Interview

Enrôlement des Haredim : pour un élu HaTzionout Hadatit, des changements dans le texte sont nécessaires

Moshe Solomon souhaite des corrections, à commencer par la baisse des objectifs de recrutement. Selon lui, le parti est uni dans ses revendications mais une source indique que la faction est susceptible de plier

Le député HaTzionout HaDatit Moshe Solomon présidant une réunion de la commission de l’Éducation, de la Culture et des Sports de la Knesset, le 15 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La version actuelle du projet de loi consacré à l’encadrement de l’enrôlement des ultra-orthodoxes présente « de nombreuses lacunes » et n’est « pas suffisante », a déclaré cette semaine le député du parti HatZionout HaDatit Moshe Solomon, avertissant qu’à moins que des amendements substantiels ne soient apportés, son parti ne le soutiendrait pas.

« Notre objectif est de modifier chacune de ces clauses pour s’assurer de recruter des Haredim capables de profiter du grand honneur de servir au sein de l’armée israélienne », a déclaré le député nationaliste au Times of Israel lors d’une interview téléphonique mardi.

Les propos de Solomon semblent globalement en phase avec ceux du chef du parti HatZionout HaDatit, Bezalel Smotrich, qui a refusé jusqu’ici de dire s’il était favorable au projet de loi, laissant en suspens la capacité de la coalition à rassembler les soutiens nécessaires pour adopter cette mesure controversée, avec à la clef la survie du gouvernement.

Dans les semaines à venir, le projet de loi sera soumis au plénum pour un vote complet, le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Boaz Bismuth (Likud), ayant annoncé la fin des délibérations parlementaires sur la mesure à la fin du mois dernier.

Cependant, en coulisses, les négociations s’avèrent être acharnées, avec des représentants ultra-orthodoxes qui s’opposent fermement aux changements exigés par la conseillère juridique du comité, Miri Frenkel Shor.

Cela fait deux ans que la direction haredi milite en faveur d’une loi permettant à ses électeurs d’échapper à l’armée, après que la Cour suprême a statué que les exemptions générales accordées depuis des décennies aux étudiants de yeshiva haredim à temps plein étaient illégales.

Depuis, les parlementaires de la coalition, qui dépendent largement du soutien haredi pour se maintenir au pouvoir, peinent à trouver une formule capable de concilier soutien des ultra-orthodoxes et partage du fardeau du service militaire obligatoire.

Des soldats de la brigade hasmonéenne participent à une cérémonie au mur Occidental dans la vieille ville de Jérusalem, le 6 août 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Près de 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans sont actuellement considérés comme éligibles au service militaire mais pas enrôlés. L’armée israélienne a fait état de son besoin urgent de 12 000 recrues en raison de la pression exercée sur les forces permanentes et de réserve par la guerre contre le Hamas à Gaza et d’autres défis militaires. Selon Tsahal, 80 % des réfractaires font partie de la communauté ultra-orthodoxe.

La dernière version en date du projet de loi, rédigée par Bismuth, prévoit des exemptions générales du service militaire pour les étudiants à temps plein de yeshiva, tout en fixant des objectifs modestes de conscription pour l’ensemble de la communauté. Elle s’est notamment attiré la critique de la haute hiérarchie militaire et de la procureure générale, qui la jugent pleine d’imperfections et peu susceptible d’augmenter l’enrôlement haredi.

Solomon fait partie des députés de la coalition qui ont vivement critiqué ce projet de loi, à l’instar des députés du Likud Yuli Edelstein et Dan Illouz, Sharren Haskel de Tikva Hadasha ou Michal Woldiger et Ofir Sofer du parti HaTzionout HaDatit.

« Avant, on pensait avoir besoin d’une petite armée, intelligente et forte ; aujourd’hui, on a besoin d’une grande armée, intelligente et forte. Par conséquent, tous les secteurs de la société israélienne doivent participer… en tant que parti, nous avons déclaré dès le départ que nous voulions une véritable loi de conscription significative capable de faire une place aux Haredim dans les rangs de l’armée israélienne », affirme Solomon. « Notre objectif est de modifier chacune de ces clauses pour s’assurer de recruter des Haredim capables de profiter du grand honneur de servir au sein de l’armée israélienne. »

Mardi dernier, lors d’une conférence, Woldiger a déclaré que le projet de loi n’était « pas valable » dans sa « forme actuelle ».

Or, en décembre dernier, Sofer, qui est également ministre de l’Immigration, avait tenu une conférence de presse pour annoncer qu’il « voterait contre cette loi, même si cela signifiait pour lui de se faire congédier par le Premier ministre. »

Smotrich, cependant, a rejeté les questions concernant sa position, répétant à plusieurs reprises aux journalistes que le parti HatZionout HaDatit ne prendrait sa décision qu’une fois les délibérations terminées et le projet de loi révisé présenté par la commission.

Solomon est resté sur cette position en répétant « Nous attendons la version finale ».

Le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, Boaz Bismuth (au centre), avec la conseillère juridique de la commission, Miri Frenkel Shor (à droite) lors d’un débat sur le projet de loi du gouvernement visant à réglementer la conscription des ultra-orthodoxes et ses exemptions, le 28 décembre 2025. (Crédit : Noam Moskowitz/Service du porte-parole de la Knesset)

« Pour l’heure, le brouillon n’est pas assez bon ; il reste beaucoup d’inconnues. Si c’est une loi qui recrute vraiment, nous serons là pour elle. Sinon, on ne le fera pas. Pour nous, le service militaire est une mitsva », ajoute-t-il en rappelant que nombre de membres de la communauté sioniste religieuse sont morts au combat lors de la dernière guerre.

« Nous combinons Torah et armée. Nous voulons maintenir l’intégrité de la coalition, mais par ailleurs il est vital que ce ne soit pas seulement une ‘porte tournante’ mais une loi qui attire de nouvelles personnes dans l’armée. »

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, chef du parti HaTzionout HaDatit, présidant une réunion de faction de la Knesset, à Jérusalem, le 19 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon un député de la coalition bien informé de la question, qui s’est confié au Times of Israel, le parti de Smotrich finira probablement par céder aux pressions de la coalition pour soutenir le projet de loi, modifié à la marge mais fonctionnellement identique. Il estime que « la plupart voteront en faveur, quitte à ce qu’un ou deux fassent défaut ».

Solomon estime pour sa part que la faction restera unie sur la question et minimise le risque d’une défection, affirmant bien fort « Nous sommes un parti uni ».

« A la toute fin, on verra s’il y a effectivement un projet de loi. Les déclarations pour ou contre ne servent pas à grand chose. Il est clair pour tous que nous comptons sur des amendements », poursuit-il. « La loi doit faire venir 3 000 Haredim la première année, puis 5 000 à 6 000 les années suivantes, avec au bout de cinq ans, la complétion de 50 % du cycle de recrutement. Si tel n’est pas le cas, la faction dans son ensemble ne soutiendra pas le projet. »

Le député s’oppose à une clause du projet de loi autorisant un comité consultatif à réduire les objectifs de recrutement si ses membres estiment que Tsahal n’a pas ouvert suffisamment de filières Haredim.

Des hommes ultra-orthodoxes bloquant la Route 4 lors d’une manifestation contre l’emprisonnement d’étudiants de yeshiva qui n’ont pas respecté un ordre de conscription de l’armée israélienne, à Bnei Brak, le 8 décembre 2025. (Crédit : David Cohen/Flash90)

« Il y a une loi, il y a des objectifs, et la façon d’y parvenir doit être définie chaque année. Si ces objectifs ne sont pas atteints, il doit y avoir des sanctions, sur les plans institutionnel et personnel. C’est une exigence fondamentale », souligne-t-il.

Solomon exige par ailleurs que le projet de loi concerne les Haredim, définis comme les personnes qui mènent un mode de vie haredi, à l’exclusion de ceux qui ont fréquenté une école haredi entre 14 et 18 ans – à défaut, les anciens haredim qui font ou ont fait leur service seraient pris en compte dans ce quota.

Pour de nombreux critiques, un des points de friction majeurs tourne autour de la volonté de Bismuth de permettre aux étudiants de yeshiva à temps plein de continuer à bénéficier de reports, année après année, jusqu’à l’âge de 26 ans, date à laquelle ils bénéficieraient d’une exemption totale du service militaire.

Selon Solomon, si quelqu’un se voit accorder une exemption à l’âge de 26 ans, il devrait malgré tout être tenu de servir autrement, via une formation abrégée par exemple, afin de pouvoir figurer dans la réserve de Tsahal.

« Au final, nous avons un âge d’engagement compris entre 18 et 26 ans. Nous attendons du monde haredi qu’il remplisse ses objectifs », conclut-il en soulignant l’importance de l’étude de la Torah.

« Notre armée est fondée sur les réserves. Même ceux qui bénéficient d’un report de service jusqu’à 26 ans devraient finir par faire cela afin de pouvoir jouer un rôle dans la réserve. C’est ce que j’attends d’eux. »

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