Flambée de l’antisémitisme dans les universités d’Europe depuis le 7 octobre – rapport
Le B'nai Brith a examiné les établissements supérieurs d'Autriche, de Belgique, de France, d'Allemagne, d'Italie, des Pays-Bas, d'Espagne, de Suède, et du Royaume-Uni
Les administrateurs universitaires européens doivent redoubler d’efforts pour lutter contre l’antisémitisme sur les campus à travers le continent, notamment en renforçant la sécurité, en contrôlant les supports pédagogiques, en formant les enseignants et en engageant des poursuites judiciaires, ont fait savoir mardi deux groupes juifs et un groupe de veille allemand dans un rapport.
L’étude, qui s’est penchée sur les problèmes touchant les étudiants juifs dans les écoles de huit pays européens, ainsi qu’au Royaume-Uni, depuis le 7 octobre 2023, a révélé que les discours et les attitudes antisémites étaient régulièrement normalisés, en particulier dans le contexte des manifestations anti-israéliennes. Elle a dénoncé la réticence quasi-générale des responsables universitaires à s’attaquer de front à ce problème.
« De nombreuses administrations universitaires n’ont pas pris de position ferme contre les incidents antisémites, laissant persister un climat d’intimidation et d’hostilité à l’égard des étudiants juifs sous le couvert d’activisme politique », ont écrit les auteurs du rapport, qui a été compilé par B’nai Brith International, l’Union européenne des étudiants juifs et Democ, un groupe berlinois d’universitaires et de professionnels des médias impliqués dans la documentation et l’analyse des mouvements antidémocratiques.
« L’impact sur les étudiants juifs qui a résulté des environnements hostiles recensés dans les différents pays est considérable. Les étudiants juifs font état d’un sentiment de peur, d’isolement et de privation de leurs droits au sein d’espaces universitaires qui devraient pourtant être des lieux de respect mutuel et de discussion ouverte », ont-ils ajouté.
Le rapport s’est penché sur des établissements d’enseignement supérieur en Autriche, en Belgique, en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Espagne et en Suède, documentant les agressions contre des étudiants juifs, les cas de harcèlement ou les sentiments de malaise liés aux manifestations anti-israéliennes, ainsi que des enquêtes ou des témoignages anecdotiques montrant une augmentation des incidents ou des discours antisémites.
Parmi les témoignages d’étudiants, plusieurs étudiants de l’université de Vienne ont déclaré ne plus se sentir à l’aise sur le campus en raison du fait que des étudiants identifiables comme Juifs étaient pris pour cible par des manifestants anti-israéliens.
« Cela vous fait réfléchir à deux fois avant de vous rendre sur le campus – ou vous choisissez simplement de ne pas y aller et de ne pas vous exposer à des slogans antisémites et à la propagation d’idées antisémites », a déclaré un étudiant.
Le rapport révèle également que divers groupes d’étudiants ont collaboré avec des organisations liées à des groupes interdits tels que le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), une organisation classée comme groupe terroriste par l’UE.
En Autriche, en Allemagne et en Espagne, selon le rapport, les manifestations ont été soutenues par des organisations entretenant des « liens avec des activités terroristes », notamment Samidoun, le réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens. Parallèlement, en Autriche, les étudiants collaborent avec des organisations telles que Dar al Janub, qui a « des liens directs et avérés avec le Hamas », ajoute le rapport.
Dans certains cas, des étudiants universitaires se sont livrés à une révision et à une instrumentalisation de la Shoah afin d’établir une « fausse équivalence » avec la guerre à Gaza, indique le rapport, qui qualifie ce comportement de « particulièrement pernicieux ».
Parmi ces exemples, des slogans tels que « Les sionistes sont tous pareils, des nazis sous un autre nom », qui ont été entendus à l’université de Wageningen aux Pays-Bas – ou la décision prise par l’université des sciences appliquées d’Utrecht d’annuler une série de conférences sur la Shoah et sur l’antisémitisme.
De nombreux actes de vandalisme antisémite ont été signalés dans plusieurs universités mentionnées dans le rapport.
Celui-ci fait notamment état de 17 cas de « dégradations et profanations » antisémites ou haineuses dans les universités britanniques de Nottingham, Birmingham, Leeds, Kent, Norwich, Londres, Sussex, Oxford, Sheffield, Brighton et Canterbury au cours de l’année universitaire 2023-2024, contre seulement quatre cas l’année précédente.
Ces expériences semblent refléter celles rapportées par des étudiants juifs aux États-Unis, en particulier au cours de l’année universitaire 2023-2024, où de nombreux campus ont été le théâtre de campements de protestation à grande échelle qui, selon les critiques, ont parfois dégénéré en expressions pures et simples d’antisémitisme. De nombreux établissements d’enseignement supérieur, aux États-Unis, ont réprimé ces activités, en particulier après l’élection du président Donald Trump, dont l’administration a retiré des centaines de millions de dollars de financement aux universités jugées insuffisamment efficaces dans la lutte contre ce problème, notamment les universités de Harvard et de Columbia.
Le rapport reconnaît les mesures prises par les responsables politiques en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Suède et en Autriche dans la lutte contre ce type d’activités, notamment en démantelant les campements des manifestants dans certains cas. Les auteurs affirment toutefois que les universités ont dans l’ensemble « réagi avec hésitation aux mouvements de protestation, parfois en les approuvant tacitement ou en invoquant la liberté d’expression – dans certains cas, les acteurs antisémites n’ont pas été sanctionnés ».
Le rapport appelle les établissements à établir des lignes directrices et des règles disciplinaires claires en matière de manifestations, à renforcer la sécurité, à coordonner plus étroitement leurs actions avec les forces de l’ordre et à empêcher des groupes extérieurs de venir sur les campus pour inciter à manifester. Il réclame également la mise en place de mécanismes de signalement pour les victimes et à nommer des personnes de contact ou des groupes de travail chargés de lutter contre l’antisémitisme.
« Des mesures décisives, et si nécessaire des poursuites judiciaires, sont requises pour empêcher que l’espace public ne soit davantage empoisonné », écrit ainsi Katharina von Schnurbein, coordinatrice de la Commission européenne pour la lutte contre l’antisémitisme et la promotion de la vie juive, dans l’avant-propos du rapport.
Les responsables universitaires sont également invités à établir des ponts avec les étudiants et avec les groupes juifs, et à mieux faire connaître l’histoire et l’expérience juives par le biais d’activités sur le campus.
Le rapport exhorte les universités à adopter la définition opérationnelle de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), qu’il qualifie « d’outil clair et utile pour identifier l’antisémitisme sur le campus ».
La définition de l’antisémitisme de l’IHRA a été adoptée par des groupes et par des gouvernements du monde entier, mais elle est contestée dans la mesure où elle couvre certains exemples de rhétorique anti-israélienne, tels que le déni du droit du peuple juif à l’autodétermination.
Le rapport recommande également aux universités de mettre en place des « procédures de signalement claires » pour les victimes de la haine antijuive et de s’efforcer d’instaurer un climat de confiance avec les étudiants et avec les groupes juifs sur les campus « afin de rester au courant des développements et des tendances en matière d’incidents antisémites, de rhétorique et, plus largement, de la dynamique étudiante susceptible d’avoir un impact négatif sur les étudiants juifs ».
En ce qui concerne les manifestations sur les campus, le rapport suggère aux établissements scolaires de « garantir, de promouvoir et d’appliquer des règles disciplinaires claires » en matière de manifestations, et de renforcer la sécurité sur les campus.
Le rapport recommande également d’offrir aux enseignants des possibilités de formation sur l’antisémitisme et de veiller à ce que le personnel universitaire et le contenu des cours « offrent aux étudiants des perspectives équilibrées ».
Dans le but de garantir la mise en œuvre de toutes les mesures susmentionnées, le rapport appelle les universités à désigner un « point de contact ou un groupe de travail » qui sera chargé de traiter spécifiquement les cas d’antisémitisme sur le campus dès qu’ils se présentent.
Enfin, le rapport indique que les établissements devraient s’efforcer de « rendre visibles la vie et l’histoire juives » en encourageant les étudiants juifs à célébrer publiquement leurs fêtes, en mettant en avant les contributions juives et « en marquant la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah (le 27 janvier) en tant qu’héritage européen fondamental commun ».
« Ce rapport montre clairement que les universités européennes manquent à leurs obligations envers leurs étudiants juifs », expliquent Robert Spitzer, président de B’nai Brith International, et Daniel S. Mariaschin, son président-directeur-général. « Tout comme nous l’avons vu sur les campus américains, l’antisémitisme est trop souvent excusé ici sous le prétexte de ‘l’activisme’ mais en réalité, il constitue une menace pour la sécurité, l’inclusion et l’intégrité même de l’enseignement supérieur ».
L’antisémitisme a explosé dans le monde entier depuis que le Hamas a lancé son attaque surprise contre Israël le 7 octobre 2023, tuant plus de 1 200 personnes et en kidnappant 251 autres. Le nombre d’incidents antisémites a atteint un pic juste après l’attaque et reste à des niveaux nettement supérieurs à ceux d’avant l’attaque, selon une étude réalisée au mois d’avril par l’université de Tel Aviv.
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