Guerre au Soudan: quels sont les acteurs du conflit ?

L'armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide, engagés depuis avril 2023 dans une guerre dévastatrice, s'accusent mutuellement de bénéficier du soutien de puissances étrangères

Des combattants des Forces de soutien rapide (RSF) brandissant des armes et célébrant dans les rues d'el-Fasher, dans la région soudanaise du Darfour, dans une capture d'écran d'une vidéo publiée sur Telegram, le 26 octobre 2025. (Crédit : AFP)

L’armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), engagés depuis avril 2023 dans une guerre dévastatrice au Soudan, s’accusent mutuellement de bénéficier du soutien de puissances étrangères.

L’ONU a plusieurs fois appelé les Etats membres à « s’abstenir de toute ingérence extérieure » et à respecter l’embargo sur les ventes d’armes. Sans grand résultat.

Le point sur les acteurs du conflit.

Les généraux soudanais

Le général Abdel Fattah al-Burhane, chef de l’Etat de facto, commande l’armée régulière. En octobre 2021, épaulé par son adjoint et chef des FSR, Mohamed Daglo, il orchestre un putsch et écarte les civils du Conseil de souveraineté, institué en 2019 après l’éviction du président Omar el-Béchir.

Mi-avril 2023, les deux généraux s’engagent dans une guerre de pouvoir fratricide, causant des dizaines de milliers de morts, des millions de déplacés et une crise humanitaire majeure.

Sur cette image tirée d’une vidéo fournie le 21 avril 2023 par les forces armées soudanaises, le général Abdel-Fattah Burhane, commandant des forces armées soudanaises, s’exprime dans un lieu tenu secret. (Crédit : Forces armées soudanaises via AP)

Les FSR sont les héritières des Janjawid, une milice arabe responsable de massacres de masse au Darfour (ouest) dans les années 2000.

Sur le plan politique, un gouvernement pro-armée mené par un ancien fonctionnaire international, Kamel al-Tayeb Idris Abdelhafiz, siège à Port- Soudan.

Les FSR ont de leur côté formé une administration parallèle rivale basée à Nyala, capitale du Darfour-Sud.

Les acteurs extérieurs

EGYPTE – Le grand voisin du Soudan et son ancien tuteur colonial, a longtemps été le principal soutien de l’armée et considère le général Al-Burhane comme le représentant légitime du pouvoir, l’invitant régulièrement au Caire.

Les FSR ont par le passé accusé l’Egypte de fournir un appui militaire direct aux troupes du général Burhane, ce que le pouvoir égyptien a toujours démenti. L’Egypte bénéficierait pour ce de l’appui de l’Arabie saoudite, selon certains analystes.

EMIRATS ARABES UNIS – L’armée a accusé les Emirats de soutenir les FSR avec des armes et des mercenaires -notamment colombiens – envoyés via le Tchad, la Libye, le Kenya ou la Somalie, par voie terrestre ou aérienne.

Le gouvernement pro-armée a rompu ses liens diplomatiques avec ce pays en mai en l’accusant notamment d’avoir livré des drones. Abou Dhabi a toujours nié toute ingérence, malgré les preuves alignées par des rapports internationaux et enquêtes OSINT (fondées sur l’analyse de données accessibles à tous en ligne).

LIBYE – L’armée soudanaise a accusé en juin les forces loyales à Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est libyen, d’avoir soutenu l’offensive des FSR dans une zone frontalière stratégique du nord-ouest formant un triangle bordé par l’Egypte et la Libye. Le maréchal Haftar a aussi été plusieurs fois accusé de fournir armes et carburant aux FSR pour le compte des Emirats arabes unis et a démenti.

TCHAD – Le régime du président Mahamat Idriss Deby a été plusieurs fois accusé par l’armée de servir de ligne de ravitaillement essentielle pour les FSR au nom d’Abou Dhabi. Cette alliance qu’il a toujours démentie a suscité des fractures au sein de son clan et de son armée.

TURQUIE – Grande rivale des Emirats, la Turquie a affirmé son soutien à l’armée soudanaise dès le début de la guerre et, selon plusieurs médias dont le Washington Post, lui a notamment fourni des drones utilisés pour frapper les FSR.

IRAN – Khartoum et Téhéran ont rétabli leurs relations diplomatiques en octobre 2023 après une longue brouille. L’Iran a depuis été accusé par les FSR de fournir des drones à l’armée soudanaise, soutien qui a suscité par le passé l’inquiétude des Etats-Unis.

RUSSIE – Le Soudan s’appuyait militairement sur la Russie sous le régime d’Omar el-Béchir et avait à l’époque signé un accord sur la construction d’une base navale russe sur la mer Rouge. L’accord a été placé « sous révision » après le coup d’Etat de 2019 mais le sujet a été discuté au plus haut niveau ces derniers mois, selon certains médias russes. Les deux pays ont récemment signé plusieurs accords bilatéraux de coopération militaire et économique.

Cependant, les mercenaires russes de l’Africa Corps ont été accusés soutenir les FSR, depuis la Libye ou depuis la Centrafrique voisine.

KENYA – En juin, le gouvernement pro-armée a affirmé avoir découvert des armes et munitions étiquetées au Kenya dans les caches des FSR à Khartoum. Nairobi a été accusé de « promouvoir la division » au Soudan en servant de transit aux équipements militaires fournis par les Emirats via le Tchad. La capitale kenyane a accueilli en février la réunion fondatrice de la branche politique des FSR.

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