En Syrie, la disparition de la Joconde de manuels scolaires

Images de femmes supprimées, voiles plus présents, chefs-d'œuvre retirés ou retouchés : des modifications dans les manuels scolaires officiels en Syrie ravivent les craintes d'une islamisation de la société

Une personne photographie le tableau de Léonard de Vinci, la Joconde, au musée du Louvre, le dimanche 31 août 2025, à Paris. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)

Ces changements ont été initiés par les autorités islamistes, arrivées au pouvoir fin 2024 après la chute du président Bachar al-Assad, dont le parti Baas reconnaissait la place prépondérante de l’islam tout en préconisant un Etat laïc.

Dans un message publié la semaine dernière sur Facebook, un journaliste syrien, Mohammad Salloum, a relevé, sur la base d’une étude de l’organisation Impact-se sortie en octobre, des changements dans les nouvelles éditions des manuels de sciences sociales, d’éducation islamique et d’histoire, provoquant un tollé.

L’AFP a vérifié plusieurs modifications mentionnées dans le rapport en consultant des versions numériques disponibles sur des sites officiels.

Ainsi, la Joconde n’apparaît plus dans le livre d’histoire de cinquième, et des sculptures emblématiques de civilisations syriennes antiques, certaines représentant des femmes, ont été supprimées d’un manuel de CE2.

Dans le livre d’éducation islamique de CM1, une photo sur laquelle figuraient ensemble des femmes, dont une voilée, et des hommes, a été remplacée par deux clichés : l’un avec des hommes et un autre avec des femmes portant le niqab (voile intégral).

Selon des images partagées par des internautes syriens, deux fillettes représentées devant un ordinateur sont désormais voilées. Une sculpture de scribe le montre à présent vêtu d’une chemise. Et des photos de danse sont supprimées d’un ouvrage de la classe de sixième.

Le ministère de l’Education a affirmé lundi dans un communiqué que les manuels avaient été modifiés pour « supprimer des symboles du régime déchu et ses contenus idéologiques, et corriger des images et des contenus qui lui sont liés ». Il n’a pas fait d’autre commentaire.

Le ministère avait amendé des programmes scolaires dès 2025, notamment en éducation islamique, histoire et géographie, et supprimé des symboles du parti Baas.

« Transformation idéologique »

Depuis leur arrivée au pouvoir, les autorités islamistes ont imposé certaines mesures qui font craindre une limitation des libertés individuelles et des droits des femmes.

Le nouveau programme « témoigne d’une transformation idéologique », analyse l’organisation Impact-se, spécialisée dans l’évaluation des programmes scolaires.

Les modifications visent à « reconfigurer l’identité nationale, la mémoire historique, les valeurs civiques et la place du pays dans la région, à travers ce qui apparaît comme un cadre islamiste », estime-t-elle.

L’avocat et militant des droits humains Michel Chammas a appelé sur les réseaux sociaux à revoir les programmes selon des « critères pédagogiques et scientifiques » et à renforcer la pensée critique, absente des manuels sous Assad, et le respect de la diversité.

Il a également dénoncé une « tentative d’imposer un récit idéologique » aux nouvelles générations en qualifiant par exemple de « complotistes » des opposants au règne ottoman pendus en 1916 et auparavant célébrés comme des héros.

Ce débat intervient après plusieurs mesures controversées, comme des restrictions vestimentaires sur les plages et des limitations à la vente d’alcool.

Le ministère de l’Education a en outre annoncé en septembre sa décision d’interdire aux étudiantes certaines filières dans des universités.

Le même mois, une école privée de renom de Damas a décidé de séparer les filles des garçons à partir du collège, arguant entre autres de problèmes de harcèlement, tout en niant avoir agi sur instruction officielle.

read more: