Hegseth fustige l’OTAN à propos de l’Iran et réévalue la présence militaire américaine en Europe
Selon le chef du Pentagone, les restrictions européennes mettent en danger les soldats américains et l'aide financière va désormais dépendre des dépenses des alliés
BRUXELLES, Belgique (AFP) — Jeudi, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a fait savoir à l’OTAN que le Pentagone réexaminerait la présence de ses forces en Europe d’ici six mois, tout en s’en prenant vivement aux alliés au sujet de leurs dépenses de défense et de leur attitude vis-à-vis de la guerre en Iran.
« Il va y avoir un véritable réexamen. Il aura vocation à garantir que l’OTAN s’engage de manière rapide et irréversible vers une Europe responsable au premier chef de la défense de l’Europe », a déclaré Hegseth lors d’une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN à Bruxelles.
« C’est un examen auquel certains pays vont échouer mais que d’autres vont réussir haut la main », a-t-il ajouté.
Le chef du Pentagone a précisé que cette démarche visait également à s’assurer que « l’accès, le stationnement et le survol [pour les forces américaines] seront clairement définis et garantis », des pays européens ayant imposé des restrictions aux forces américaines au moment de la guerre en Iran.
« C’est une honte. Ces alliés ont mis en danger les fils et filles de l’Amérique, nos fils et nos filles », a-t-il déclaré. « Rien ne saurait le justifier. »
Les États-Unis s’efforcent d’accentuer la pression à l’approche du sommet de l’OTAN du mois prochain – dans e but de garantir que les alliés tiendront leur promesse de l’an dernier d’augmenter massivement leurs dépenses de défense.
Hegseth a indiqué qu’à partir de maintenant, le versement par Washington de sa contribution aux frais de fonctionnement structurels de l’OTAN — près de 790 millions de dollars en 2026 — serait « conditionné » au fait que les alliés respectent leurs objectifs de dépenses.
« Si certains alliés ne font pas très rapidement le nécessaire, niveau dépenses, nous baisserons notre contribution financière », a-t-il prévenu.
Cette charge du chef de la défense américaine — qui avait pourtant commencé par afficher un ton conciliant — va provoquer une onde de choc au sein des alliés de l’OTAN, inquiets de l’engagement des États-Unis à défendre l’Europe.
Le président américain Donald Trump avait déjà reproché aux alliés européens leur réaction face à la guerre contre l’Iran.
Les nations espéraient pourtant que l’accord de paix américain conclu avec Téhéran permette à l’OTAN de tourner la page de ces rancœurs d’ici la rencontre des dirigeants de l’alliance, en Turquie.
« Trop de capitales alliées semblent encore avoir des problèmes de compréhension », a ajouté Hegseth.
Trump « a mis nos alliés à l’épreuve en leur demandant de soutenir l’Amérique, et un trop grand nombre a échoué », a-t-il souligné.
Malgré la fermeté de ses propos, Hegseth a reconnu les efforts livrés par de nombreux membres de l’OTAN pour renforcer leur défense et il a souligné que des progrès étaient à l’oeuvre.
« Certains alliés ont reçu le message et ils ont réagi. Vous savez qui vous êtes, et nous vous en sommes très reconnaissants », a-t-il dit.
Le chef de l’OTAN, Mark Rutte, a balayé les questions répétées sur les critiques cinglantes de Hegseth — affirmant que le lancement de ce réexamen serait « prudent ».
« Ce qu’il a essayé de faire aujourd’hui, c’est de maintenir la pression, et je pense que c’est une bonne chose. C’est son rôle », a déclaré Rutte.
« Faire le maximum »
L’OTAN va tenter de mettre en avant l’augmentation des dépenses de défense de l’Europe dans l’objectif de prouver à Trump qu’elle progresse vers l’engagement qu’elle a pris; l’an dernier, d’atteindre cinq pour cent du PIB.
Rutte a indiqué que l’Europe et le Canada avaient dépensé 90 milliards de dollars de plus par rapport à l’année 2024.
Washington a été clair avec l’Europe : il souhaite que les alliés européens de l’OTAN assument la responsabilité principale de leur défense conventionnelle, au moment où l’attention des États-Unis se déplace vers la Chine.
Dans le cadre de ce processus, le Pentagone a déjà fait savoir aux alliés qu’il allait réduire le nombre d’équipements militaires mis à la disposition des opérations de l’OTAN dans le monde.
La décision américaine fait craindre que l’Europe ne soit in fine vulnérable face à une Russie agressive, alors que les alliés dépendent encore de Washington pour des armements clés.
Rutte a affirmé que même si les réductions américaines étaient « immédiates », cela ne signifiait pas que Washington ne répondrait pas présent si l’OTAN venait à être attaquée.
« Dans ce cas, tous les alliés, y compris les États-Unis, feront le maximum pour s’assurer que nous puissions mener cette guerre », a-t-il affirmé.
« Besoin de davantage de temps »
Selon des médias américains et allemands, ces coupes incluent un tiers des 150 avions de chasse américains F-16 et F-15 affectés à l’OTAN, ainsi que des avions de ravitaillement et de reconnaissance, des bombardiers et des drones.
Selon ces mêmes informations, un sous-marin capable de lancer des missiles de croisière serait lui aussi retiré, tout comme l’un des deux groupes aéronavals.
« Dans l’ensemble, nous serons capables de compenser beaucoup de choses. Mais nous avons besoin de davantage de temps, et c’est le message clair que nous faisons passer », a déclaré le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius.
« Il est difficile et dangereux pour la sécurité du territoire de l’OTAN en Europe que des capacités soient retirées très rapidement sans savoir précisément quand elles seront compensées », a-t-il conclu.