Evoquant la peine de mort à la Knesset, des députés d’extrême droite arborent des pins en forme de nœud coulant

Ben Gvir a suscité l'indignation après son intervention lors d'une réunion de la Knesset, où les députés soutenant un projet de loi sur la peine capitale ont entendu que ses dispositions pouvaient bien être inconstitutionnelles

Le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, à gauche, et le député Otzma Yehudit Tzvika Fogel assistent à une réunion du Comité de sécurité nationale à la Knesset le 8 décembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les députés du parti d’extrême droite Otzma Yehudit ont arboré des pins en forme de nœud coulant au cours d’une réunion de commission organisée lundi sur un projet de loi controversé qu’ils tentent de faire adopter afin d’instaurer la peine de mort pour les terroristes, provoquant l’indignation des figures de l’opposition.

Avec leur couleur dorée, ces pins ont rappelé les rubans jaunes portés par la majorité des politiciens et responsables israéliens – hors de l’extrême droite – pour afficher leur solidarité avec les otages enlevés par le Hamas le 7 octobre 2023.

Les nœuds coulants symbolisent « l’engagement des députés en faveur de la peine de mort pour les terroristes » et envoient « un message clair, selon lequel les terroristes méritent la mort », a fait savoir le bureau du ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, dans un communiqué.

Ben Gvir dirige le parti Otzma Yehudit, qui tente de faire adopter un projet de loi autorisant à condamner les personnes reconnues coupables d’attentats terroristes meurtriers à la peine capitale. Actuellement, la peine de mort est réservée à des cas extrêmement rares. Elle n’a été appliquée qu’une seule fois dans l’histoire du pays, en 1962, avec la pendaison de l’officier nazi Adolf Eichmann, l’un des architectes de la Shoah.

Ces pins ont été vus sur Ben Gvir, ainsi que sur quatre députés du parti qui ont assisté à une réunion de la commission de Sécurité nationale qui avait été organisée pour délibérer sur ce projet de loi – qui a été adopté en première lecture au mois de novembre, malgré l’opposition généralisée des groupes de défense des droits humains et d’autres.

Au cours de l’audience, Ben Gvir a expliqué que la corde n’était que « l’une des options disponibles pour mettre en œuvre la loi sur la peine de mort pour les terroristes ».

« Il y a naturellement l’option de la potence, mais aussi celle de la chaise électrique et de l’euthanasie », a-t-il déclaré.

Un pin’s en forme de nœud coulant porté par les députés d’extrême droite du parti Otzma Yehudit, signalant leur soutien à un projet de loi controversé visant à mettre en œuvre la peine de mort pour les terroristes le 8 décembre 2025. (Crédit : Bureau d’Itamar Ben Gvir)

Il a également insisté sur le fait que, malgré la position de l’Association médicale israélienne contre le projet de loi, il a reçu « 100 appels de médecins, qui lui ont dit : ‘Itamar, dis-nous simplement quand’. »

Pour sa part, le chef de l’opposition, Yair Lapid, a déclaré, au cours d’une réunion du groupe parlementaire Yesh Atid qui s’est tenue plus tard dans la journée, que les députés arborant ces pins ternissaient la réputation internationale déjà malmenée d’Israël.

« Les photos de ces pins représentant un nœud coulant font le tour du monde. Elles causent des dommages indescriptibles », a-t-il souligné.

Le chef du parti démocrate, Yair Golan, a également dénoncé cette initiative.

« Un nœud coulant sur le revers du veston d’un ministre n’est pas une déclaration politique, c’est une déclaration d’intention », a-t-il ainsi écrit sur le réseau social X. « Quand un gouvernement utilise l’image de la mort pour exhiber sa force, il ne lutte plus contre le terrorisme, il se prépare pour la dictature. »

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, assiste à une réunion de commission sur la loi imposant la peine de mort pour les terroristes à la Knesset, le 8 décembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

S’adressant à la commission, Gil Shapira, l’avocat du bureau du défenseur public, a quant à lui martelé que cette loi ne devait pas être adoptée. « De nombreux pays dans le monde ne l’appliquent pas. La tendance est en fait à son abolition », a-t-il souligné.

Une note du conseiller juridique de la commission a par ailleurs mis en garde les députés que cette loi pourrait être inconstitutionnelle. Le document ne s’opposait pas à la peine de mort par principe, mais seulement dans la mesure où elle pouvait être utilisée comme mesure dissuasive – et non comme mesure punitive, invoquant son caractère irréversible.

« Au vu de la difficulté inhérente à la peine de mort, à savoir son irréversibilité, et afin de limiter, voire d’empêcher totalement, l’éventualité que des innocents soient condamnés et envoyés à la mort, il est à notre avis correct de resserrer les conditions d’application de la peine capitale », peut-on lire dans le document.

La note relève en outre, parmi les aspects problématiques du projet de loi, son potentiel à nuire au pouvoir discrétionnaire des juges en rendant la peine de mort obligatoire dans certaines circonstances, son application aux Palestiniens sous domination militaire israélienne en Cisjordanie, ainsi que son incompatibilité avec les traités internationaux auxquels Israël est partie.

Selon le texte du projet de loi, la peine de mort s’appliquera à toute personne causant intentionnellement ou par imprudence la mort d’un citoyen israélien, lorsque cet acte est commis « dans le but de nuire à l’État d’Israël et à la renaissance du peuple juif dans sa patrie ».

Selon l’équipe juridique de la commission, l’infraction décrite dans le projet de loi est beaucoup trop vague, une caractéristique qui pourrait rendre son interprétation difficile lors de son application.

Des terroristes de la force Radwan faits prisonniers lors de la récente guerre, dans une cellule d’une prison du centre d’Israël où sont détenus les prisonniers à haut risque du Hamas et du Hezbollah capturés lors de la récente guerre, le 8 janvier 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

La note, de plus, conteste la spécification selon laquelle la victime doit être un « citoyen israélien ». Une telle précision signifie en effet que la peine de mort ne s’appliquera pas dans les cas où les victimes du terrorisme sont des résidents permanents, ou des étrangers résidant dans le pays.

Au cours de la réunion, par ailleurs, Ben Gvir s’est également vanté de la dégradation des conditions de détention des prisonniers palestiniens sous sa surveillance, au vu de la recrudescence des décès parmi la population.

« J’ai découvert ce matin une information selon laquelle, sous Itamar Ben Gvir, 110 terroristes étaient morts. Ils ont dit qu’il n’y avait jamais rien eu de tel depuis la création de l’État », a-t-il déclaré.

Ben Gvir a récemment balayé d’un revers de manche un audit du Bureau du défenseur public attestant de la dégradation des conditions de détention des prisonniers condamnés pour atteinte à la sécurité, évoquant notamment la famine, les coups infligés par les gardiens et les épidémies de gale qui se propagent rapidement dans les cellules exiguës et surpeuplées.

Ben Gvir a nié que l’administration pénitentiaire ait joué un rôle dans ces décès, affirmant que les prisonniers « étaient arrivés malades, ou étaient morts de diverses blessures », précisant néanmoins n’avoir aucun scrupule à mettre fin au « camp d’été » qui aurait existé dans les centres de détention israéliens avant son arrivée au ministère.

Ariela Karmel a contribué à cet article.

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