« En raison de leur couleur de peau ou de la religion » : Macron choque avec ses propos sur l’attaque à Trappes

Des deux côtés de l'échiquier politique en passant par des associations, le chef d'Etat est accusé d' 'oublier' et de 'nier la réalité' après les attaques djihadistes de Mohamed Merah - entre autres

Le président français Emmanuel Macron rencontre des habitants à la mairie de Trappes, près de Paris, en France, vendredi 23 octobre 2026, après une fusillade dans la banlieue parisienne qui a fait un mort et plusieurs blessés. (Crédit : Hannah McKay/Photo Pool via AP)

La classe politique a exprimé sa réprobation vendredi devant les propos d’Emmanuel Macron sur l’attaque à Trappes, que le président a qualifiée de « premier » acte terroriste en raison de la « couleur de peau ou de la religion », malgré de trop nombreux précédents.

Des deux côtés de l’échiquier politique en passant par des associations, le chef d’Etat est accusé d’ « oublier », de « nier la réalité », notamment des attentats commis en 2012 par Mohamed Merah, qui a coûté la vie à sept personnes parmi lesquelles trois enfants d’une école juive, celui de l’Hypercasher en 2015, l’assassinat du père Hamel en 2016 ou encore l’attaque de la basilique Notre-Dame de Nice en 2020.

Vendredi, un homme soupçonné d’avoir voulu s’en prendre à des personnes issues de l’immigration a tué une personne et fait cinq blessés, dont une enfant de douze ans dans un état critique, lors d’une fusillade entre Trappes et La Verrière (Yvelines). Il a été interpellé et placé en garde à vue.

« C’est un tournant parce que c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, en raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne », a affirmé M. Macron, en déplacement dans la soirée à Trappes.

« Ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est un attentat terroriste, raciste », a-t-il assuré. « Nous n’avons rien à céder aux idées qui s’installent dans la République et qui peuvent justifier ce genre de comportement ou qui créent une atmosphère qui pourrait les justifier. »

« Contrairement à ce que vous déclarez, ce n’est pas ‘la première fois’ que des Français sont visés et tués, dans le cadre d’une opération terroriste planifiée, ‘en raison de leur couleur de peau ou de leur religion' », a lancé sur la plateforme X le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, rappelant les précédents des 15 dernières années.

« Cette déclaration du président de la République est factuellement fausse donc politiquement problématique », a abondé le député PS de l’Essonne Jérôme Guedj, soulignant que « l’assignation identitaire » avait déjà « servi de levier au terrorisme ».

Remontant jusqu’à l’attentat de la rue des Rosiers en 1982, le député européen et membre LR François-Xavier Bellamy appelle Emmanuel Macron à ne pas, « pour faire croire qu’elle est un ‘tournant’, nier soudain la réalité des larmes versées par la France depuis bien trop longtemps », mentionnant également l’attentat contre Charlie Hebdo et le meurtre de Samuel Paty, « tués pour ce en quoi ils ne croyaient pas ».

Pas de « hiérarchie »

« Soirée tragique où un président choisit ses morts. Il oublie les catholiques, comme le père Hamel, mort parce que catholique. Il oublie les Juifs, comme les enfants Sandler, morts parce que Juifs. Il oublie les Blancs, comme Thomas, mort parce que Blanc », a encore tancé la députée européenne Sarah Knafo (Reconquête).

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi, s’est lui aussi ému de la déclaration d’Emmanuel Macron.

« Tuer un Français pour sa couleur de peau ou sa religion supposée, c’est attaquer la République tout entière. Nous sommes tous aux côtés des victimes sans réserve », a-t-il écrit sur X. « C’est précisément parce que cette unité est sacrée qu’une déclaration du président de la République oblige à une mise au point », relevant que « ce n’est malheureusement pas ‘la première fois' » qu’un tel attentat se produit en France ».

Dans la soirée, l’Élysée a réagi à la polémique qui enflait sur les réseaux sociaux en expliquant que « le chef de l’État parl(ait) bien évidemment du premier attentat raciste sur le fondement de la couleur de peau commis dans notre pays, ainsi qu’il l’a précisé au début de son intervention ».

Le chef de l’État a lui-même précisé dans un message sur X vouloir « rappeler une vérité essentielle et éviter toute polémique : notre pays a connu, ces dernières années, des attentats qui ont frappé des chrétiens parce qu’ils étaient chrétiens et des juifs parce qu’ils étaient juifs. Aucune de ces victimes ne doit être oubliée. Aucune douleur ne doit être hiérarchisée ».

« Et je veux que rien, ce soir, ne vienne ajouter à la peine des familles, à la tristesse du pays et au recueillement de la nation », a dit Emmanuel Macron.

Le président français avait lors de son dernier discours prononcé à l’Assemblée générale de l’ONU affirmé que le groupe terroriste palestinien du Hamas n’avait jamais sévi en Cisjordanie, des propos tenus quelques jours après un attentat faisant un mort franco-israélien.

read more: