Épargné, marié, pendu: les dernières semaines de l’Iranien Alireza Sepahi

Le corps sans vie du défunt n'a pas été restitué à sa famille pour ses funérailles à Ispahan, mais transféré à 200 kilomètres de là, à Kashan

Illustration : Le corps d'un condamné à la pendaison dans la ville de Qazvin, à environ 130 kilomètres à l'ouest de la capitale Téhéran, en Iran, le 26 mai 2011. (Crédit : Agence de presse Mehr, Hamideh Shafieeha/AP)

Le matin du 5 octobre, Alireza Sepahi, 25 ans, a été pendu en Iran. La veille, il s’était marié avec sa compagne, également emprisonnée, lors d’une cérémonie célébrée par téléphone.

Arrêté pour son implication présumée dans la mort de quatre policiers lors des manifestations antigouvernementales de janvier, il devait initialement être exécuté en juillet mais une crise cardiaque avait repoussé l’échéance.

Le tribunal l’avait condamné « pour appartenance à un groupe armé et atteinte à la sécurité nationale », selon l’agence du pouvoir judiciaire Mizan, tout comme Alireza Raïssi, lui aussi pendu lundi dans la prison d’Ispahan (centre).

La République islamique a désormais exécuté 34 personnes en lien avec cette vague de contestation réprimée dans le sang, selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège.

Alireza Sepahi avait été interpellé le 10 janvier, peu après les faits qui lui sont reprochés, aux côtés de sa mère, toujours incarcérée pour une peine de cinq ans de prison.

L’affaire a été entachée de « graves vices de procédure », accuse le Centre Abdorrahman Boroumand, qui siège aux États-Unis.

Le tribunal a selon lui ignoré « des éléments de preuve présentés par la défense », notamment des images montrant qu’il n’était pas présent sur les lieux au moment des faits.

Mariage par contumace

Une dizaine d’autres personnes ont été condamnées à mort dans l’affaire.

Deux ont été pendus le 19 juillet. M. Sepahi, lui, devait l’être le 28 juillet en public avec deux hommes, dont son cousin Abolfazl, d’après l’IHR.

« Mais peu avant l’exécution, il a été victime d’une crise cardiaque et a été transféré à l’hôpital », explique Mai Sato, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran.

« Il est sorti quelques jours plus tard et est revenu en prison, vivant chaque jour dans la peur d’une exécution, jusqu’à ce que le couperet tombe ».

Le tribunal révolutionnaire d’Ispahan a rejeté son recours en appel et ses proches ont été convoqués pour une ultime rencontre.

Avant de mourir, Alireza Sepahi a toutefois tenu un dernier engagement.

Son avocat a arrangé un appel avec sa compagne, Mahshad Kashani, incarcérée dans une autre prison d’Ispahan, afin de célébrer leur mariage religieux avant sa pendaison.

« M’accordez-vous la permission » de prononcer le mariage avec une dot composée « d’un exemplaire du Coran, un morceau de sucre candi et une rose rouge », a-t-il demandé à leurs pères, qui ont donné leur bénédiction, selon l’enregistrement audio partagé par des organisations de défense des droits humains, dont l’IHR.

L’administration pénitentiaire a refusé au couple l’autorisation de se voir une dernière fois.

« Les avocats espéraient que le mariage retarde peut-être l’exécution. Mais les autorités ont fait valoir que la fiancée n’avait aucun lien de parenté avec le prisonnier et ont empêché la tenue d’une cérémonie en personne », explique Roya Boroumand, cofondateur du Centre Abdorrahman Boroumand.

« Ils se sont donc mariés +par contumace+ », a-t-elle ajouté.

« L’horreur a continué pour sa famille » après l’exécution, pointe Mai Sato.

Le corps d’Alireza Sepahi ne leur a pas été restitué pour ses funérailles à Ispahan, mais transféré à 200 kilomètres de là, à Kashan.

read more: