Fraude électorale : les accusations de Netanyahu reposent sur des cas flous

Les autorités électorales rejettent les soupçons sur les résultats, marqués par la perte de la majorité du Premier ministre, du fait d'une participation arabe inédite

Un homme dépose son bulletin dans l'urne, dans un bureau de vote de la ville arabe de d'Umm al-Fahm, dans le nord d'Israël, le jour du scrutin, le 27 octobre 2026. (AHMAD GHARABLI / AFP)

Deux cas de fraude électorale présumée sont à l’origine des affirmations du Premier ministre Benjamin Netanyahu selon lesquelles les partis arabes auraient truqué l’élection de mardi.

Le premier cas serait un complot présumé ourdi par des militants de Raam pour acheter des voix pour le parti arabe traditionaliste, et le second, une campagne présumée menée par des entités étrangères hostiles pour influencer le scrutin.

Aucune preuve entre ces deux affaires n’a été rendue publique, et une source au sein des forces de l’ordre, citée jeudi par la chaîne N12, a déclaré qu’elles n’avaient effectivement aucun lien.

Mais en arrière-plan de ces deux dossiers, on trouve la conduite douteuse de la police et du Shin Bet, les deux forces de sécurité chargées de protéger l’intégrité de l’élection.

Achat de voix

La première affaire a éclaté tôt le jour du scrutin lorsque, quelques heures avant l’ouverture des bureaux de vote, mardi, la police a annoncé l’arrestation de trois militants bédouins du sud d’Israël appartenant à Raam, l’un des deux partis menés par des Arabes devenus de possibles faiseurs de rois.

D’après plusieurs médias israéliens, dont la chaîne N12 et Ynet, ces arrestations sont liées à l’appel passé par le chef de cabinet de Netanyahu, Ido Norden, à de hauts responsables de la police.

La police a reconnu devant le tribunal que des agents avaient perquisitionné les domiciles des militants sans mandat, un représentant de la police affirmant que la perquisition était légitime car étayée par des renseignements de source « confidentielle ».

La perquisition a permis de découvrir des enveloppes contenant des dizaines de milliers de shekels en liquide : selon les suspects, ces sommes étaient destinées à des oeuvres caritatives.

Dès dimanche, les charges de la police contre les suspects semblaient avoir perdu de leur consistance, le tribunal de première instance de Beer Sheva ayant ordonné la remise en liberté d’un suspect et rejeté la demande de la police de prolonger de huit jours la détention des deux autres. Au final, l’un d’entre eux a été assigné à résidence pour huit jours et la détention de l’autre n’a été prolongée que de deux jours.

Raam a nié toute malversation et critiqué des « arrestations fantaisistes ».

Netanyahu s’est saisi de l’affaire dans une vidéo, le jour de l’élection, affirmant que ces arrestations « graves et inhabituelles » étaient le signe d’une tentative « de nous voler l’élection ».

Selon la chaîne N12 et Haaretz, avant même que la nouvelle n’éclate, le parti Likud de Netanyahu s’était préparé à dénoncer une fraude électorale arabe en cas de défaite du Premier ministre.

Une source anonyme du Likud citée par Haaretz a comparé ce plan à la campagne « Stop the steal » qui avait suivi la défaite du président américain Donald Trump en 2020.

Des forces extérieures

La seconde affaire a éclaté jeudi matin suite à la révélation d’une lettre adressée au chef du Shin Bet, David Zini, par le président de la commission centrae électorale, Noam Sohlberg, également vice-président de la Cour suprême, demandant à l’agence d’enquêter sur de « sérieux soupçons » d’ingérence étrangère hostile non spécifiée dans l’élection.

Selon la chaîne N12, l’affaire concernerait d’importantes sommes d’argent dépensées par le Qatar, et possiblement la Turquie et les Frères musulmans, pour inciter les Arabes israéliens à voter. Le Mossad serait également impliqué dans l’enquête.

Selon certaines informations, la lettre de Sohlberg à Zini fait suite à une réunion, mercredi, entre le juge et le chef du Shin Bet, au cours de laquelle Zini aurait présenté les détails de l’affaire. Zini aurait demandé l’autorisation de présenter le dossier à Netanyahu — alors même qu’il l’avait déjà fait plus tôt dans la journée.

Noam Sohlberg, juge à la Cour suprême et président de la commission centrale électorale (à gauche), et David Zini, chef du Shin Bet (à droite). (Crédits : Yonatan Sindel/Flash90 et Chaim Goldberg/Flash90)

Et bien qu’il n’ait reçu que jeudi le feu vert de Sohlberg pour enquêter sur ces accusations, une source sécuritaire anonyme citée par Kan explique que l’enquête « s’est ouverte ces deux dernières semaines sur la base de renseignement solides ».

Pourtant, Zini n’aurait révélé aucune information à la Commission Centrale Electorale, à commencer par Sohlberg, avant l’élection ou lors d’une réunion avec des responsables de la Commission, alors que les bureaux de vote étaient ouverts mardi, selon la chaîne N12.

Dans les semaines précédant le scrutin, Zini aurait informé la procureure générale, Gali Baharav-Miara, que le Shin Bet avait décelé une « tendance générale » d’acteurs étrangers hostiles qui tentaient d’influencer l’élection.

Lors d’une visite au centre de commandement de la Commission Centrale Electorale le jour du scrutin, Zini avait déclaré : « Nous pouvons dire avec certitude aux citoyens israéliens que les élections sont surveillées et se déroulent comme il se doit, d’une manière exemplaire. »

Shin Bet : L’enquête sur l’ingérence est « circonscrite»

Suite à la publication de la lettre de Sohlberg jeudi — et une fois établi que la coalition de Netanyahu était réduite à une minorité parlementaire de 53 sièges, du fait d’une participation électorale arabe sans précédent — le Likud a publié un communiqué affirmant que les partis arabes avaient « volé » l’élection. Un communiqué que Netanyahu a relayé.

Le communiqué présentait les deux affaires comme faisant partie d’un seul et même complot baptisé « Raamgate » par le Likud. Selon le parti, ceci entâchait d’illégitimité tout rapprochement entre un parti sioniste et les partis à majorité arabe – à savoir Raam et la Liste arabe unie.

Jeudi, le directeur général de la Commission Centrale Electorale, Dean Livne, a rejeté les accusations de fraude généralisée, qualifiées d’infondées, affirmant que « l’intégrité des élections dans les bureaux de vote avait été rigoureusement préservée ».

Le Shin Bet, pour sa part, a déclaré que l’enquête sur l’ingérence étrangère était « ciblée et de portée limitée, et ne remettait pas en doute les résultats, pas plus qu’elle ne portait d’accusations contre la population qui s’est rendue aux urnes de manière démocratique et conforme au droit ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, accompagné de son épouse Sara, saluant ses partisans au siège du Likud après la publication des premiers résultats des sondages à la sortie des urnes lors des élections législatives israéliennes, à Jérusalem, le 28 octobre 2026. (Crédit : Ohad Zwigenberg/AP Photo)

Dimanche, Sohlberg, dans une vidéo aux côtés de Zini, Livne et Baharav-Miara, a déclaré que la portée des soupçons était telle que, même si elle venait à être confirmée, elle « ne remettrait pas en cause l’intégrité du processus électoral ni les résultats de l’élection dans leur ensemble ».

(De gauche à droite) : Dean Livne, directeur par intérim de la commission électorale centrale, David Zini, chef du Shin Bet, Noam Sohlberg, président de la commission électorale centrale, et Gali Baharav-Miara, procureure générale, dans un message vidéo publié le 1ᵉʳ novembre 2026. (Crédit : Autorisation)

Le Likud a rapidement riposté en disant que la déclaration de Sohlberg était « étrange » et qu’« un nuage sombre planerait sur les résultats de l’élection » jusqu’à ce que l’enquête soit terminée.

Jeudi, Raam a salué l’enquête sur les ingérences étrangères, nié toute participation au complot et lancé une pique à Netanyahu en rappelant l’enquête sur les conseillers du Premier ministre soupçonnés d’avoir été payés pour le Qatar pendant la guerre à Gaza — l’affaire dite du « Qatargate ».

La Liste arabe unie a accusé Netanyahu de propager des « mensonges racistes », le chef du parti, Yousef Jabareen, déclarant dans une interview diffusée samedi sur la chaîne N12 : « La seule ingérence que je connaisse est le soutien de Trump à Netanyahu. »

Netanyahu a mené campagne pendant des semaines sur l’incapacité de ses opposants sionistes à former un gouvernement sans s’appuyer sur le soutien de Raam et de la Liste arabe unie.

La plupart des dirigeants du bloc sioniste anti-Netanyahu, qui a remporté un score décevant de 48 sièges mardi dernier, ont refusé jusque là de former un gouvernement avec les partis arabes, qui ont obtenu 19 sièges, en conséquence de quoi ni le bloc de Netanyahu ni ses opposants sionistes n’ont la majorité de 61 sièges requise pour gouverner.

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