HaTzibur HaHaredi s’adresse de manière peu conventionnelle aux électeurs de Tel Aviv
Malgré les pressions pour qu’elle se retire, cette jeune liste haredi entend déjouer les pronostics et proposer aux électeurs ultra-orthodoxes une alternative à Shas et à Yahadout HaTorah
Mercredi soir, Moti Leitner, chef du parti « HaTzibur HaHaredi » (« Le public haredi »), a annoncé lors d’une conférence de presse qu’il resterait en lice malgré la pression croissante pour qu’il se retire avant les élections législatives de la semaine prochaine. Peu après, lors d’un meeting électoral à Tel Aviv, il a expliqué pourquoi il estimait qu’HaTzibur HaHaredi était nécessaire.
« La société haredi ne peut plus vivre en marge du reste d’Israël. Nous devons en faire partie et y jouer un rôle actif », a-t-il déclaré à l’auditoire.
Le parti de Leitner est apparu sur la scène politique en juillet, offrant aux électeurs ultra-orthodoxes une alternative aux factions haredim établies que sont Shas et Yahadout HaTorah. Le parti vise à lutter contre la pauvreté au sein de la communauté haredi et, contrairement à Shas et Yahadout HaTorah, il soutient un enseignement suivant un programme scolaire de base, une plus grande participation au marché du travail et la conscription dans l’armée israélienne pour ceux qui n’étudient pas à temps plein dans une yeshiva.
Cet événement en anglais, organisé par le Salon international de Tel Aviv, a attiré un public modeste, mais il ne ressemblait guère à un rassemblement politique haredi traditionnel. À part Leitner lui-même, il n’y avait aucun homme en costume noir et chapeau, même si certains participants portaient une kippa et des tzitzit.
Le cadre était lui-même inhabituel : Tel Aviv, avec sa population majoritairement laïque, n’est guère une étape de campagne traditionnelle pour un parti ultra-orthodoxe.
De nombreux participants étaient venus s’informer sur le programme de ce parti naissant, certains envisageant même de voter pour HaTzibur HaHaredi bien qu’ils n’appartiennent pas à sa cible démographique.
Peta, une immigrée d’Afrique du Sud qui n’est pas ultra-orthodoxe, a déclaré qu’il était important pour elle d’assister à cet événement « pour entendre des points de vue différents ».
Michael, un autre participant non haredi qui a immigré en Israël depuis les États-Unis il y a douze ans, a déclaré au Times of Israel qu’il restait indécis quant au candidat à soutenir le 27 octobre.
« Ce parti est nouveau, et je voulais comprendre quel est son programme », a-t-il indiqué.
« J’ai voté lors de quatre élections différentes, et j’ai voté pour quatre partis différents. J’essaie de trouver ma place. »
Michael a toutefois exprimé des réserves quant à l’idée de voter pour HaTzibur HaHaredi, soulignant que les sondages placent systématiquement ce parti en dessous du seuil électoral.
« Si toutes les personnes qui ont dit avoir peur de voter pour nous votaient pour nous, nous franchirions le seuil électoral », a répondu Leitner à l’assistance.
Malgré les mauvais résultats du parti HaTzibur HaHaredi dans les sondages, Ziva Glanz, numéro 4 du parti, s’est montrée optimiste quant à la possibilité que son soutien s’avère plus fort aux urnes le 27 octobre.
« Je pense que nous sommes le ‘vote Trump’ de cette élection israélienne », a déclaré Glanz, faisant référence à la théorie selon laquelle certains électeurs américains auraient dissimulé leur soutien au président américain Donald Trump avant l’élection présidentielle américaine de 2016, mais auraient finalement voté pour lui, le propulsant vers la victoire alors que les sondages le donnaient perdant.
« D’après nos sondages internes, nous constatons une formidable dynamique au sein de la communauté haredi », a ajouté le rabbin Yehoshua Pfeffer, juge rabbinique d’origine britannique et président de la commission rabbinique de HaTzibur HaHaredi.
Pfeffer a souligné que la population ultra-orthodoxe d’Israël a connu une croissance rapide : selon un rapport publié en janvier par l’Institut israélien de la démocratie (IDI), son taux de croissance annuel s’élève à environ 4,2 %, soit le plus élevé parmi les populations des pays développés. Il a toutefois fait valoir que cette expansion démographique ne s’est pas traduite par une augmentation correspondante du nombre de sièges à la Knesset détenus par les partis haredim.
Depuis 2003, Shas et Yahadout HaTorah ont généralement remporté ensemble entre 16 et 18 sièges, à l’exception des élections de 2015, où ils en ont obtenu 13.
« Ce parti suscite un véritable engouement », a déclaré Glanz. « Nous savons que ce n’est qu’un début, et nous sommes là pour durer. »
HaTzibur HaHaredi a constitué une liste de candidats qui rompt avec plusieurs conventions de longue date de la politique ultra-orthodoxe. Elle comprend plusieurs personnes dont l’anglais est la langue maternelle et deux femmes : Glanz et la Dr. Nechumi Yaffe, qui occupe la troisième place sur la liste du parti. Ce sont les premières femmes à figurer sur la liste électorale d’un parti haredi.
« Dans la société israélienne, on s’attend à ce que les membres de la communauté haredi correspondent à un certain stéréotype », a ajouté Glanz.
Les candidats de HaTzibur HaHaredi remettent en cause cette idée reçue. Glanz a expliqué que son fils servait dans une unité ultra-orthodoxe au sein de Tsahal, tandis que Leitner a dit s’être présenté pour son service militaire à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
« Après le 7-Octobre, comme beaucoup d’entre vous, j’ai quitté mon domicile et j’ai directement rejoint Tsahal pour défendre notre pays », a expliqué Leitner.
« Ayant déjà servi au sein de l’armée, j’ai pu constater à quel point notre nation était déchirée par les dirigeants haredim, qui se soucient davantage de perpétuer les anciennes traditions consistant à être un ‘macher’ [un gros bonnet] plutôt qu’un ‘mensch’ [un homme de valeur]. »
Tout au long de la soirée, les représentants de HaTzibur HaHaredi ont présenté leurs propositions, notamment l’enrôlement militaire des hommes ultra-orthodoxes qui ne se consacrent pas à plein temps à l’étude de la Torah, ainsi que l’élargissement de l’accès aux matières fondamentales telles que les mathématiques et les sciences pour les familles haredim qui souhaitent que leurs enfants reçoivent ce type d’enseignement.
Glanz a également décrit HaTzibur HaHaredi comme « le seul parti ultra-orthodoxe résolument de droite », affirmant qu’il préférerait voir le Premier ministre Benjamin Netanyahu réélu.
Pfeffer a toutefois déclaré que le scénario « idéal » pour le parti serait un gouvernement d’union nationale incluant également le principal rival de Netanyahu, Gadi Eisenkot, chef du parti centriste Yashar.
Les représentants de HaTzibur HaHaredi ont également tenu à souligner qu’une plus grande intégration dans la société israélienne ne devait pas se faire au détriment de l’identité religieuse ultra-orthodoxe. Au contraire, ont-ils fait valoir, les valeurs haredim pourraient enrichir la société dans son ensemble si la communauté se voyait confier un rôle plus important dans son élaboration.
« La société haredi est une société profondément attachée à la religion, à l’étude de la Torah et aux valeurs familiales », a déclaré Pfeffer.
« C’est une société qui a beaucoup à offrir si nous parvenons simplement à traduire ces valeurs [du yiddish] en hébreu – si nous sommes capables de jouer un rôle au sein de cette société au sens large et de créer un espace commun. »