France : Dix stèles juives dégradées dans un cimetière militaire allemand
Emmanuel Macron a dit 'condamner avec la plus grande force' la dégradation de ces stèles dans le cimetière de Moulin-sous-Touvent
Dix stèles juives ont été dégradées mercredi dans un cimetière militaire allemand de la Première Guerre mondiale à Moulin-sous-Touvent (Oise), des actes condamnés « avec la plus grande force » par le président Emmanuel Macron.
Ces stèles ont été retrouvées « dégradées ou détruites » et « aucune inscription n’a été constatée sur les lieux », a indiqué le parquet de Compiègne, précisant que les investigations avaient été confiées à la brigade de recherches de la gendarmerie de Compiègne.
L’enquête est ouverte pour « violation de sépulture, tombeau, urne cinéraire ou monument édifié à la mémoire des morts commise en raison de la race, l’ethnie, la nation ou la religion », a-t-il ajouté dans un communiqué.
Ce cimetière « regroupe 1 903 sépultures chrétiennes et juives de soldats allemands ayant combattu durant la Première Guerre mondiale », a détaillé la préfecture. Selon un diplomate allemand, « le cimetière reste ouvert ».
Emmanuel Macron a dit « condamner avec la plus grande force » la dégradation de ces stèles lors d’une conférence de presse en Suisse, rappelant son « engagement personnel » à « lutter de manière implacable et sans relâche contre toutes les formes d’antisémitisme ».
La préfète de l’Oise, Catherine Séguin, a dénoncé des « actes abjects » à l’encontre « de soldats morts durant la Grande Guerre » et adressé un « message de soutien et de paix aux descendants » des soldats dont la tombe « vient d’être profanée ».
Le président de la Région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a lui condamné sur X un « vandalisme abject ». « Face à ce fléau, la République ne doit rien lâcher », a-t-il affirmé.
« Nous demandons à la justice d’être implacable et de retrouver ces racistes et antisémites. Même les morts ne sont pas épargnés et ne peuvent se reposer en paix », a réagi la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) sur ce même réseau social, dénonçant un acte « ignoble » et « inhumain ».
La secrétaire d’État chargée des Anciens combattants et de la Mémoire, Patricia Miralles, a elle aussi condamné ces dégradations « qui viennent s’attaquer à la mémoire de soldats, ici en raison de leur religion. Parce qu’ils étaient juifs. Abject ».
« Les actes antisémites se multiplient comme rarement, et appellent à un sursaut et à la mobilisation de tous », a aussi réagi le maire de Nice Christian Estrosi.
L’ambassadeur d’Allemagne en France Stephan Steinlein a lui pointé « des actes odieux » que « rien ne peut justifier », appelant à « lutter contre toutes les formes d’antisémitisme (…), un poison qui met en péril notre unité ».
330 enquêtes depuis le 7 octobre
Les cimetières juifs sont régulièrement la cible de dégradations.
En décembre 2019, des inscriptions antisémites avaient été découvertes sur une centaine de tombes du cimetière juif de Westhoffen (Bas-Rhin). Quelques mois auparavant, le 19 février, 96 des 245 tombes du cimetière juif de Quatzenheim, situé à une quinzaine de kilomètres de là, avaient été couvertes de croix gammées. Le président Emmanuel Macron s’était rendu sur place et avait promis des actes « forts, clairs » et des « lois ».
Le 11 décembre 2018, 37 stèles ainsi que le monument des martyrs de la Shoah du cimetière juif d’Herrlisheim, au nord-est de Strasbourg, avaient également été couverts de graffitis antisémites.
Plus de 1 500 actes ou propos antisémites ont été recensés en France depuis le début de la guerre déclenchée par les massacres du Hamas en Israël, le 7 octobre, a indiqué récemment le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.
Un total de 330 enquêtes ont été ouvertes pour actes antisémites et apologie du terrorisme depuis le 7 octobre, selon la Chancellerie.
Environ 105 000 personnes à Paris et au total 182 000 dans toute la France ont manifesté dimanche face à l’explosion du nombre d’actes hostiles aux juifs depuis le 7 octobre.