Harcèlement antisémite : Une universitaire US qualifie une prof juive de « colonisatrice »
L'enquête du CCSF a conclu que la sortie de Maria Salazar-Colon à l'encontre d'Abigail Bornstein, qui avait cessé de se rendre sur le campus par crainte pour sa sécurité, était une discrimination fondée sur la religion
Une enquête indépendante a conclu qu’une sortie verbale ponctuée de jurons, qui avait été prononcée l’an dernier par un membre du personnel du City College of San Francisco (CCSF) et au cours de laquelle une professeure juive avait notamment été qualifiée de « colonisatrice », a constitué un fait de harcèlement illégal et un acte de discrimination fondé sur son identité juive.
Cette conclusion a établi un précédent : le fait de qualifier les Juifs de « colonisateurs » peut dorénavant être considéré comme du harcèlement illégal, selon un communiqué qui a été publié mardi par StandWithUs et par le Louis D. Brandeis Center for Human Rights, qui représentaient la professeure visée, Abigail Bornstein, spécialiste des réseaux informatiques et des technologies de l’information.
Lors d’une réunion publique du conseil d’administration du CCSF, le 29 mai 2025, Bornstein s’était opposée à un poste budgétaire proposé. La présidente locale du Service Employees International Union (SEIU), Maria Salazar-Colon, l’avait alors vertement réprimandée par liaison vidéo.
« J’aimerais vraiment que cette colonisatrice, Abigail Dumb-stein, ferme sa putain de gueule et qu’elle ne s’exprime pas sur les questions du SEIU », avait-elle déclaré, ajoutant que Bornstein était « plus bête qu’un sac de cailloux » et qu’elle devrait « fermer sa gueule ».
« J’en ai marre de ses conneries. Ferme ta gueule ! », avait-elle poursuivi, avant de mettre brusquement fin à sa diatribe de 90 secondes.
Au cours de cette réunion, Salazar-Colon avait envoyé à Bornstein un courriel qui, selon le San Francisco Chronicle, disait, en majuscules : « TU N’AS PAS LE POUVOIR D’ARRÊTER OU DE CONTRÔLER LE SEIU, ET TU NE L’AURAS JAMAIS ! ACCEPTE-LE, COLONISATRICE ! »
« À la suite de ces incidents, la professeure Bornstein a craint pour sa sécurité ; elle a signalé ces faits aux autorités du campus et à la police, elle a cessé de se rendre sur le campus et elle n’a pas pu dispenser ses cours en présentiel comme prévu », ont déclaré mardi le Brandeis Center et StandWithUs dans leur communiqué.
Selon le communiqué, l’enquêteur indépendant mandaté par le CCSF a conclu que « les attaques publiques répétées contre la professeure Bornstein ont constitué du harcèlement et de la discrimination fondés sur son identité juive, en violation des politiques interdisant la discrimination, le harcèlement et la violence au travail ».
Les conclusions « ont spécifiquement retenu les preuves montrant que l’utilisation du terme « colonisatrice » dans ce contexte constituait une attaque contre l’identité juive et l’origine nationale de Bornstein, et elles ont déterminé que l’affirmation de la défenderesse selon laquelle elle ignorait l’identité juive de Bornstein n’était pas crédible », a-t-il ajouté.
La plainte de représailles déposée par Salazar-Colon contre Bornstein a été rejetée.
Salazar-Colon a interjeté appel contre ces conclusions le 5 février, mais le conseil n’a pris aucune mesure pour les infirmer dans le délai requis de 45 jours suivant une réunion du conseil qui s’est tenue le 12 février – au cours de laquelle l’appel a été examiné.
Le CCSF devait prendre des mesures disciplinaires à l’encontre de Salazar-Colon, sans que la nature de ces mesures soit précisée.
« Dès que ces mots ont été prononcés, j’ai su qu’il s’agissait de bien plus qu’un simple manque de courtoisie – c’était une attaque profondément personnelle et antisémite », a déclaré Bornstein en réaction à ces conclusions, selon le communiqué publié mardi.
« Je suis reconnaissante que le Collège ait pris ma plainte au sérieux, qu’il ait fait appel à un enquêteur indépendant et qu’il ait finalement confirmé que ce qui s’était produit constituait du harcèlement et de la discrimination fondés sur mon identité juive. Aucun membre du corps enseignant, employé ou étudiant juif ne devrait avoir à subir des propos, des intimidations ou des menaces fondés sur l’antisémitisme, et j’espère que les mesures prises ici contribueront à garantir que de tels comportements soient clairement identifiés et évités à l’avenir. »
Me Deedee Bitran, avocate de l’organisation StandWithUs, a déclaré : « Le traitement discriminatoire des minorités sur le lieu de travail, même lorsqu’il prend la forme de propos, peut constituer un harcèlement illégal lorsqu’il vise l’identité protégée d’un individu. Comme le confirme cette enquête, traiter une employée juive de ‘colonisatrice’ ou se moquer de son nom de famille peut constituer un harcèlement passible de poursuites et les employeurs ont l’obligation de fournir un lieu de travail exempt de tels comportements. »
Interrogée par le San Francisco Chronicle, Salazar-Colon a répondu par courriel : « PAS DE COMMENTAIRE ! J’ai des limites, des préoccupations en matière de vie privée et de sécurité ! NE ME CONTACTEZ PLUS JAMAIS. »
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