorsqu’elle se pare de vertu », estime-t-il.
La famille française n’a finalement pas renoncé à sa sortie en mer. Elle a trouvé un autre bateau et un autre skipper, et a protesté auprès de Click&Boat.
Après que l’incident a été rendu public, la plateforme a réagi sur les réseaux sociaux, niant la dimension antisémite de l’affaire. L’entreprise a par ailleurs fait valoir que sa responsabilité n’était pas engagée, tout en proposant un geste commercial.
Ce n’est pas la première fois qu’une personne identifiée comme juive se retrouve à devoir se justifier sur la politique israélienne pour accéder à une prestation touristique.
En juin, Yoni Birnbaum, un rabbin londonien dont la famille avait réservé une location près de Vesoul a été sommé de confirmer son appartenance à un mouvement juif « progressiste et libéral » et de condamner « les actions violentes de l’armée israélienne menées sur ordre du gouvernement israélien ».
À défaut, ils menaçaient d’annuler la réservation, cette position entrant « trop fortement en conflit avec [leurs] principes ». Birnbaum avait dénoncé un « test de pureté » : « À aucun moment dans nos échanges je n’ai mentionné ma religion juive. Nous sommes simplement une famille britannique comme les autres », avait-il souligné.