Hotovely : L’étiquetage des produits de Cisjordanie par l’UE est une ‘ligne rouge’
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Interview

Hotovely : L’étiquetage des produits de Cisjordanie par l’UE est une ‘ligne rouge’

« Eux aussi ont quelque chose à perdre », souligne la chef de facto de la diplomatie israélienne au sujet des liens économiques

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Tzipi Hotovely, députée du Likud et vice-ministre des Affaires étrangères, à la Knesset, le 7 juillet 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Tzipi Hotovely, députée du Likud et vice-ministre des Affaires étrangères, à la Knesset, le 7 juillet 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’introduction du système d’étiquetage des produits des implantations est « une ligne rouge » pour Israël, a affirmé la chef de diplomatie de facto du pays cette semaine, tout en menaçant de réduire les liens économiques avec les Etats qui instaurent ce genre de mesure.

Dans une longue interview, la ministre adjointe aux Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, a déclaré que l’intention de l’Union européenne de publier des lignes directrices pour l’étiquetage des produits israéliens fabriqués au-delà des lignes d’avant 1967 est « la quintessence même du boycott », promettant de lancer une campagne pour persuader les pays les plus importants du Vieux Continent à ne pas mettre en œuvre ces directives.

Les pays qui décideront d’étiqueter les produits issus des implantations ne seront plus considérés par Jérusalem comme étant des acteurs importants dans le conflit au Moyen-Orient, a-t-elle averti.

« Il est possible de travailler avec tous les pays européens et de donner une réponse israélienne très forte, en disant : ‘ceci est une ligne rouge’. La diplomatie israélienne ne tolérera pas cela », a-t-elle assuré.

A une date indéterminée, le mois prochain, la Commission européenne devrait publier les lignes directrices visant à faciliter la mise en œuvre de la législation de l’UE qui appelle à une distinction entre les produits en provenance d’Israël et de ses propres implantations.

Ces directives ne seront pas juridiquement contraignantes, a expliqué Hotovely, en promettant de convaincre les principales puissances du continent de ne pas les mettre en œuvre. Ceux qui mettront en œuvre les recommandations de la Commission risquent de tendre les relations diplomatiques avec Israël, a-t-elle mis en garde.

« Le ministère des Affaires étrangères a dressé la carte des capitales européennes les plus importantes, où la diplomatie israélienne a une chance de les convaincre de ne pas mettre en œuvre les directives européennes », a-t-elle précisé.

Les hauts fonctionnaires de l’UE contestent cependant l’affirmation de Hotovely sur le fait que l’étiquetage est entièrement volontaire, en disant que les 28 Etats membres seront tenus d’étiqueter certains produits des implantations – mais pas tous – s’ils ne sont pas fabriqués en Israël.

« L’Europe est le premier partenaire commercial d’Israël, ce qui signifie que ce n’est que nous seulement qui avons quelque chose à perdre », a déclaré la ministre adjoint des Affaires étrangères au Times of Israel depuis son bureau au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem.

« Eux aussi ont quelque chose à perdre ».

Les Européens veulent maintenir des liens économiques forts avec Israël, mais ils sont aussi désireux d’être considérés comme des acteurs importants dans le conflit israélo-palestinien, a noté Hotovely, 36 ans.

En mettant en œuvre un système d’étiquetage sur les produits issus des implantations, l’Europe est en effet en train de forcer d’adopter sa solution pour le conflit sur Israël et déclare ouvertement de quel côté il se trouve.

Il ne peut donc plus être considéré comme un intermédiaire honnête, a-t-elle ajouté. « Tout pays qui accepte les lignes directrices sur l’étiquetage ne peut pas être un acteur qu’Israël est prêt à accepter ».

Hotovely, qui en l’absence d’un ministre des Affaires étrangères à temps plein agit de facto en tant que chef de l’appareil diplomatique d’Israël, envisage de se rendre en Espagne, en France et en Allemagne dans les prochaines semaines dans le but d’empêcher ces pays d’adopter les lignes directrices de l’UE.

La Grande-Bretagne, la Belgique et le Danemark ont ​​déjà mis en œuvre des lignes directrices.

En plus de lutter contre l’étiquetage dans les capitales européennes, Hotovely a également promis de lancer des contre-mesures « positives » dans le but de promouvoir les produits des implantations en Israël et des communautés juives à travers le monde, y compris par la création d’un « buzz positif » autour d’eux.

La Knesset a également envoyé des délégations parlementaires dans près d’une douzaine de pays européens, dans l’espoir de persuader les législateurs de rejeter l’étiquetage.

Israël est pleinement conscient que les étiquettes européennes sur les produits issus de Cisjordanie ne déboucheront pas à un grand préjudice économique, les exportations des implantations vers l’UE représentent moins de 1 % du total des exportations d’Israël vers l’UE.

« Notre préoccupation est qu’une fois que vous mettez une étiquette sur la Judée-Samarie, vous mettez une étiquette sur Israël », a-t-elle indiqué, en utilisant les termes bibliques pour la Cisjordanie.

« Nous voyons cela comme un boycott d’Israël pour toutes fins utiles. Nous considérons cela comme une pente glissante. C’est tout simplement une disqualification générale d’Israël ».

L’UE rejette avec véhémence ces accusations, affirmant tout simplement mettre en œuvre une politique de longue date sur la différenciation entre Israël à proprement dit et les implantations. Les produits de Cisjordanie, affirment-ils, seront marqués mais pas interdits.

Mais Hotovely ne croit pas en la distinction que les fonctionnaires de l’UE font. L’étiquetage équivaut au boycott, a-t-elle insisté, pointant vers le contexte politique dans lequel Bruxelles a décidé de faire appel à cette mesure.

« L’Europe est en train de le faire pour exercer une pression diplomatique sur Israël sur une question très centrale sur laquelle Israël et l’Europe sont profondément divisés ».

L'implantation d'Efrat en Cisjordanie le 17 décembre 17, 2014 (Crédit :Miriam Alster / Flash90)
L’implantation d’Efrat en Cisjordanie le 17 décembre 17, 2014 (Crédit :Miriam Alster / Flash90)

L’UE veut souligner que la Cisjordanie ne fait pas partie d’Israël, a-t-elle analysé. Mais, selon la politique officielle du gouvernement israélien, « [les transferts de] Judée et Samarie ne sont même pas sur la liste des options que nous proposons aux Palestiniens », a-t-elle annoncé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, tout en professant soutenir la création d’un Etat palestinien, en principe, « n’a jamais dit que l’évacuation de la Judée et la Samarie est une option. Il dit que nous avons appris les leçons du désengagement [de Gaza en 2005] et que le monde a besoin de s’habituer à cette idée. Voici l’un des messages sur lequel je mets l’accent ».

Le monde a besoin d’intérioriser que la Cisjordanie restera sous « la souveraineté de facto » israélienne, a déclaré Hotovely.

« Ce n’est pas une monnaie d’échange. Cela ne dépend pas de la bonne volonté des Palestiniens. C’est la terre de nos ancêtres. Nous ne voulons pas l’évacuer, et certainement pas pour l’Etat islamique ou al-Qaïda ou d’autres organisations extrémistes qui gagneraient pour sûr le contrôle du territoire ».

Et pourtant, Hotovely, tout en préconisant fermement l’annexion de la Cisjordanie par Israël, a reconnu que ses efforts visant à prévenir l’étiquetage des produits des implantations ne pourraient pas porter ses fruits.

« C’est un voyage diplomatique dont je ne peux pas promettre l’issue », a-t-elle reconnu. « Ce que je peux vous promettre est que la position d’Israël sera très forte et ferme à ce sujet ».

« Le monde a commencé à perdre l’espoir d’un dialogue direct »

Lançant un regard plus large sur ce qui préoccupe les dirigeants du monde ces jours-ci, la ministre adjoint aux Affaires étrangères a estimé que le conflit israélo-palestinien a diminué considérablement en importance. « Si dans le passé, ils l’ont vu comme numéro un ou deux sur une liste des menaces stratégiques dans le monde, il est aujourd’hui à la cinquième ou sixième place », a-t-elle considéré.

La montée en puissance de l’Iran et de l’Etat islamique, la vague d’immigration vers l’Europe, et la crise financière grecque sont considérés comme des défis mondiaux plus urgents que la relance du processus de paix, a-t-elle affirmé.

« Cela crée un problème pour les Palestiniens. Si dans le passé, chaque fois que les Palestiniens faisaient de la propagande déchaînait la communauté internationale, aujourd’hui, vous voyez que beaucoup sont indifférents aux provocations palestiniennes. Le monde est beaucoup moins attentif à ‘la souffrance des Palestiniens’. Les gens comprennent en quelque sorte que ce n’est pas ce qui va résoudre les problèmes ».

Le Premier ministre Netanyahu, les députés Tzipi Hotovely (à gauche) et Zeev Elkin (à droite) lors d'une visite de l'organisation Lev HaOlam, à Jérusalem le 3 février 2015. L'organisation promeut l'exportation et la vente de produits des implantations de Cisjordanie (Crédit : Hadas Parush / Flash90 )
Le Premier ministre Netanyahu, les députés Tzipi Hotovely (à gauche) et Zeev Elkin (à droite) lors d’une visite de l’organisation Lev HaOlam, à Jérusalem le 3 février 2015. L’organisation promeut l’exportation et la vente de produits des implantations de Cisjordanie (Crédit : Hadas Parush / Flash90 )

Alors que la pression internationale sur Israël concernant les implantations persiste, « l’ambition fiévreuse » pour atteindre un statut final pour les accords de paix a récemment disparu, selon Hotovely.

La Palestine ne prendra pas chair à cause des déclarations à l’ONU, a-t-elle dit. « Je ne pense pas qu’aujourd’hui il y a quelqu’un du côté européen qui estime que l’Autorité palestinienne est viable dans la mesure où si Israël, n’en déplaise à Dieu, perdait le contrôle [de la Cisjordanie], et il y aurait l’Etat islamique à sa place. Ils comprennent cela ».

« Le monde a commencé à perdre l’espoir d’un dialogue direct », a-t-elle poursuivi.

Mais seuls des pourparlers bilatéraux directs peuvent conduire à des résultats, a-t-elle ajouté, car « il n’y a pas de conflit entre deux nations qui peuvent être résolus par l’extérieur. Voilà ce que le monde est en train de faire, en fait, quand il se penche pour l’étiquetage, ou permet aux Palestiniens de brandir leur drapeau [à l’ONU] ».

Les dirigeants du monde qu’elle rencontre régulièrement n’ont pas abandonné la solution à deux Etats, a-t-elle précisé.

« Mais ils comprennent de plus en plus que s’ils ont pensé que la solution ne dépendait que d’un leader ferme ou sur quelqu’un qui exerce une pression – ils comprennent [maintenant] que cela ne fonctionne pas ».

Les désillusions sur les perspectives de paix sont très répandues, a ajouté Hotovely. Les dignitaires étrangers professent encore la nécessité d’une solution à deux Etats, mais l’Israël d’aujourd’hui « peut maintenir sa position et dire honnêtement, nous avons essayé cette formule depuis des décennies maintenant, cela n’a pas fonctionné. Il est temps qu’ils comprennent que les concessions renforcent seulement les éléments radicaux dans la région », a-t-elle conclu.

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