Guerre contre l’Iran: Avant le scrutin de la mi-mandat, les conseillers de Trump cherchent « le calme »

Vance et Rubio feraient partie de ceux qui soutiennent l’idée de contenir le conflit jusqu’après les élections de novembre, après quoi des frappes américaines plus intensives pourraient reprendre

Le président américain Donald Trump s’apprêtant à partir après s’être exprimé dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 31 août 2026. (Crédit : Jacquelyn Martin/AP)

WASHINGTON (Reuters) — Les principaux conseillers du président américain Donald Trump exercent des pressions qui visent à empêcher une escalade dans la guerre avec l’Iran avant les élections de la mi-mandat, au mois de novembre, afin d’endiguer les pertes électorales des républicains, ont dit quatre personnes proches des discussions – une stratégie qui a déjà été mise à rude épreuve alors que les États-Unis et l’Iran ont repris leurs attaques réciproques.

Les responsables de la Maison Blanche envisageront d’intensifier l’action militaire après le scrutin du 3 novembre, ont indiqué ces sources, qui ont souhaité conserver l’anonymat pour évoquer les réflexions menées au sein de l’administration – et ce même si un retour à un conflit à grande échelle est, de toute façon, loin d’être acquis.

Pour l’instant, ont précisé ces sources, l’administration s’attache à renforcer les pressions économiques sur l’Iran avec pour objectif d’obtenir, lors de futures négociations, des concessions que des mois d’action militaire n’ont pas permis d’obtenir.

« Nous maintenons la pression sur l’Iran », a confié un responsable de la Maison Blanche. « Mais le mois de novembre est une priorité pour nous ».

Contenir la guerre jusqu’à cette date, dans une large mesure, contribuerait à empêcher que ce conflit impopulaire n’en vienne à dominer l’actualité alors que les républicains de Trump ont lancé leur campagne en vue de défendre leurs maigres majorités au Sénat et à la Chambre des représentants, ont indiqué ces sources. Trois d’entre elles sont des responsables de la Maison Blanche.

Seuls 31 % des Américains approuvent la guerre, tandis que quelque 63 % la désapprouvent, selon un sondage Reuters/Ipsos qui a été réalisé fin août, et les électeurs sont particulièrement mécontents des prix élevés de l’essence.

Une pause tactique serait également susceptible de donner à l’armée américaine un peu de répit pour reconstituer ses stocks de munitions fortement mis à l’épreuve, ont indiqué ces sources.

Un F/A-18 Super Hornet affecté au Strike Fighter Squadron (VFA) 195 se prépare au décollage sur le pont d’envol du porte-avions de classe Nimitz USS George Washington (CVN 73), le 29 août 2026. (Crédit : US NAVY/AFP)

Mais mettre en œuvre cette stratégie consistant à « faire preuve de sang-froid » semble de plus en plus difficile au fil des jours. Si le conflit reste nettement moins intense que cela avait été le cas au printemps ou lors de la flambée de violence survenue pendant l’été, les deux camps ont échangé ces derniers jours des frappes en représailles.

Les dirigeants iraniens, enhardis après avoir perturbé pendant des mois le trafic dans le détroit d’Ormuz, confrontés à peu de troubles intérieurs, continueront probablement à frapper des cibles américaines et alliées dans le Golfe, notamment des bases militaires, des navires et des infrastructures énergétiques, au moins de manière ponctuelle, ont commenté certains analystes.

Les États-Unis seront soumis à des pressions en faveur d’une riposte, ce qui pourrait entraîner une spirale d’escalade qui ramènerait les deux camps à une guerre aérienne à grande échelle — que l’administration le veuille ou non.

Ce week-end, les États-Unis ont frappé des lance-roquettes sur l’île iranienne de Larak après un mois de calme relatif – ce qui a poussé l’Iran à tirer des missiles en direction de la Jordanie et des Émirats arabes unis. Mardi, les États-Unis ont frappé d’autres cibles iraniennes autour du détroit d’Ormuz.

« Le régime a tout intérêt à perturber ce ‘calme’ — qui n’est d’ailleurs pas un véritable calme, puisque l’objectif explicite de l’administration est d’accroître massivement la pression économique sur l’Iran », déclare Barbara Leaf, qui a occupé le poste de haute responsable du Département d’État pour le Moyen-Orient sous l’ancien président Joe Biden.

Le président Donald Trump saluant depuis les marches d’Air Force One lors de son départ de la base commune d’Andrews, dans le Maryland, le 27 août 2026. (Crédit: Luis M. Alvarez/AP)

Trump lui-même est un autre facteur d’imprévisibilité.

La cote de popularité du président est passée de 40 % à 33 % depuis le début du conflit, selon un sondage Reuters/Ipsos. Selon certaines sources, il ne serait pas actuellement favorable à une escalade, mais il est connu pour changer d’avis facilement et il pourrait changer de ligne de conduite en fonction de l’évolution des événements.

Mardi, Trump a menacé d’intensifier le conflit si l’Iran devait répondre aux dernières frappes américaines.

« Si la nation défaillante qu’est l’Iran riposte à cette attaque tout à fait justifiée, elle sera à nouveau frappée de manière bien plus dure et à un niveau bien plus élevé, mais ce ne sera pas la plus grande attaque de toutes – cette dernière se profile déjà à l’horizon », a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social.

Contraint par la logistique et la politique

Trump a indiqué publiquement que les prochaines élections n’influençaient pas sa stratégie vis-à-vis de l’Iran.

Mais alors que la guerre est entrée dans son septième mois, la Maison Blanche se trouve de plus en plus contrainte par les réalités logistiques et politiques.

« Le calendrier a changé », a dit un haut responsable de la Maison Blanche. Un autre a ajouté que « c’est le calendrier qui dicte sa ligne de conduite à l’Iran ».

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio, à gauche, le président Donald Trump et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth écoutent le vice-président JD Vance s’exprimer lors d’une réunion du Conseil des ministres, le 31 juillet 2026, à Camp David, la résidence présidentielle, près de Thurmont, dans le Maryland. (Crédit: Jacquelyn Martin/AP)

Reuters avait signalé, au mois d’août, que l’armée avait utilisé « pratiquement la totalité » de ses stocks s’agissant de certains missiles de précision. Dimanche, le Washington Post a rapporté que les chefs de l’armée de terre, de la marine et de l’armée de l’air avaient averti le chef du Pentagone, Pete Hegseth, dans une évaluation soumise par écrit, que la prolongation de la guerre était insoutenable et qu’elle réduirait la capacité d’intervention de l’armée sur d’autres théâtres d’opérations.

Le Pentagone a fait savoir, de son côté, que l’armée disposait de « tout ce dont elle a besoin pour mener à bien » sa mission.

« Le président Trump a détruit les capacités militaires de l’Iran et il est en train de paralyser ce qui reste de son économie catastrophique grâce au blocus naval le plus puissant de toute l’Histoire du monde et grâce à des sanctions écrasantes », a dit la porte-parole de la Maison Blanche, Olivia Wales. « Le président continuera à défendre les intérêts des États-Unis tant sur le plan national qu’à l’étranger et il ne permettra jamais à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire ».

Les alliés américains du Golfe — certains avaient plaidé en faveur d’une action agressive contre l’Iran au début de la guerre afin d’affaiblir leur principal adversaire régional — ont vivement exhorté la Maison Blanche à apaiser les tensions après une récente série d’attaques survenue à la fin du mois de juillet, ont indiqué des diplomates régionaux.

Actuellement, selon deux responsables de la Maison Blanche, le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio font partie des proches collaborateurs de Trump qui soutiennent l’idée d’essayer de maintenir le conflit avec l’Iran relativement « au calme » jusqu’au mois de novembre.

Ces dernières semaines, les responsables de l’administration ont intensifié une campagne d’isolement économique – les États-Unis menaçant d’imposer des sanctions massives aux pays qui commercent avec l’Iran, tout en maintenant leur propre blocus sur le détroit d’Ormuz.

Cette stratégie axée sur le commerce a toutefois ses limites, ont déclaré des analystes et des responsables.

L’Iran subit depuis des décennies de multiples couches de sanctions américaines et internationales qui ont mis à mal son économie, mais qui n’ont nullement dissuadé ses dirigeants.

Des navires commerciaux, dans le détroit d’Ormuz, au large de Bandar Abbas, en Iran, le 30 juin 2026. (Crédit : Amirhosein Khorgooi/ISNA via AP)

Dimanche, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a expliqué que cette campagne de pression pourrait pousser l’Iran à riposter au niveau militaire, laissant entrevoir la possibilité que la campagne économique puisse elle-même attiser une nouvelle escalade des hostilités.

De plus, certaines grandes puissances mondiales, comme la Chine, ne se sont pas ralliées à la tentative d’isolement de l’Iran de la part de Washington, ce qui soulève des questions concernant l’efficacité de cette campagne.

« L’objectif de ce nouveau train de sanctions est d’ajouter une pression économique à celle déjà exercée par le blocus afin de forcer l’Iran à revenir à la table des négociations, après que l’administration a estimé que c’était une meilleure option que de recourir à nouveau à l’action militaire », a dit Alex Plitsas, chercheur senior à l’Atlantic Council.

« L’Iran s’en inquiète, mais la Chine a déjà indiqué qu’elle n’était pas disposée à se plier à ces mesures, ce qui remet en question leur efficacité ».

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