États-Unis : Un réseau anti-Israël inculpé pour une campagne criminelle à l’université du Michigan

Les suspects auraient visé la fédération juive, intimidé un témoin et tagué des graffitis pro-Hamas sur des habitations privées

Des graffitis anti-Israël, à l'extérieur des bureaux d'avocats Goodman Acker, à Southfield, dans le Michigan, au nord de Détroit, le 3 juin 2024. (Crédit : Corey Williams/AP)

Les autorités fédérales américaines ont annoncé mercredi l’inculpation de huit activistes anti-Israël, accusés d’avoir menacé des Juifs, des responsables de l’université du Michigan et des membres des forces de l’ordre après le début de la guerre à Gaza.

Selon l’acte d’accusation, les suspects « ont orchestré des plans élaborés visant à menacer des responsables de l’université du Michigan, les forces de l’ordre et des entreprises par le biais d’actes criminels coordonnés », en raison du soutien à Israël qu’ils attribuaient à leurs cibles.

Cette campagne aurait débuté le 20 octobre 2023, deux semaines après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël, au cours duquel les terroristes ont assassiné plus de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et avant le lancement de l’opération terrestre israélienne à Gaza.

Les prévenus ont publié des listes de revendications adressées à la direction de l’université du Michigan, appelant au désinvestissement d’Israël et de toute entreprise liée à Israël. Ils ont également exigé des « enquêtes » et la publication par l’université d’une déclaration qualifiant l’opération militaire israélienne de « nettoyage ethnique génocidaire ».

Les suspects étaient tous liés à l’université du Michigan, à Ann Arbor, en tant qu’étudiants, anciens étudiants ou employés.

L’université n’ayant pas accédé à leurs demandes, les suspects ont préparé des « actions autonomes », notamment l’occupation de bâtiments du campus, des actes de vandalisme, des perturbations d’événements universitaires et la publication de menaces en ligne.

Les suspects ont rejoint un « campement de solidarité avec Gaza » sur le campus et y ont publié une déclaration affirmant : « Nous nous tournons vers nos martyrs et nos combattants de la liberté pour qu’ils nous guident… l’intifada étudiante ne sera jamais réduite au silence. »

Après le démantèlement du campement par l’université, les suspects ont commencé à viser des individus.

Les prévenus ont organisé des réunions pour identifier leurs cibles et ont recherché en ligne des informations personnelles les concernant, notamment leurs adresses, leurs photos, leurs relations, leurs activités professionnelles et d’autres renseignements privés, ont indiqué les procureurs.

Ils auraient surveillé leurs cibles, mené des opérations de contre-surveillance visant la police, discuté de moyens d’échapper aux forces de l’ordre, acheté et distribué du matériel, repéré des itinéraires d’attaque et coordonné leurs actions sur des plateformes cryptées.

Un campement de protestation anti-Israël à l’université du Michigan à Ann Arbor, dans le Michigan, le 2 mai 2024. (Crédit : Ed White/AP)

Les suspects ont discuté de l’utilisation de poison, d’explosifs et de « torture psychologique » contre leurs cibles et leurs familles.

Dans un message datant de mai 2024, deux des suspects ont convenu de « tuer », « tourmenter » et « terroriser » leurs adversaires et leurs familles.

L’un des suspects a déclaré que « toute la famille » d’une cible figurait sur sa « liste noire » et que ces personnes « devaient mourir », tandis qu’un autre a affirmé que le groupe devait « s’en prendre » aux enfants de deux cibles.

Ahmet Korkaya, un autre des prévenus, étudiant en médecine, a déclaré : « Je vais être le médecin le plus salaud de tous les temps. Je vais être le médecin [de la victime]. Je vais l’empoisonner lentement. » Korkaya a également déclaré qu’il « foncerait avec [sa] voiture » dans la maison d’une personne.

« Il nous faut des gens pour suivre [la victime]. Entrez dans cette maison, puis mettez-y le feu », a déclaré une autre suspecte, Paige Feyock.

Les procureurs ont déclaré que les accusés avaient vandalisé des habitations et des commerces à l’occasion du premier anniversaire du pogrom du Hamas. Les actes de vandalisme comprenaient des triangles rouges inversés, un symbole utilisé par le Hamas pour désigner ses cibles dans ses vidéos de propagande, des empreintes de mains rouges associées au lynchage de deux Israéliens à Ramallah en 2000, ainsi que les inscriptions « Intifada » et « Libérez la Palestine ».

Lors de cette vague de vandalisme, les prévenus ont laissé des messages contenant des revendications et des menaces, collé des portes pour en bloquer l’ouverture, brisé des fenêtres et lancé dans les habitations des bocaux en verre remplis d’acide butyrique utilisés comme « bombes puantes ».

Des étudiants anti-Israël manifestant dans un campement sur le campus de l’Université du Michigan, à Ann Arbor, le 28 avril 2024. (Crédit : Jeff Kowalsky/AFP)

Après ces attaques, les suspects auraient photographié leurs actes et diffusé les images en ligne, accompagnées d’avertissements et de menaces, tels que « Vous ne pouvez pas vous cacher ».

L’un des comptes utilisés pour diffuser les revendications et partager les images des actes de vandalisme appartenait à la section universitaire de Jewish Voice for Peace (JVP), ainsi qu’à d’autres groupes étudiants antisionistes et au groupe extrémiste Unity of Fields. Une partie de cette campagne en ligne aurait été coordonnée avec des groupes étudiants de l’université du Michigan.

Deux des prévenus, Zainab Hakim, 23 ans, et Feyock, 26 ans, ont été inculpées pour intimidation de témoin. Les deux femmes auraient prévu de confronter un étudiant de l’université du Michigan qu’elles soupçonnaient de transmettre des informations aux enquêteurs.

Feyock a déclaré que l’étudiant « devait être neutralisé » et a menacé de le « fouiller à nu » pour trouver un éventuel appareil d’enregistrement. L’un des messages indiquait que la victime « allait [leur] faire du mal » et qu’il fallait « faire quelque chose ».

Feyock et Hakim ont confronté l’étudiant dans un café en août 2024, affirmant ensuite que la victime « savait qu’elle ne devait pas parler ».

Deux autres prévenus, Matthew Sepulveda, 23 ans, et Hongru Zou, 22 ans, auraient lancé deux bocaux en verre contenant une « substance bleue » et du compost à travers la fenêtre du domicile d’un doyen de l’université du Michigan, avant de taguer son habitation.

En mars 2024, Sepulveda et d’autres suspects non identifiés se seraient introduits sans autorisation dans les locaux de la Fédération juive de Détroit, où ils auraient interpellé des membres du personnel au sujet des liens « honteux » de la fédération avec un membre du conseil d’administration de l’université, avant de déclarer : « Je reviendrai… nous reviendrons nombreux. »

Plusieurs prévenus auraient discuté de la sécurité des Juifs et des lieux de culte juifs, ou effectué des recherches à ce sujet.

Un campement de protestation anti-Israël à l’université du Michigan à Ann Arbor, dans le Michigan, le 2 mai 2024. (Crédit : Ed White/AP)

Le 7 octobre 2024, quatre des suspects auraient vandalisé la Fédération juive de Détroit en peignant des triangles rouges inversés, en recouvrant ses caméras de surveillance et en taguant les inscriptions « Fuck Israël », « Libérez la Palestine » et « Intifada ».

Parmi les autres cibles figuraient le président de l’université, son directeur des investissements, des membres de son conseil d’administration et leurs entreprises, ainsi qu’un policier.

Les autres suspects inculpés sont Amatullah Aliasgar Hakim, 21 ans, Mariam Muhammed Odeh, 24 ans, et Colin Hunter Weger, 24 ans.

Six des prévenus sont originaires du Michigan, un du Wisconsin et un de l’Illinois.

Les documents judiciaires ont révélé que les suspects avaient été inculpés en mai, mais que l’acte d’accusation était resté sous scellés par crainte qu’ils ne prennent la fuite, détruisent des preuves ou intimident des témoins avant leur arrestation.

Le tribunal a rendu public l’acte d’accusation mercredi, après l’arrestation de tous les prévenus.

Les chefs d’accusation comprennent notamment l’association de malfaiteurs en vue de transmettre des menaces, l’association de malfaiteurs en vue de suborner un témoin et la destruction de biens visant à empêcher leur saisie.

Après l’annonce des inculpations, des groupes antisionistes, dont la section universitaire du JVP, ont publié des déclarations de soutien aux suspects et appelé, notamment, à un rassemblement devant le tribunal fédéral.

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