En Iran, des coupures de courant électrisent le mécontentement

Les coupures suivent un calendrier et sont décrétées en alternance sur l'ensemble du territoire

Un pylône de transmission électrique dans la capitale iranienne Téhéran, le 12 novembre 2024. L'Iran a annoncé le 10 novembre 2024 qu'il imposerait un rationnement de l'électricité à Téhéran et dans d'autres provinces à partir du 11 novembre en raison d'une pénurie de carburant dans les centrales électriques, selon l'agence de presse officielle IRNA. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

L’Iran dispose d’abondantes ressources énergétiques mais le pays est contraint de rationner l’électricité, faute de carburant pour alimenter ses centrales, avec des coupures en journée qui exacerbent le mécontentement et fragilisent une économie sous sanctions.

« Quand le courant est coupé, on ne peut pratiquement rien faire du tout », soupire Ali, employé dans un café cosy de Téhéran, où faute d’électricité ce jour-là le personnel tue le temps en fumant et discutant.

« Quasiment tous nos appareils sont électriques, comme cette machine à expresso », souligne le trentenaire qui n’a pas souhaité donner son nom complet à l’AFP, dans son établissement plongé dans l’obscurité.

Pour économiser l’énergie et prévenir des pénuries, le gouvernement impose en journée depuis le début du mois deux heures de coupures d’électricité – au risque de pénaliser l’activité, déjà fragilisée par les sanctions.

Les coupures suivent un calendrier et sont décrétées en alternance sur l’ensemble du territoire.

Cette situation est cocasse car l’Iran est un géant sur le plan énergétique.

Abbas Aliabadi, ministre iranien de l’Énergie, le 1e juillet 2023. (Crédit : Capture d’écran Wikipedia ; CC BY 4.0)

Il dispose des deuxièmes plus grandes réserves de gaz naturel au monde, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA).

Le pays est également le septième producteur mondial de pétrole brut et possède les troisièmes plus grandes réserves après le Venezuela et l’Arabie saoudite, toujours d’après l’EIA.

« Production de poison »

Mais le réseau électrique iranien souffre d’un manque d’investissements dans les infrastructures, « principalement à cause des sanctions occidentales », relève depuis Téhéran l’économiste Hassan Forouzanfard.

Ces difficultés sont exacerbées durant les pics de consommation d’électricité, notamment en été lorsqu’il s’agit d’alimenter les climatisations mais aussi l’hiver pour se chauffer.

Le président iranien Massoud Pezeshkian justifie ces coupures quotidiennes par les « faibles réserves de carburant » dont disposeraient les centrales électriques et la nécessité de les économiser à l’approche de l’hiver, quand les températures peuvent localement être glaciales.

La porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, invoque pour sa part un impératif de santé publique afin de limiter la pollution de l’air, endémique à Téhéran, bouillonnante capitale de quelque 10 millions d’habitants.

« Les coupures de courant peuvent être un remède à la production de poison », a-t-elle assuré, en allusion au fioul particulièrement polluant qui alimente certaines centrales.

Le président Massoud Pezeshkian accueillant le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi (à gauche), lors d’une réunion, à Téhéran, le 14 novembre 2024. (Crédit : Présidence iranienne/Handout/AFP)

« Qu’une partie de la société paye de sa santé » à cause de la production d’électricité est « injuste », déclare à l’AFP Mona, 36 ans, mise quelques heures au chômage technique faute de courant dans son café.

Des coupures à répétition en Iran ont provoqué ces dernières années la colère d’une partie de la population.

Pour économiser l’électricité, les autorités avaient ainsi imposé en juillet aux fonctionnaires de réduire leur temps de travail de moitié, lors d’un pic de chaleur.

« Situation critique »

« Je ne pense pas que le gouvernement réussira à régler à court terme les problèmes » énergétiques et de pollution, déclare à l’AFP Forouzanfard, pointant du doigt une consommation d’énergie en Iran « supérieure à la moyenne mondiale », du fait de son faible coût.

« Que ce soit le gaz naturel, le pétrole ou les carburants tous sont dans une situation critique », affirme au quotidien Ham Mihan l’un d’eux, Hashem Oreyi, évoquant une « crise énergétique » en Iran.

C’est la conséquence d’une « mauvaise gestion de l’énergie » par les précédents gouvernements « et de sa poursuite par le gouvernement actuel », assure dans ce même journal un autre expert, Abdolah Babakhani.

L’Iran exporte son gaz vers notamment le Pakistan, l’Arménie, l’Inde, l’Azerbaïdjan et Oman.

Un homme préparant une commande à l’aide de la lumière de son smartphone dans la cuisine d’un café à Téhéran pendant une panne d’électricité, le 12 novembre 2024. L’Iran a annoncé le 10 novembre 2024 qu’il imposerait un rationnement de l’électricité à Téhéran et dans d’autres provinces à partir du 11 novembre en raison d’une pénurie de carburant dans les centrales électriques, selon l’agence de presse officielle IRNA. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Pour remédier aux pénuries, les autorités estiment que la population doit changer ses habitudes.

« À la maison je mets des vêtements chauds, les autres peuvent faire de même ! », a ainsi déclaré à des compatriotes mécontents le président iranien, selon qui l’Iran n’a « d’autre choix que de consommer avec parcimonie son énergie ».

Lors d’une coupure à Téhéran, une file d’attente se forme devant une supérette.

« Pas plus d’un client à la fois car les caméras de surveillance sont hors service » à l’intérieur, prévient Sina, un employé de 24 ans qui redoute des vols dans l’établissement.

Les coupures d’électricité « nuisent » aux petits commerçants, déplore-t-il.

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