Guerre en Iran: Les compagnies aériennes européennes face à leur plus grave crise depuis le COVID-19

Selon les experts du secteur aérien, les compagnies européennes pourraient rationner leurs stocks de kérosène dès les vacances d'été, les prix ayant bondi de près de 84 % depuis le début de la guerre

Illustration : un avion de la Lufthansa s'approche de l'aéroport de Francfort, en Allemagne, le 28 avril 2026. (Crédit : Michael Probst/AP)

LONDRES (Reuters) — Les compagnies aériennes européennes sont actuellement confrontées à leur plus grand défi depuis la pandémie de COVID-19, dans un contexte marqué par la guerre en Iran et la hausse des prix du kérosène, qui perturbent les voyages au Moyen-Orient et assombrissent les perspectives du secteur pour la saison estivale.

Les transporteurs ont jusqu’à présent largement surmonté la crise grâce à des mécanismes de couverture qui leur ont permis de maîtriser les coûts alors même que le prix du kérosène a augmenté de près de 84 % depuis le début du conflit, le 28 février. Ils pourraient toutefois faire face à des pénuries si les combats ne s’arrêtent pas rapidement.

« Il existe un risque de voir apparaître un rationnement dans l’approvisionnement en carburant, en particulier en Asie et en Europe », a indiqué mardi à Reuters Willie Walsh, directeur général de l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui a toutefois ajouté que l’approvisionnement restait pour l’instant solide.

La situation, selon Walsh, n’est toutefois pas encore aussi catastrophique que celle qui avait été provoquée par la pandémie de COVID-19 en 2020, laquelle avait entraîné une chute vertigineuse de la demande de voyages, ainsi que des pertes de plusieurs centaines de milliards de dollars pour le secteur aérien.

« Je pense que la crise du COVID était d’une ampleur tout à fait différente », a-t-il ajouté. « En réalité, nous sommes ici face à un problème de coûts qui touche les compagnies aériennes. La demande sous-jacente pour le transport aérien reste solide, et c’est un point positif. »

Les couvertures commencent à s’épuiser

La guerre a frappé les actions des compagnies aériennes dans le contexte de la pire crise énergétique depuis des décennies, alors que les pourparlers de paix visant à mettre fin au conflit et à rouvrir le détroit d’Ormuz, essentiel à la normalisation des flux mondiaux de pétrole et de gaz, sont dans l’impasse.

Du kérosène est acheminé par camions-citernes vers les avions à l’aéroport de Düsseldorf, en Allemagne, alors que les compagnies aériennes craignent une pénurie de ce carburant en raison de la guerre en Iran, le 27 avril 2026. (Crédit : Martin Meissner/AP)

En temps normal, près d’un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux transite par ces eaux stratégiques.

Les compagnies aériennes mettent désormais en garde contre l’épuisement de leurs couvertures, qui permettent de garantir des prix fixes, tandis que les perspectives s’assombrissent de plus en plus. Les voyageurs préfèrent en effet reporter leurs réservations ou privilégier des destinations plus proches de chez eux, afin d’éviter d’éventuelles perturbations et une hausse des tarifs.

La ministre suédoise de l’Énergie, Ebba Busch, a lancé mardi une « alerte précoce » concernant d’éventuelles pénuries de kérosène, malgré un approvisionnement actuellement satisfaisant. Elle a conseillé aux Suédois de bien réfléchir à leurs projets de voyage.

Le PDG de Ryanair, Michael O’Leary, a pour sa part relativisé ces inquiétudes. « Le risque de rupture de l’approvisionnement est en train de s’estomper, selon nous », a-t-il confié à Reuters, faisant état de discussions qu’il a eues avec des fournisseurs européens plus tôt dans la semaine.

Le PDG de la compagnie low-cost européenne Wizz Air, Jozsef Varadi, a annoncé lundi avoir enregistré de nombreuses réservations pour l’été. EasyJet et le voyagiste TUI ont en revanche notifié un déclin des réservations à terme et émis des prévisions de bénéfices en baisse ces dernières semaines.

Varadi a quant à lui souligné que même la fin du conflit ne suffirait pas à résoudre rapidement le problème des prix élevés du carburant.

Un employé s’apprête à faire le plein d’un avion à l’aéroport de Düsseldorf, en Allemagne, le 27 avril 2026. (Crédit : Martin Meissner/AP)

« Même la fin de la guerre en Iran ne ramènera pas le prix du carburant à son niveau d’il y a deux mois », a-t-il déclaré aux journalistes à Londres.

Air France-KLM, IAG (propriétaire de British Airways) et Lufthansa s’apprêtent pour leur part à dévoiler leurs résultats du premier trimestre dès cette semaine. Ces compagnies ont toutes augmenté leurs tarifs et réduit leurs volumes de vols en réaction à la guerre.

Gagnants et perdants

Les compagnies aériennes du Golfe ont été les plus durement touchées. Selon les données de Cirium Ascend, les vols opérés par les transporteurs du Moyen-Orient ont chuté de 50 % en glissement annuel en mars. Les réservations pour les deuxième et troisième trimestres via les principaux hubs du Golfe ont quant à elles enregistré une baisse de 42,5 %.

La capacité mondiale de fret passagers reste toutefois en hausse de près de 2 % à ce jour en 2026 par rapport à 2025, indiquent ces données, soulignant une plus grande résilience.

Cette crise a malgré tout réduit les marges et creusé l’écart entre les acteurs les plus fragiles et les plus solides. Certains ont en effet réussi à s’en préserver.

Le transporteur national finlandais Finnair a fait savoir que la crise avait jusqu’à présent eu un impact plutôt positif, avec une augmentation de la demande pour ses vols vers l’Asie. La compagnie aérienne low-cost Norwegian a écarté mardi les risques liés à l’approvisionnement en kérosène.

Selon George Dimitroff, responsable des évaluations chez Cirium Ascend, les compagnies aériennes se sont adaptées et ont évolué face à diverses crises. Il a convenu que la pandémie de COVID-19 avait porté un « coup bien plus dur ».

« Elles sont désormais considérablement plus agiles qu’elles ne l’étaient ces dix dernières années, sans parler des deux ou trois décennies précédentes, où elles étaient complètement désemparées », a affirmé Dimitroff.

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