Entre blocs opératoires fortifiés et hôpitaux éphémères, les centres hospitaliers israéliens vont à l’essentiel en temps de guerre

Forts de leur expérience du pogrom du Hamas, le 7-octobre, et de la guerre de juin dernier contre l'Iran, les hôpitaux se mettent hors de portée des missiles, avec des soignants bien rôdés

Des patients et des soignants dans un parking souterrain transformé en service à l'hôpital Shaarei Tzedk de Jérusalem, suite au déplacement de patients en raison de la guerre et des tirs de missiles iraniens sur Israël, le 4 mars 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)

Deux jours après l’attaque meurtrière au missile iranien contre Beit Shemesh qui a fait neuf morts et des dizaines de blessés, le Dr Jonathan Lifshitz, médecin de famille à la clinique générale Mishlat, s’est rendu à Jérusalem pour venir en aide à ses patients évacués, vers deux hôtels de Jérusalem. Au total, 780 habitants de Beit Shemesh ont ainsi été évacués.

Sur une table d’hôtel recouverte d’une nappe, Lifshitz connecte deux ordinateurs, installe son cabinet de fortune et se met au travail.

« Lorsque j’ai appris que mes patients avaient été évacués, je les ai contactés », explique Lifshitz dans un communiqué. « Au-delà des seuls soins médicaux, le fait de voir un médecin que l’on connait bien peut rassurer en cette période mouvementée. »

Que ce soit dans des centres de soins éphémères ou dans des parkings souterrains transformés en salles d’opération fortifiées, hôpitaux et cliniques continuent de travailler sous les tirs, et ce depuis le début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février dernier.

Dès le début de la guerre, le ministère de la Santé a donné ordre aux centres hospitaliers de tout le pays de passer en état d’alerte, de transférer les patients et soins intensifs dans des complexes souterrains et d’opérer dans des espaces protégés.

Lors des deux années de guerre déclenchées par le pogrom du Hamas, le 7 octobre 2023, les centres hospitaliers israéliens ont continué de faire leur travail alors même que certains d’entre eux — dont le Centre hospitalier Barzilai d’Ashkelon — ont été touchés par des tirs de roquettes.

A gauche, le Dr Yonatan Lifschitz, médecin de famille à la clinique Mishlat de Clalit Jérusalem, à Beit Shemesh avec Tamar Laufer, infirmière psychiatrique en chef de Clalit Jérusalem, donnent des soins médicaux dans un hôtel de Jérusalem qui accueille des personnes évacuées suite à l’attaque au missile iranien du 1er mars 2026 à Beit Shemesh, photographiés le 3 mars 2026. (Avec l’aimable autorisation du porte-parole, de Clalit Jérusalem)

Au centre hospitalier et universitaire Soroka de Beer Sheva, un missile balistique iranien s’est écrasé sur le service de chirurgie pendant la guerre de 12 jours contre l’Iran, en juin dernier, ce qui a fait plus de 80 blessés et détruit huit salles d’opération ainsi que six laboratoires de recherche.

« Voilà bien une chose qu’aucun autre hôpital en Israël ou ailleurs dans le monde n’a à gérer », souligne le directeur du Centre hospitalier universitaire de Soroka, le professeur Shlomi Codish.

« Soroka travaille en ce moment-même malgré le niveau d’alerte maximal et continue de sauver des vies. »

De la fumée s’élevant d’un bâtiment du complexe hospitalier Soroka après avoir été touché par un missile tiré depuis l’Iran, à Beer Sheva, le 19 juin 2025. (Crédit : Leo Correa/AP)

« Appliquer les fruits de l’expérience »

« Ce n’est pas la première fois, nous avons l’expérience », confiait mercredi au Times of Israel la Dre Mira Maram, directrice générale adjointe des services de santé Clalit, en charge de la supervision de 14 hôpitaux en Israël.

« Nous savons désormais bien quels équipements il nous faut déplacer, quels lits prendre et la distance à respecter entre chacun d’entre eux, comment gérer le risque infectieux et quelles machines apporter », explique Maram.

La Dre Mira Maran, à droite, directrice générale adjointe des services de santé de Clalit, avec des soignants de l’hôpital souterrain du Centre Hospitalier Rabin. (Autorisation)

Dans le nord, des hôpitaux repliés dans des « installations fortifiées »

Le personnel du Centre hospitalier Galilee de Nahariya, situé à moins de 10 kilomètres de la frontière nord, est passé en état d’alerte peu de temps après la publication de la directive du ministère de la Santé, le 28 février dernier.

Dans ce que le porte-parole de l’hôpital qualifie de véritable course contre la montre, le personnel a tout déplacé sous terre et dans des zones protégées avec quatre heures d’avance sur le temps mis le 7-octobre.

« Tout ce qui est interventions chirurgicales, accouchements ou pose de cathéters cardiaques ou neuro se fait dans des installations fortifiées », explique au Times of Israel son le PDG et directeur, le Professeur Masad Barhoum.

Lors des 14 mois de conflit contre le Hezbollah, concomitant de la guerre à Gaza, le Hezbollah a tiré des milliers de roquettes, missiles et drones sur le nord d’Israël pour aider le Hamas. Sous les bombes, les soignants ont continué leur travail dans des pièces souterraines fortifiées, sans fenêtres ni air frais.

Le Professeur Masad Barhoum, directeur général du Centre hospitalier Galilee à Nahariya (Autorisation/ Centre hospitalier Galilee)

Depuis la conclusion du cessez-le-feu avec le Hezbollah, fin novembre dernier, l’hôpital avait rejoint ses installations habituelles. Mais à l’époque, son directeur adjoint, le Dr Tsvi Sheleg, avait dit : « Cela pourrait se reproduire ; nous sommes prêts à retourner sous terre. »

L’hôpital peut désormais accueillir davantage de patients de médecine interne, avec une capacité de 60 lits, et a mis en place des services non urgents au sein d’établissements protégés, comme par exemple en chirurgie bucco-dentaire et maxillo-faciale.

Des soignants attendent l’arrivée des victimes d’une attaque de drone sur le village druze de Hurfeish, au centre hospitalier Ziv de Safed, dans le nord d’Israël, le 5 juin 2024. (David Cohen/Flash90)

À Safed, le professeur Salman Zarka, directeur du centre hospitalier Ziv, à 11 km de la frontière libanaise et 80 de la frontière avec la Syrie, explique au Times of Israel que depuis les conflits des dernières années, les équipes sont « habitués à gérer des situations extrêmes », comme lorsqu’un missile du Hezbollah s’est écrasé en juillet 2024 sur la ville druze de Majdal Shams, sur le plateau du Golan, faisant 12 morts – des enfants – et des dizaines de blessés.

« Même dans les circonstances les plus difficiles, avec un grand nombre de victimes, les civils comme les soldats sont entre les meilleures mains », assure Zarka.

Après la guerre de juin dernier, rappelle la Dre Osnat Levtzion-Korach, directrice du Centre hospitalier Shamir, dans le centre d’Israël, le personnel « a préparé un gros manuel avec tous les protocoles » pour le transfert des patients et du matériel vers les 3ème ou 4ème niveaux de parkings sous-terrains.

Des personnels soignants du Centre hospitalier Shamir déplacent les patients vers des installations souterraines au niveau du parking de l’hôpital, le 28 février 2026. (Autorisation)

« C’est toute une logistique », ajoute Levtzion-Korach. « C’est un très gros travail, qui est tout sauf facile. »

Elle ajoute que le personnel « a changé deux ou trois choses, mais que, dans l’ensemble, le protocole qui avait fonctionné la première fois a là encore très bien fonctionné. »

Levtzion-Korach n’a pas attendu la directive du ministère de la Santé pour initier les préparatifs, dans l’éventualité d’une guerre contre l’Iran. Elle a fait condamner le parking souterrain afin qu’il soit prêt à accueillir des patients.

La Dre Osnat Levtzion-Korach, directrice du Centre hospitalier Shamir, dans les installations souterraines de son établissement (Autorisation).

« Ce que nous avons fait ici est inimaginable, mais cela reste du provisoire », souligne-t-elle. « Le mieux serait d’avoir des services protégés afin que les patients n’aient pas à bouger. Avoir 200 patients dans un parking, c’est loin d’être idéal. Il n’y a pas de vie privée, pas de gestion du risque infectieux. On est en sécurité, certes, mais il y a aussi beaucoup de problèmes. Heureusement, les patients y mettent vraiment du leur, personne ne se plaint. »

« On va certainement m’inviter à des conférences pour PDG d’hôpitaux pour que j’explique comment gérer les séismes ou d’autres urgences », plaisante-t-elle. « Nous avons beaucoup de choses à partager avec les autres sur la question : nous le ferons assurément. »

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