Frégate iranienne torpillée : Un rappel de l’importance de la guerre sous-marine

Le dernier torpillage confirmé en temps de guerre remonte à 1982, lorsque le sous-marin britannique HMS Conqueror a coulé le croiseur argentin Belgrano, lors de la guerre des Malouines

Illustration : Le navire militaire iranien IRIS Dena ancré à Rio de Janeiro, au Brésil, le 2 mars 2023. (Crédit : Silvia Izquierdo/AP Photo)

La frégate iranienne Dena, dont la coque est à la verticale, coule à pic au large du Sri Lanka, après avoir été torpillée par un sous-marin américain. Les images spectaculaires de cette attaque ont mis en lumière la guerre sous-marine, invisible mais cruciale pour le contrôle des mers.

« La guerre sous-marine n’a jamais disparu. Elle était juste reléguée au second plan, car il n’y a pas eu de confrontation entre flottes depuis les années 1980 », rappelle Alessio Patalano, professeur au King’s College de Londres.

Le dernier torpillage confirmé en temps de guerre remonte à 1982, lorsque le sous-marin britannique HMS Conqueror a coulé le croiseur argentin Belgrano, lors de la guerre des Malouines.

En 2010, la corvette sud-coréenne Cheonan a été torpillée, selon Séoul, par un sous-marin nord-coréen, mais Pyongyang dément. L’US Navy n’avait pas torpillé de navire depuis 1945.

« En réalité, la torpille n’explose pas au contact de la coque du navire ; elle explose quelques mètres en dessous, créant une énorme bulle d’air qui soulève le bateau. Quand il redescend, sa poutre maîtresse se casse en deux », explique une source militaire européenne spécialiste des forces sous-marines.

« L’explosion de la torpille lourde a été énorme, le bateau a coulé en moins de 20 minutes. Il n’avait aucune chance de résister. Cet épisode confirme la sophistication des moyens de guerre sous-marine américains », explique le professeur Patalano.

Des commandos de la Force spéciale du Sri Lanka et des policiers montant la garde tandis que des marins blessés à bord de la frégate iranienne IRIS Dena reçoivent des soins, à l’hôpital Karapitiya de Galle, le 4 mars 2026. (Crédit : Ishara S. Kodikara/AFP)

Même si la frégate était équipée d’un sonar, il s’agissait sans doute d’un sonar de coque dont la portée était trop restreinte pour détecter le danger, explique la source militaire.

Face à la menace, un autre navire iranien, l’Iris Bushehr, a cherché refuge auprès du Sri Lanka, pays neutre, pour se mettre à l’abri d’une éventuelle nouvelle attaque américaine.

Message

Furtif et invisible, il peut tirer ses torpilles à des dizaines de kilomètres. « Le sous-marin, c’est l’arme du temps de guerre par excellence », estime la source militaire. Cette capacité peut faire la différence lorsque le combat de surface entre marines de même niveau est « symétrique, avec des radars et des missiles de portée à peu près équivalentes ».

« Les pays qui disposent aujourd’hui des moyens sous-marins les plus sophistiqués ont un avantage objectif sur les autres en cas de confrontation de flottes », abonde le professeur Patalano.

Et les États-Unis, qui ont publié les images filmées depuis leur sous-marin en immersion périscopique, veulent le faire savoir.

Avec ce torpillage, ils envoient un message à Téhéran, dont la frégate aurait pu engager le combat contre des navires américains une fois revenue proche de l’Iran, mais aussi au monde entier.

« Attaquer ce navire dans les eaux internationales, loin du théâtre des bombardements sur l’Iran, signifie : ‘Nous, les Américains, dominons les airs, la mer et les profondeurs. Nous sommes partout, capables de vous trouver et de vous détruire. C’est une démonstration de puissance à destination des grands rivaux’, comme la Chine et la Russie », analyse une autre source militaire européenne.

Un marin iranien blessé recevant des soins à l’hôpital Karapitiya de Galle le 4 mars 2026 après le naufrage de sa frégate, l’IRIS Dena, au large des côtes sri-lankaises. (Crédit : Ishara S. Kodikara/AFP)

Si la Russie a quelque peu délaissé la modernisation de sa flotte de surface ces dernières années, comme l’ont laissé entendre les revers qu’elle a subis en mer Noire contre l’Ukraine, elle a en revanche pris soin de préserver et de moderniser sa flotte de sous-marins, soulignent régulièrement les experts et les sources militaires.

La Chine a, elle, amorcé depuis des années la montée en puissance de sa marine, y compris de ses submersibles.

Le commandant des forces sous-marines américaines, le vice-amiral Richard Seif, a déclaré cette semaine devant une commission parlementaire américaine que certains sous-marins chinois de nouvelle génération « sont redoutables, intégrant des technologies de pointe qui remettent en cause la domination sous-marine de longue date des États-Unis ».

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