Floride : Deux candidats juifs s’affrontent sur leurs positions pro-Israël

Scott Singer reproche à Jared Moskowitz de vouloir mettre fin à la guerre contre l’Iran et le rapproche de la gauche démocrate. Le député sortant met en avant le soutien de l’AIPAC

Le député Jared Moskowitz (à gauche), un démocrate de Floride, s’exprime lors d’une conférence de presse devant le Capitole américain, à Washington, DC, le 9 juin 2026. À droite, son adversaire républicain, Scott Singer, sur une photo non datée. (Crédit : Anna Moneymaker/Getty Images, Scott Singer/X)

BOCA RATON, Floride (JTA) – Le député Jared Moskowitz a déclaré mardi soir, lors d’un événement organisé dans une synagogue de l’une des circonscriptions électorales comptant le plus de Juifs aux États-Unis, qu’il était « fier d’être considéré comme le démocrate juif le plus pro-Israël du Congrès ».

Ces propos ont été tenus lors d’un débat d’une heure opposant Moskowitz à son adversaire républicain, Scott Singer, tous deux Juifs et portant une kippa. Les échanges, principalement consacrés à Israël, ont parfois été vifs.

Moskowitz s’est dit « fier de bénéficier du soutien de l’AIPAC », alors même qu’Israël et ce puissant lobby pro-israélien ont vu leur popularité fortement reculer auprès de l’électorat démocrate, sur fond de guerre à Gaza et de conflit avec la République islamique d’Iran.

Pourtant, le public réuni à la synagogue de la communauté réformée Congregation B’nai Israel de Boca Raton était, tout comme l’électorat de la 25e circonscription de Floride, profondément divisé sur le plan politique, mais résolument pro-Israël.

« Ce n’est pas New York, ce n’est pas Boston, c’est le sud de la Floride », a déclaré Edward Kone, l’un des participants, à la Jewish Telegraphic Agency (JTA).

En août, Moskowitz avait largement battu Oliver Larkin, son adversaire socialiste démocrate et critique virulent d’Israël. À l’approche des élections de mi-mandat du 3 novembre, la 25ᵉ circonscription de Floride, récemment redécoupée, attire particulièrement l’attention, les démocrates espérant reprendre le contrôle de la Chambre des représentants. Si le nouveau découpage avait été appliqué lors de la présidentielle de 2024, Donald Trump y aurait devancé Kamala Harris de neuf points. En 2020, Joe Biden l’avait emporté dans cette circonscription, dont les limites étaient alors différentes.

Le député Jared Moskowitz, démocrate de Floride, brandit une Bible de Trump alors qu’il interroge la procureure générale Pam Bondi devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants, à Washington, le 11 février 2026. (Crédit : J. Scott Applewhite/AP)

Malgré quelques moments de tension entre Moskowitz et Singer, maire de Boca Raton jusqu’au début de l’année, les deux hommes politiques ont affiché des positions largement convergentes sur Israël.

Tous deux ont condamné les accusations selon lesquelles Israël aurait commis un « génocide » contre les Palestiniens de Gaza pendant la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas. Ils s’opposent à toute tentative de conditionner ou de suspendre l’aide militaire américaine à Israël. Tous deux ont soutenu les frappes israéliennes contre des installations militaires et nucléaires iraniennes en 2025, même si Moskowitz a depuis appelé les États-Unis à mettre fin à leur guerre contre le régime iranien.

Moskowitz a rappelé mardi les positions pro-israéliennes qu’il partage avec Singer, lors du débat animé par Anthony Man, journaliste au South Florida Sun Sentinel.

« C’est précisément pour cela que rien n’avance à Washington, que rien ne fonctionne. Deux personnes qui s’accordent sur 99 % des questions s’acharnent sur le 1 % qui les sépare pour tenter d’imposer leur point de vue aux autres », a déclaré Moskowitz.

Singer, de son côté, a insisté sur les désaccords qui l’opposent à Moskowitz concernant Israël. Il lui a notamment reproché d’avoir soutenu, en mars 2026, une résolution visant à limiter les pouvoirs de guerre du président, en réaction aux frappes lancées contre des cibles en Iran sur ordre de l’administration Trump, sans l’autorisation du Congrès. Si Moskowitz a appelé l’administration à mettre fin au conflit, Singer a estimé que la menace iranienne devait être combattue avec détermination. « Nous devons l’emporter », a-t-il déclaré.

Pour Edward et Susan Kone, frère et sœur, tous deux électeurs républicains juifs, le soutien de Moskowitz à Israël est loin d’égaler celui de Singer. Ils lui reprochent notamment d’avoir voté en faveur de l’arrêt de la guerre contre l’Iran et de s’être opposé, en 2023, à l’exclusion d’Ilhan Omar, élue démocrate du Minnesota, de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants.

« Je suis partisan de l’Amérique d’abord, mais Israël compte énormément pour moi. Et sur ce point, Jared Moskowitz n’est tout simplement pas à la hauteur », a déclaré Edward Kone.

Omar fait partie des démocrates pro-palestiniens qui, selon les républicains, entraînent l’aile gauche du parti dans une opposition de plus en plus marquée à Israël.

Le député américain Jared Moskowitz brandissant des publications sur Twitter lors d’une audition de la commission de contrôle et de responsabilité de la Chambre des représentants, au Capitole, à Washington, le 8 février 2023. (Crédit : Carolyn Kaster/AP)

Singer a également attaqué Moskowitz sur son vote de 2023 contre l’exclusion d’Omar de la commission des Affaires étrangères, y voyant la preuve de sa proximité avec l’aile gauche du Parti démocrate.

« Un adjectif, un verbe, Ilhan Omar… J’ai compris la stratégie. Passons à autre chose », a rétorqué Moskowitz, suscitant quelques réactions de désapprobation dans l’assistance.

D’autres participants, qui avaient déjà voté pour Moskowitz, se sont dits prêts à lui renouveler leur confiance, notamment en raison de ses positions sur Israël.

« Il a fait ses preuves vis-à-vis d’Israël, et en tant que Juif américain, j’apprécie cela », a déclaré Peter Davidson, un électeur indépendant membre de la congrégation B’nai Israel.

Pour montrer que son soutien à Israël était reconnu jusque dans les rangs républicains, Moskowitz a rappelé qu’il bénéficiait de l’appui de l’AIPAC, tandis que son adversaire n’avait pas obtenu celui de Randy Fine, député républicain juif de Floride. Il a également cité une publication sur X de Jeff Miller, membre du conseil d’administration de la Republican Jewish Coalition (RJC), qui affirmait n’avoir « absolument aucun intérêt à s’en prendre à l’un des rares démocrates encore prêts à soutenir ouvertement et sans réserve les États-Unis et Israël ». La RJC a toutefois apporté son soutien officiel à Singer.

« Ils ne prennent pas part à ces attaques », a déclaré Moskowitz. « Ils disent clairement : ‘Nous n’allons pas nous opposer à Jared Moskowitz en raison de son bilan dans la lutte contre l’antisémitisme et de son engagement en faveur de l’État d’Israël.’ »

Singer bénéficie également du soutien de Trump. Il a toutefois reconnu, lors du débat, avoir sollicité en vain celui de Fine.

Plus tôt cette année, Singer avait minimisé l’importance des courants hostiles à Israël au sein de la droite, affirmant qu’ils se limitaient à « quelques commentateurs marginaux », dont les positions ne reflétaient pas celles de Trump. Moskowitz l’a alors mis au défi de condamner trois figures de la droite hostiles à Israël, Tucker Carlson, Candace Owens et James Fishback, ancien candidat au poste de gouverneur de Floride.

Singer a assuré condamner les trois « volontiers et sans la moindre hésitation », avant de contre-attaquer. Selon lui, contrairement aux républicains, qui écartent les personnalités hostiles à Israël, les démocrates vont jusqu’à les faire élire.

Man a également interrogé Singer sur l’emploi, lundi, par le président Donald Trump, du terme « Shylock », du nom du personnage juif du Marchand de Venise de Shakespeare, associé à un stéréotype antisémite.

« Je pense que ce terme était mal choisi », a déclaré Singer, avant de mettre aussitôt en avant le bilan du président américain en faveur d’Israël.

« Il se trouve que Le Marchand de Venise est ma pièce préférée de Shakespeare. Ce terme peut avoir plusieurs significations. Mais au-delà d’une remarque lancée à la légère, regardons son véritable bilan. Aucun président n’a fait davantage pour l’État d’Israël que Donald Trump », a déclaré Singer, sous les applaudissements de l’assistance.

Le président américain Donald Trump s’exprimant depuis le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 20 octobre 2026. (Crédit : Jacquelyn Martin/AP)

Interrogé par les journalistes, à l’issue du débat, sur les prochaines élections israéliennes, au sujet desquelles Trump s’est récemment exprimé, Singer a expliqué être trop absorbé par sa propre campagne pour soutenir un candidat. Il a précisé n’avoir aucune préférence.

« Pour être franc, je suis vaguement au courant, mais je ne suis pas cela de très près », a-t-il déclaré.

Tout au long du débat de mardi, Singer a cherché à mettre Moskowitz face aux contradictions de son propre parti. Selon lui, l’influence grandissante de l’aile gauche démocrate risque d’étouffer les voix pro-israéliennes, y compris celle du député. Il a notamment rappelé que Moskowitz avait lui-même dénoncé, le mois précédent, la mise à l’écart des partisans d’Israël au sein du Parti démocrate.

« C’est bien beau de tenir ce discours, mais il a aussi voté à deux reprises pour renforcer l’influence d’Ilhan Omar », a déclaré Singer. « Il a tenté de composer avec le Squad pour rester dans ses bonnes grâces, mais cela ne fonctionne pas. »

Cette attaque n’a pas semblé convaincre plusieurs membres de l’assistance.

Davidson, électeur indépendant, a reconnu ne pas être « un grand admirateur » du Parti démocrate. À ses yeux, Moskowitz fait toutefois exception.

« Il fait preuve d’une certaine indépendance d’esprit », a déclaré Davidson. « Il n’hésite pas à dépasser les clivages partisans. »

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