Géorgie : Le sénateur juif Jon Ossoff, de plus en plus critique d’Israël, réélu
Dans son discours de victoire, il met en garde contre le risque d’oublier les guerres mondiales et la Shoah ; contre la vente d’armes à Israël, il s’est abstenu de qualifier la guerre à Gaza de 'génocide'
ATLANTA (JTA) – Le sénateur démocrate juif Jon Ossoff a été réélu mardi en Géorgie, conservant son siège malgré une campagne au cours de laquelle il a accentué ses prises de position en faveur d’une réduction de l’aide militaire américaine à Israël.
Dans son discours de victoire, Ossoff a mis en garde contre le risque d’une multiplication des guerres à travers le monde. « À l’étranger, la crédibilité et le leadership des États-Unis s’effritent, tandis que le monde se réarme en prévision d’un conflit mondial », a-t-il déclaré devant une foule enthousiaste réunie à Atlanta pour célébrer sa victoire sur le républicain Mike Collins. « Et l’humanité oublie rapidement, à ses risques et périls, les terribles leçons des deux guerres mondiales et de la Shoah. »
Ossoff, dont la popularité croissante a alimenté les spéculations sur son éventuelle candidature à la présidence en 2028, a déclaré que les victoires démocrates marquaient « les premières lueurs de l’aube » deux ans après le début du second mandat de Trump. Il a toutefois adopté un ton plus sombre en évoquant l’époque de la Seconde Guerre mondiale.
« Notre tâche consiste désormais à réveiller ce formidable esprit national qui a vaincu le fascisme et instauré la Sécurité sociale », a-t-il déclaré.
Devenu l’un des critiques les plus virulents de Trump sur la scène politique nationale, Ossoff s’est montré de plus en plus sévère envers sa politique étrangère, notamment sa décision d’engager les États-Unis aux côtés d’Israël dans la guerre contre la République islamique d’Iran. À l’instar d’autres candidats démocrates à travers le pays, Ossoff a accusé Trump « d’avoir menti à la nation pour la pousser à la guerre » et d’avoir provoqué « une flambée des prix par son bellicisme au Moyen-Orient ».
Les votes d’Ossoff sur les questions liées à Israël témoignent de l’évolution des positions du Parti démocrate. S’il a soutenu des mesures visant à renforcer les systèmes de défense israéliens, il a également été l’un des premiers sénateurs démocrates à se prononcer en faveur du blocage des ventes d’armes offensives à Israël, en 2024, dans un contexte d’opposition croissante aux opérations militaires israéliennes à Gaza.
Le Jewish Democratic Council of America (JDCA), qui a soutenu la candidature d’Ossoff, l’a salué mardi comme « un défenseur de nos valeurs juives et démocratiques ».
« Nous avons été fiers de contribuer à mobiliser les électeurs juifs de Géorgie pour soutenir sa campagne et de dénoncer l’extrémisme de son adversaire », a déclaré Halie Soifer, directrice générale du JDCA, à la Jewish Telegraphic Agency.
La campagne, particulièrement disputée, a notamment été marquée par les accusations concernant les liens de Collins avec des nationalistes blancs. Ossoff l’a qualifié de « fanatique, antisémite et extrémiste notoire ». Collins a déclaré qu’Ossoff « avait cédé aux radicaux » en votant en faveur du blocage de certaines livraisons d’armes à Israël.
À l’inverse, Collins s’est engagé à maintenir l’aide militaire américaine à Israël, qualifiant ce pays de « partenaire de première ligne contre l’Iran et ses alliés terroristes » dans l’Atlanta Jewish Times. Se présentant comme un chrétien évangélique ayant vécu une « nouvelle naissance » spirituelle, Collins a ajouté qu’il soutenait Israël parce que « ma foi me le dicte et parce que c’est la bonne politique pour les États-Unis ». »
La campagne de Collins a été émaillée de controverses impliquant plusieurs de ses proches collaborateurs. L’un de ses anciens collaborateurs a publié des images d’une croix gammée et d’une tenue du Ku Klux Klan, tandis qu’un autre a participé à une conversation de groupe avec d’éminents nationalistes blancs visant à venir en aide à une personne accusée de négationnisme. Le gendre de Collins, influenceur sur les réseaux sociaux, a diffusé des théories du complot selon lesquelles « les Juifs contrôlent notre gouvernement » et a appelé à l’expulsion de tous les musulmans.
Ossoff a dénoncé ces liens lors des deux débats qui l’ont opposé à Collins, affirmant que son adversaire « avait embauché la moitié du Troisième Reich pour travailler dans son bureau au Congrès » et qu’il était « incapable d’empêcher une personne sous son propre toit de diffuser de la propagande néonazie alors qu’il était candidat au Sénat ». Collins a assuré qu’il condamnait l’antisémitisme et ne partageait pas les opinions de son gendre.
Par ailleurs, le vote d’Ossoff contre les ventes d’armes offensives à Israël, en novembre 2024, a divisé la communauté juive de Géorgie. Dans une lettre ouverte, une coalition regroupant des synagogues de Géorgie, la Fédération juive du Grand Atlanta, la section locale de l’Anti-Defamation League (ADL) et l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) a fait part à Ossoff de sa « profonde déception », estimant que son vote montrait que son « engagement envers la sécurité d’Israël n’était pas inébranlable ».
En réponse, plus de 100 responsables juifs d’Atlanta, parmi lesquels des rabbins et des dirigeants d’organisations libérales, ont signé une lettre, remerciant Ossoff pour son vote. Selon eux, sa position reflétait celle « d’une part croissante de la communauté juive américaine qui estime que les relations entre les États-Unis et Israël doivent reposer sur nos lois, nos intérêts en matière de sécurité nationale et nos valeurs communes ».
L’AIPAC, le lobby pro-Israël, s’en est pris à Ossoff et aux autres sénateurs ayant soutenu le projet de loi, en lançant une vaste campagne publicitaire contre eux. De son côté, Ossoff a bénéficié du soutien de J Street, une organisation juive libérale de défense des intérêts politiques, spécialisée dans les questions du Moyen-Orient, qui a consacré 3 millions de dollars à des publicités visant Collins et d’autres républicains soutenus par l’AIPAC.
Ossoff a ensuite soutenu, en 2025 et 2026, de nouvelles mesures visant à bloquer les ventes à Israël de fusils, de bulldozers et de bombes de 454 kg à Israël. Collins l’a vivement critiqué à plusieurs reprises pour ces votes, l’accusant de céder aux « radicaux » du Parti démocrate, qui « font avancer le programme anti-Israël ».
Ossoff a dû concilier ses critiques envers Israël avec sa volonté de se démarquer de l’aile la plus radicale de son parti. Lors de son débat du 8 octobre avec Collins, il a été interrogé sur la question de savoir si Israël avait commis un génocide à Gaza, une accusation reprise par un nombre croissant de progressistes. S’il a évoqué des violations du droit de la guerre par Israël, il a estimé qu’il appartenait aux juridictions internationales de se prononcer sur la question du « génocide ».
« Pour déterminer s’il y a eu génocide, il faut établir si un gouvernement avait l’intention spécifique de détruire un groupe national ou ethnique. C’est une question qui relève de la Cour pénale internationale (CPI) », a déclaré Ossoff. « Je suis convaincu que les troupes israéliennes engagées dans la guerre à Gaza ont violé le droit des conflits armés et le droit international humanitaire. »
Israël a catégoriquement nié avoir commis un génocide ou des crimes de guerre lors de la guerre menée contre le groupe terroriste palestinien du Hamas dans la bande de Gaza, déclenchée par le pogrom perpétré par les terroristes dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.
La popularité grandissante d’Ossoff a également alimenté les spéculations sur une éventuelle candidature à la présidentielle de 2028, bien qu’il ait assuré n’avoir « aucune intention de se présenter à la présidence ».
L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article
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