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Face au glissement à droite, les juifs religieux de gauche se rencontrent à Jérusalem

"Smol Emuni", ou les fidèles de gauche, tient sa première conférence à Jérusalem et attire des centaines de personnes de tout l'éventail religieux

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Des centaines de juifs religieux de gauche assistent à la conférence Smol Emuni à Jérusalem le 23 janvier 2023. (Crédit : Gilad Kavalerchik/Smol Emuni)
Des centaines de juifs religieux de gauche assistent à la conférence Smol Emuni à Jérusalem le 23 janvier 2023. (Crédit : Gilad Kavalerchik/Smol Emuni)

Plus de 600 personnes se sont réunies cette semaine à la synagogue Heichal Shlomo de Jérusalem pour participer à un mouvement populaire naissant qui cherche à donner une voix à un segment de la population des juifs religieux de gauche, qui se retrouvent sans affiliation politique.

La conférence, intitulée Smol Emuni – littéralement, « fidèles de gauche » – comptait des participants issus de tout le spectre religieux, des ultra-orthodoxes aux traditionnalistes.

L’idée de ce rassemblement du lundi soir a vu le jour peu avant les élections de novembre, qui ont été remportées haut la main par les partis de droite et les partis religieux, en particulier les partis religieux qui ont des opinions de droite, voire d’extrême droite.

« Les récentes élections ont été un signal d’alarme », a déclaré Michal Zernowitski, l’une des organisateurs. « En Israël, les religieux et les laïcs pensent que [ces opinions de droite] sont conformes à ce que dit la Torah, à ce que dit la loi juive. Que si vous êtes un juif religieux, alors vous devez penser qu’il faut rassembler tous les Arabes et les opprimer. »

De fait, de nombreuses études ont montré une dérive politique vers la droite chez les Israéliens orthodoxes et ultra-orthodoxes, ou Haredi, au fil des années. Les partis haredi, par exemple, étaient autrefois aussi à l’aise dans les gouvernements de gauche que de droite, mais ces dernières années, ils ont lié leur destin presque exclusivement au Likud et à son chef, le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Le parti sioniste religieux Mafdal était autrefois relativement centriste, mais lui et ses successeurs ont pris un virage à droite prononcé au milieu des années 1990, notamment en réponse aux accords d’Oslo et aux négociations de paix ultérieures avec les Palestiniens. Un parti religieux de gauche, Meimad, a vu le jour à la fin des années 1990, mais il a disparu après deux élections.

Zernowitski, qui travaille pour la Berl Katznelson Foundation, une organisation de gauche, sur des questions liées à l’éducation haredi, a confié que l’idée d’organiser une conférence pour les personnes partageant les mêmes idées venait d’un groupe d’activistes religieux et progressistes « qui se connaissaient tous par leur travail ».

« Il n’y a pas d’organisation derrière tout cela. Smol Emuni est juste un nom que nous avons donné aux rassemblements », a déclaré Zernowitski.

L’activiste hassidique Malki Rotner s’adresse à la conférence Smol Emuni à Jérusalem le 23 janvier 2023. (Crédit : Gilad Kavalerchik/Smol Emuni)

En ouvrant les inscriptions, ils escomptaient quelques 300 personnes. Deux jours après l’ouverture des inscriptions, 400 personnes s’étaient inscrites. Au final, plus de 600 personnes ont participé à l’événement, selon les organisateurs.

« Ce qui était bien, c’était de voir des nouvelles têtes. Je ne connaissais que 5 % des gens présents », a déclaré Zernowitski.

Diverses personnalités progressistes et religieuses ont prononcé des discours, notamment Adina Bar-Shalom, la fille du célèbre ancien grand rabbin séfarade et chef spirituel du parti Shas, Ovadia Yosef ; Nitzan Caspi Shilony, une avocate féministe spécialisée dans les questions de religion et d’État ; et Malki Rotner, une activiste hassidique.

Chacune a parlé d’un sujet d’intérêt différent : Le traitement par Israël des Palestiniens et de ses propres citoyens arabes, les tribunaux rabbiniques et la convergence entre l’orthodoxie et l’État, l’éducation, la pauvreté et la politique nationale.

Bar-Shalom, dont le père a participé à la création du parti politique Shas, a déploré le virage à droite du mouvement et de la communauté religieuse en général.

« La société haredi a changé de visage. Le nationalisme et l’extrémisme l’ont envahie », a-t-elle déclaré.

Adina Bar-Shalom s’adresse à la conférence Smol Emuni à Jérusalem le 23 janvier 2023. (Crédit : Gilad Kavalerchik/Smol Emuni)

Elle a fait remarquer que son père, qui est toujours tenu en très haute estime parmi les Israéliens séfarades ultra-orthodoxes, soutenait les initiatives de « terre contre paix » avec les Palestiniens. « Aujourd’hui, vous ne pouvez pas mentionner la paix », a-t-elle noté.

« L’arrogance et la fierté ne sont pas appropriées ou acceptables. Mes amis, soyons un peu modestes. Je crois en l’humanité, je crois en nous, en le peuple d’Israël, et en la paix. Notre tâche en ce moment est d’éteindre les flammes de la haine qui nous consument », a déclaré Bar-Shalom.

Dans son discours, Caspi Shilony a prévenu que les projets du gouvernement visant à remanier en profondeur le système judiciaire et la Cour suprême de justice supprimeraient l’un des rares freins au pouvoir du grand rabbinat et des tribunaux rabbiniques, ce qui, selon elle, pourrait être désastreux pour les femmes.

« Le système judiciaire, qui défendait les femmes, ne serait plus là pour nous aider avec le projet de [Yariv] Levin, ministre de la Justice. Nous nous retrouverons soumis à la loi juive soutenue par le pouvoir en place et sans les mécanismes de sécurité démocratiques dont nous sommes censés bénéficier », a-t-elle déclaré.

L’avocat Nitzan Caspi Shilony s’adresse à la conférence Smol Emuni à Jérusalem le 23 janvier 2023. (Crédit : Gilad Kavalerchik/Smol Emuni)

Caspi Shilony a également souligné que les projets du gouvernement visant à étendre le rôle de la religion dans la vie publique ne seraient pas seulement contraignants pour la population laïque du pays, mais aussi pour les Juifs religieux progressistes, dont les opinions ne correspondent pas nécessairement à celles de l’hégémonie orthodoxe.

« Nous parlons de coercition religieuse exercée sur les personnes laïques, mais la liberté de religion nous sera également refusée à nous, les personnes religieuses. Ma fille pourra-t-elle encore dire le Kaddish ? » a demandé Caspi Shilony, en faisant référence à une prière dite par les personnes en deuil, dont la plupart des rabbins orthodoxes soutiennent qu’elle ne devrait être dite que par des hommes.

Caspi Shilony a déclaré que le sentiment dominant de la conférence était un sentiment de fraternité, que les personnes se sentant exclues de leur communauté religieuse en raison de leurs convictions politiques se sont senties enfin intégrées à un groupe plus large.

Des juifs religieux de gauche assistent à la conférence Smol Emuni à Jérusalem le 23 janvier 2023. (Crédit : Gilad Kavalerchik/Smol Emuni)

« C’était émouvant. Tout le monde a parlé de comment il se sentait chez lui, de qui faisait le kiddoush hashem« , a-t-elle déclaré, en utilisant un terme hébreu signifiant « glorification du nom de Dieu ».

L’avenir de Smol Emuni est encore incertain, mais Zernowitski a déclaré qu’elle ne pensait pas qu’un parti politique était en gestation. « Ce n’est pas le moment pour cela », a-t-elle déclaré.

Pour l’instant, dit-elle, le groupe espère produire de la littérature et des programmes éducatifs.

« Nous n’avons pas toujours de réponses pour nos propres enfants. Ils viennent nous poser des questions sur l’école, sur ce qu’ils ont entendu ou sur ce qu’un enseignant a dit, et nous ne savons pas quoi leur répondre », a déclaré Mme Zernowitski.

Bien que l’avenir du mouvement soit incertain, Zernowitski a déclaré que les personnes impliquées y sont dévouées et ne sont pas découragées par le fait qu’elles sont en nette minorité parmi les juifs religieux aujourd’hui.

« Je pense sans cesse à la chose suivante : Il n’est pas de notre devoir de terminer le travail, mais nous n’avons pas non plus la liberté de le négliger », a-t-elle déclaré, citant une phrase célèbre de la Mishnah.

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