Herzog consulte les partis, Degel HaTorah refuse de soutenir Netanyahu

La décision de la faction haredi révèle sa rupture avec le Premier ministre, tandis qu’Eisenkot se rapproche du mandat de former le prochain gouvernement

La ministre Orit Strouk, Itamar Eitam et Zvika Mor, représentants du parti HaTzionout HaDatit, rencontrent le président Isaac Herzog lors des consultations sur la formation du prochain gouvernement, à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 4 novembre 2026. (Crédit : Olivier Fitoussi)

La faction Degel HaTorah du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah a confirmé mercredi les rumeurs selon lesquelles elle ne recommanderait aucun candidat au poste de Premier ministre, alors que le président Isaac Herzog entamait à Jérusalem des consultations visant à déterminer à qui il confierait le mandat de former le prochain gouvernement israélien.

Les consultations à la résidence présidentielle devaient se dérouler sur deux jours, en commençant par les plus petits partis mercredi soir pour s’achever jeudi avec le plus important, le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Chaque parti a été invité à recommander un candidat au poste de Premier ministre. Herzog devait ensuite décider à qui confier en premier la tâche de former une coalition.

En vertu de la loi israélienne, Herzog est chargé de choisir le député qui, selon lui, a le plus de chances de former un gouvernement, et pas nécessairement le chef du parti ayant remporté le plus de sièges.

HaTzionout HaDatit, Otzma Yehudit, le Shas et le Likud avaient tous annoncé qu’ils recommanderaient le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Yashar, HaDemocratim, Beyahad, Yisrael Beytenu et le Raam avaient, quant à eux, indiqué qu’ils soutiendraient le chef de Yashar, Gadi Eisenkot.

Mercredi soir, la Liste arabe unie n’avait pas encore indiqué si elle soutiendrait Eisenkot au poste de Premier ministre ou si, à l’instar de Degel HaTorah, elle choisirait de s’abstenir.

Les députés de Degel HaTorah rencontrent leur chef spirituel, le rabbin Dov Lando, le 12 mai 2026. (Crédit : Bureau du rabbin Dov Lando)

Degel HaTorah, qui représente la faction dite « lituanienne » des juifs ashkénazes ultra-orthodoxes, détient quatre des sept sièges de Yahadout HaTorah à la Knesset, dont celui du chef du parti, le député Yaakov Asher. La faction a annoncé qu’elle s’abstiendrait de recommander un candidat au poste de Premier ministre, conformément aux instructions de ses chefs spirituels, les rabbins Dov Lando et Moshe Hillel Hirsch.

Les trois autres députés de Yahadout HaTorah élus à la 26ᵉ Knesset appartiennent à la faction hassidique Agoudat Yisrael, qui représente les juifs ashkénazes ultra-orthodoxes hassidiques. Cette dernière n’avait pas encore précisé si elle recommanderait Netanyahu ou si elle suivrait l’exemple de Degel HaTorah en s’abstenant.

Même une abstention partielle de Yahadout HaTorah serait particulièrement significative, car elle témoignerait de la rupture avec son allié de longue date, Netanyahu, après l’échec de la coalition sortante à faire adopter une loi accordant aux hommes haredim des exemptions de service militaire au sein de Tsahal.

Le parti devait rencontrer Herzog jeudi.

Quelle que soit la décision d’Agoudat Yisrael, Eisenkot semblait bien parti pour se voir confier le mandat de former un gouvernement. Mercredi soir, il disposait d’une nette avance dans les recommandations, le parti arabe Raam ayant annoncé son soutien à sa candidature.

Herzog interpelle une ministre d’extrême droite sur son rejet des partis arabes

Les consultations de mercredi à la résidence présidentielle ont débuté avec HaTzionout HaDatit, qui a remporté six sièges dans le cadre d’une alliance technique avec Zehut lors des élections du mardi 27 octobre.

Le seul député de Zehut, Moshe Feiglin, a présenté sa recommandation séparément.

Le parti, représenté par la ministre des Implantations Orit Strouk et les futurs députés Tzvika Mor et Itamar Eitam, a déclaré à Herzog qu’il recommandait Netanyahu au poste de Premier ministre et a appelé à la formation d’un « large gouvernement national » sous sa direction.

« Nous devons nous réunir sans exclure personne et parvenir à des ententes et à des accords », a affirmé Strouk, faisant référence au refus des partis d’opposition d’envisager de siéger dans un gouvernement dirigé par Netanyahu.

La ministre des Implantations Orit Strouk, ainsi qu’Itamar Eitam et Tzvika Mor, représentants du parti HaTzionout HaDatit, tiennent une conférence de presse après avoir rencontré le président Isaac Herzog et recommandé de confier à Benjamin Netanyahu la formation du prochain gouvernement, à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 4 novembre 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Au cours des consultations, diffusées en direct, Herzog a contesté le rejet catégorique des partis arabes par Strouk et rappelé à l’ordre un autre représentant qui avait évoqué une prise de contrôle de l’État de l’intérieur.

« Nous estimons que les partis arabes n’ont pas leur place dans ce processus, non pas parce qu’ils sont arabes, mais parce qu’ils sont nationalistes » dans leur opposition à Israël, a affirmé Strouk, arguant que ces formations considèrent la création d’Israël comme une catastrophe, et que leurs victoires électorales profitent aux ennemis d’Israël.

« Quelle différence faites-vous entre le racisme et ce que vous dites ? », a demandé Herzog, avant de souligner que le numéro deux juif sur la liste du Raam, Yoav Segalovitz, était commandant de police. « Cette généralisation me dérange vraiment », a-t-il ajouté.

Le président a également rappelé à l’ordre Tzvika Mor, représentant de HaTzionout HaDatit, qui avait affirmé que certaines forces cherchaient à « prendre le contrôle » de l’État « sous couvert de démocratie », faisant ainsi écho aux accusations non fondées du bloc pro-Netanyahu selon lesquelles les partis arabes auraient « volé » les élections. Ce bloc a perdu sa majorité parlementaire lors du scrutin de la semaine dernière.

« Ces propos sont extrêmement dangereux », a rétorqué Herzog. « Prétendre qu’un autre camp est en train de prendre le pouvoir de l’intérieur est extrêmement dangereux. »

Moshe Feiglin, chef du parti Zehut, arrive à la résidence présidentielle pour des consultations avec Isaac Herzog sur la désignation du prochain Premier ministre pour former le prochain gouvernement israélien, à la suite des élections à la 26ᵉ Knesset, à Jérusalem, le 4 novembre 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Plus tard dans la soirée, Moshe Feiglin, du parti Zehut, a également recommandé que le mandat soit confié à Netanyahu, mais seulement après avoir déclaré à Herzog qu’il estimait « qu’un nuage noir planait sur la légitimité même de ces élections » en raison de l’enquête en cours sur des allégations de fraude électorale.

Le directeur-général du parti, qui accompagnait Feiglin, a déclaré à Herzog que même si Zehut, parti libertarien de droite, recommandait Netanyahu, il « serait heureux de participer à n’importe quel gouvernement, à condition que celui-ci respecte nos principes et empêche un nouveau massacre ».

Feiglin a toutefois précisé que cette disposition à travailler avec d’autres partis ne s’étendait pas aux formations arabes.

Le Shas élude la question d’un gouvernement d’union nationale

Après HaTzionout HaDatit, le Shas, qui détient lui aussi six sièges à la Knesset, a rencontré Herzog. Le parti venait de subir sa plus lourde défaite électorale depuis 1992.

Contrairement à Yahadout HaTorah, ce parti ultra-orthodoxe séfarade avait annoncé à l’avance qu’il soutiendrait Netanyahu au poste de Premier ministre.

Au cours de leur rencontre avec Herzog, les représentants du parti, qui sont tous, sauf un, déjà députés à la Knesset, ont défendu leur position contre la conscription des hommes haredim. Le député Michael Malkieli a déclaré que le parti n’avait « jamais manqué de respect aux soldats de Tsahal », mais qu’il accordait simplement la priorité à « la reconnaissance de la valeur des érudits de la Torah ».


Des membres du parti Shas rencontrent le président Isaac Herzog lors des consultations sur la formation du prochain gouvernement, à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 4 novembre 2026. (Crédit : Olivier Fitoussi)

Les représentants ont éludé une question de Herzog sur les raisons pour lesquelles le Shas était resté silencieux quant à la possibilité d’un gouvernement d’union nationale, lui répondant que « c’est le Premier ministre Netanyahu qui formera un gouvernement d’union nationale, et nous souhaitons, Monsieur le Président, que vous lui accordiez le mandat ».

Yisrael Beytenu affirme que son refus des partis arabes et haredim n’est pas « personnel »

La rencontre de Herzog avec le Shas a été suivie de consultations avec des représentants de Yisrael Beytenu, qui a remporté sept sièges lors des élections de la semaine dernière.

Le parti avait annoncé au préalable qu’il soutiendrait Eisenkot au poste de Premier ministre, et ses représentants l’ont confirmé à Herzog.

Le président a également abordé les conditions strictes posées par Yisrael Beytenu pour participer à un futur gouvernement. Le chef du parti, Avigdor Liberman, avait exclu de s’appuyer sur les partis arabes ou haredim, de former une coalition avec Netanyahu ou d’organiser de nouvelles élections.

« Si vous refusez de vous allier à tel ou tel parti, où cela vous mène-t-il ? », a demandé Herzog.

« Le gouvernement actuel ne mène pas une politique de droite », a répondu le député Oded Forer, qui dirigeait la délégation. « Il n’a pas assumé la responsabilité du massacre du 7-Octobre. On ne peut pas s’attendre à ce que nous lui remettions les clés. »

« Alors, que reste-t-il ? Avec qui comptez-vous vous allier ? », a insisté Herzog. Forer a alors évoqué la présence éventuelle de « certains éléments au sein du Likud », laissant entendre que des députés de ce parti pourraient faire défection.

Le député Oded Forer, du parti Yisrael Beytenu, s’exprime lors d’une conférence de presse à l’issue des consultations avec le président Isaac Herzog sur la formation du prochain gouvernement, à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 4 novembre 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Forer a également souligné que le refus de collaborer avec les partis arabes et ultra-orthodoxes n’était « pas personnel », mais stratégique. Yisrael Beytenu, a-t-il déclaré, ne saurait travailler avec des partenaires « incapables de qualifier le Hamas d’organisation terroriste », Le parti s’engage, a-t-il ajouté à augmenter le nombre de soldats dans les rangs de Tsahal.

Les consultations de la soirée se sont achevées avec Feiglin et devaient reprendre jeudi à 8 h 30 avec Yahadout HaTorah.

À l’issue des consultations, Eisenkot devait avoir recueilli le soutien d’au moins 56 députés, contre 53 pour Netanyahu.

La Liste arabe unie, qui détient 11 sièges à la Knesset, devrait également recommander Eisenkot, selon les médias israéliens. Le parti n’a toutefois pas encore officialisé sa décision et pourrait choisir de s’abstenir.

S’il se voit effectivement confier le mandat, Eisenkot disposera d’un délai maximal de 42 jours pour former une coalition. La tâche s’annonce toutefois difficile, certains partis sionistes de son bloc refusant toute collaboration avec les formations arabes et haredim.

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