Huckabee au personnel de l’ambassade US : « Si vous voulez quitter Israël, c’est AUJOURD’HUI »
Les États-Unis autorisent le départ du personnel non essentiel et des familles ; l’envoyé d’Oman doit rencontrer JD Vance pour tenter d’éviter une guerre ; un porte-avions américain approche d’Israël
Le département d’État américain a autorisé vendredi le départ du personnel non essentiel et des membres des familles des employés qui sont en poste en Israël, invoquant des « risques pour la sécurité ». Selon plusieurs médias, l’ambassadeur américain Mike Huckabee aurait exhorté le personnel de l’ambassade à quitter le pays « AUJOURD’HUI » s’ils en avaient l’intention.
Dans une alerte de sécurité, qui était adressée au personnel non essentiel, l’ambassade a indiqué que cette mesure « entraînera probablement une forte demande de sièges sur les vols aujourd’hui », a écrit Huckabee dans un email interne, selon le New York Times. « Essayez d’obtenir un billet pour n’importe quelle destination à partir de laquelle vous pourrez ensuite poursuivre votre trajet vers Washington. La priorité absolue est de quitter le pays rapidement. »
« Il n’y a pas lieu de paniquer », aurait-il ajouté, « mais pour ceux qui souhaitent partir, il est important de prévoir un départ dès que possible. »
L’avis aux voyageurs qui a été diffusé vendredi par l’ambassade américaine a par ailleurs recommandé à tous les ressortissants américains de « reconsidérer tout déplacement en Israël en raison du terrorisme et des troubles civils ».
Des mesures qui ont été prises alors que les tensions régionales s’intensifient et qu’elles alimentent les spéculations sur une éventuelle frappe américaine contre l’Iran. Plusieurs compagnies aériennes ont annulé des vols vers la région et certains États ont appelé leurs ressortissants à quitter les zones à risque.
Le président américain Donald Trump a menacé d’ordonner une attaque contre la république islamique si Téhéran refusait de mettre fin à son programme nucléaire. Les États-Unis continuent parallèlement de renforcer leur dispositif militaire dans la région : des avions de chasse américains ont été déployés sur une base aérienne israélienne et l’USS Gerald R. Ford, le plus grand porte-avions au monde, est attendu vendredi au large de la côte nord d’Israël, près de Haïfa.
Des efforts diplomatiques se poursuivent néanmoins pour tenter d’éviter une escalade. Les États-Unis et l’Iran ont tenu jeudi une troisième série de discussions sur le programme nucléaire de Téhéran, sous la médiation du ministre omanais des Affaires étrangères, Sayyid Badr Albusaidi. Celui-ci s’est dit optimiste quant à l’évolution des pourparlers et il devait rencontrer vendredi le vice-président américain JD Vance ainsi que d’autres responsables à Washington, dans l’espoir d’écarter le risque d’un conflit.
L’annonce américaine est intervenue alors que le Canada a appelé vendredi l’ensemble de ses ressortissants présents en Iran à quitter le pays « dès que possible ».
« Aux Canadiens qui se trouvent en Iran : en raison des tensions actuelles, les hostilités dans la région pourraient reprendre sans avertissement ou presque. Quittez l’Iran dès maintenant si vous pouvez le faire en toute sécurité », a dit le gouvernement.
« Assurez-vous que vos documents de voyage sont à jour et conservez des provisions suffisantes au cas où vous devriez vous réfugier sur place ».
La Chine a lancé un appel similaire, exhortant ses citoyens à éviter tout déplacement en Iran et invitant ceux qui s’y trouvent à quitter le pays, évoquant une « augmentation significative des risques de sécurité extérieurs ».
« Compte tenu de la situation sécuritaire actuelle en Iran, le ministère chinois des Affaires étrangères et les ambassades et consulats chinois en Iran rappellent aux citoyens chinois d’éviter de se rendre en Iran pour le moment », a déclaré Pékin dans un communiqué.
Plusieurs autres pays ont émis des recommandations comparables. En début de semaine, l’Australie a indiqué qu’elle demandait aux familles de ses diplomates en poste en Israël et au Liban de quitter ces pays, et le pays a conseillé à ses ressortissants d’envisager un départ avant une éventuelle détérioration de la situation.
La Pologne, la Suède, l’Inde et d’autres États ont également appelé leurs citoyens à quitter la République islamique.
Les compagnies aériennes ont également adapté leurs services vers la région. Qatar Airways a prolongé jusqu’au 30 juin 2026 la suspension partielle de ses vols à destination et en provenance de l’Iran, tout en maintenant un vol quotidien entre les deux pays à compter de dimanche.
En début de semaine, KLM a suspendu sa liaison entre Amsterdam et Tel Aviv. Le groupe Lufthansa a indiqué jeudi que les vols à destination et en provenance d’Israël pourraient continuer à subir des ajustements d’horaires jusqu’au 15 mars pour des raisons de sécurité. Ces modifications incluent des escales techniques à Athènes ainsi que des changements d’heures de départ et d’arrivée, mais ne se traduisent pas, dans la plupart des cas, par des annulations.
Scandinavian Airlines a également annulé un vol vers Israël sans en préciser la raison, tout en indiquant qu’une liaison restait programmée dimanche comme prévu.
Malgré les tensions, les négociateurs se sont dits prudemment optimistes à l’issue des discussions tenues jeudi à Genève. Des divergences subsistent toutefois, et les deux parties auraient convenu de se retrouver la semaine prochaine. La rencontre entre Albusaidi et Vance, rapportée par MS Now (anciennement MSNBC), vise à soutenir ces efforts diplomatiques.
La République islamique continue de rejeter les demandes américaines visant à mettre fin à tout enrichissement d’uranium ou à inclure dans les discussions son programme de missiles balistiques et son soutien à des groupes terroristes. Certains médias ont évoqué la possibilité qu’une quantité « symbolique » d’uranium faiblement enrichi puisse servir de base à un compromis.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré vendredi que tout accord supposerait que Washington renonce à ses « exigences excessives ».
Lors d’un entretien téléphonique avec son homologue égyptien Badr Abdelatty, Araghchi a indiqué que « pour que cette voie aboutisse, l’autre partie doit faire preuve de sérieux et de réalisme, et éviter toute erreur de calcul ou exigence excessive. »
L’Iran nie depuis toujours chercher à se doter de l’arme nucléaire. Le pays a toutefois enrichi de l’uranium à des niveaux sans usage civil reconnu, restreint l’accès des inspecteurs internationaux à certaines installations nucléaires et développé son arsenal de missiles balistiques.
En Irak, un puissant groupe terroriste soutenu par l’Iran a appelé ses combattants à se préparer à une guerre prolongée dans le pays voisin en cas de frappes américaines.
Jeudi, Kataeb Hezbollah a averti que les États-Unis subiraient « d’immenses pertes » s’ils déclenchaient un conflit dans la région. Un commandant d’une faction armée a déclaré à l’AFP que son groupe était « très susceptible » d’intervenir en cas d’attaque.
« Face aux menaces américaines et au renforcement militaire qui laissent présager une escalade dangereuse dans la région, il est nécessaire pour tous les combattants de se préparer à une guerre d’usure potentiellement longue », a indiqué le groupe dans un communiqué.
Selon ce commandant, son organisation considère l’Iran comme stratégique pour ses propres intérêts, et toute attaque contre la République islamique « nous menacerait directement ».
Les groupes terroristes irakiens visés par des sanctions américaines n’étaient pas intervenus lors de la guerre de 12 jours entre Israël et l’Iran l’an dernier, au cours de laquelle les États-Unis avaient frappé des installations nucléaires iraniennes. Le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, n’était pas non plus intervenu.
Cette fois-ci, a indiqué le commandant, ils seraient « moins réservés », en particulier si des frappes visaient à renverser le régime iranien.
Dans ce contexte de tensions croissantes, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Volker Türk, a appelé vendredi à la retenue.
« Nous ne devons pas revenir à la violence comme principe organisateur », a-t-il déclaré devant le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies. « Je suis extrêmement préoccupé par le risque d’escalade militaire régionale et ses conséquences pour les civils, et j’espère que la voix de la raison prévaudra. »