« Ici, tout le monde réclame vengeance »: les foules se rassemblent pour les funérailles de Khamenei
Des caricatures du président américain et de Netanyahu ont bordé le parcours du cortège funèbre à Mashhad, en Iran, au sixième et dernier jour des funérailles du Guide suprême
L’Iran a enterré jeudi son guide suprême assassiné, l’ayatollah Ali Khamenei, dans le sanctuaire le plus sacré du pays. Son fils et successeur, Mojtaba Khamenei, se tient toujours à l’abri des regards, défiguré par l’attaque qui a coûté la vie à son père.
Cette inhumation qui a eu lieu à Mashhad, dans le nord-est de l’Iran, vient conclure une semaine marquée par des cortèges funéraires massifs, des rassemblements et des cérémonies de deuil, qui ont coïncidé avec une nouvelle flambée des tensions avec les États-Unis après plusieurs semaines de répit.
La dépouille de Khamenei, dans la journée de jeudi, a lentement parcouru les rues bondées de Mashhad à bord d’un camion, en direction du dôme doré et des minarets du sanctuaire de l’imam Reza, encadrée de part et d’autre par des religieux coiffés de turbans blancs. Derrière, des pleureurs vêtus de noir se sont pressés, agitant des drapeaux iraniens, des photos du défunt Khamenei et des pancartes rouges portant des slogans révolutionnaires.
Au moins un avion de chasse a escorté le cercueil de Khamenei dans son voyage vers Mashhad, signe du renforcement des mesures de sécurité dans ce contexte de reprise des hostilités.
L’inhumation de jeudi a marqué l’aboutissement d’une semaine de cérémonies funéraires en Iran et en Irak, auxquelles des religieux de la République islamique ont poussé des foules immenses à participer, afin de célébrer la puissance et la ferveur idéologique de leur État théocratique.
Ces événements n’ont toutefois pas manqué de susciter la controverse. Le sort réservé à Mojtaba Khamenei, proclamé guide suprême par une assemblée de religieux une semaine après la mort de son père, reste en effet un mystère pour les Iraniens.
Le nouveau guide suprême ne s’est pas montré en public depuis le début de cette guerre – un conflit qui avait été marqué par l’attaque du 28 février qui avait coûté la vie à Ali Khamenei. Malgré plusieurs déclarations écrites de sa part, aucune image, vidéo ou enregistrement vocal de lui n’a été rendu public.
Mojtaba Khamenei avait été gravement blessé lors de cette même frappe : son visage a été défiguré, et ses membres ont été gravement touchés.
Selon plusieurs sources haut placées à Téhéran, Mojtaba Khamenei se remet de ses blessures, mais son état de santé ne lui permet pas encore de s’afficher en public. Les services de sécurité de l’État s’efforcent par ailleurs de limiter son exposition médiatique, par crainte de nouvelles attaques américaines.
Si l’absence de Khamenei a été source de controverse, la présence d’autres hauts responsables iraniens a elle aussi posé problème. Lundi, des membres du public ont hué, insulté et physiquement agressé le président iranien, Masoud Pezeshkian, et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, leur reprochant de n’être pas assez intransigeants.
Des pancartes « Tuez Trump » visibles lors de la cérémonie d’inhumation
Alors que la foule se bousculait à Mashhad en attendant le cortège funèbre de Khamenei, les manifestants ont scandé des slogans appelant à se venger du président américain Donald Trump, responsable du meurtre du guide suprême.
« Je le jure sur le sang du guide suprême, Trump, nous te tuerons ! », ont-ils lancé. Des femmes brandissaient des pancartes portant l’inscription « Tuez Trump ».
D’autres tenaient une immense banderole proclamant « Nous tuerons Trump ».
Des pancartes et banderoles similaires ont été vues tout au long des cortèges funéraires, notamment dans la soirée de mercredi, lorsqu’une d’entre elles a été accrochée à la façade d’un hôtel de Mashhad en prévision du cortège de jeudi.
Lundi, à Téhéran, les pleureurs portaient la même banderole.
Jeudi, les routes menant au mausolée formaient une marée de visiteurs vêtus de noir. Certains agitaient les drapeaux rouges, symboles de la quête de vengeance dans l’islam chiite, et reprenaient en chœur les slogans à la gloire de Khamenei et contre les ennemis de l’Iran, notamment l’ancien appel révolutionnaire « Mort à l’Amérique ».
« Ici, tout le monde réclame vengeance », a affirmé Mohammad Afsharian, 41 ans, un commerçant.
« Je ne sais pas où en est la diplomatie ni sur quelle voie elle s’engage. Mais tout le monde ici porte des drapeaux rouges, autant de signes de soif de vengeance », a-t-il ajouté.
Tandis que la foule patientait sous la chaleur étouffante de juillet pour voir passer les cercueils de Khamenei et de sa famille, des lances à eau dirigées vers le ciel permettaient d’asperger et de rafraîchir les visiteurs.
De nombreux enfants étaient présents près du mausolée. La plupart étaient venus avec leur famille, coiffés de casquettes aux couleurs de la République islamique.
La dépouille de Khamenei, ainsi que celles des quatre membres de sa famille tués à ses côtés, avaient déjà défilé à Téhéran, à Qom, le cœur du monde religieux chiite, ainsi que dans les villes saintes irakiennes de Najaf et de Karbala.
À chaque étape, des foules immenses avaient envahi les rues, accompagnées par les chants de deuil chiites et par des refrains révolutionnaires.
Le gouverneur de Mashhad, Hassan Hosseini, a indiqué à la télévision d’État qu’il « s’attendait à ce que 15 millions de personnes » assistent aux funérailles de Khamenei.
Le martyre occupe une place centrale dans la doctrine chiite. La mort de Khamenei des mains d’ennemis étrangers – Israël et les États-Unis – s’inscrit donc dans une tradition religieuse et politique profondément ancrée au sein de la République islamique.
Au pied d’un hôtel appelé Miami, une banderole géante montrait une caricature de Trump avec une prime sur sa tête.
Une autre pancarte représentait le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec un message en anglais : « Il y aura du sang. »
Les funérailles devaient initialement débuter jeudi à 6 h (5 h 30, heure d’Israël). Néanmoins, les médias locaux ont par la suite rapporté, d’après les organisateurs, qu’elles débuteraient à 14 h, les cérémonies en Irak ayant pris du retard.
Par ailleurs, la reprise des affrontements avec les États-Unis a entraîné la fermeture de la liaison ferroviaire entre Téhéran et Mashhad, une ville située à environ 800 kilomètres à l’est de la capitale. La compagnie ferroviaire nationale a toutefois précisé que des solutions de transport routier étaient mises en place pour les passagers bloqués.
« Nous sommes ici en hommage à notre chef martyr »
Le sanctuaire de l’imam Reza, où Khamenei doit être inhumé dans la soirée de jeudi, est le lieu de culte le plus vénéré d’Iran.
L’imam Reza est le seul des douze imams chiites à être inhumé en Iran.
La prière sera dirigée par l’ayatollah Hossein Noori Hamedani, âgé de 101 ans, figure conservatrice de la République islamique.
Les cérémonies funéraires de Khamenei se sont déroulées dans différents lieux représentatifs des piliers religieux, politiques et idéologiques de la République islamique.
Son chef de cabinet, Mohammad Mohammadi-Golpaygani, avait précédemment indiqué à la télévision d’État que Khamenei lui-même souhaitait être inhumé à Mashhad.
Au fil des siècles, plusieurs personnalités de premier plan ont été inhumées dans ce sanctuaire, notamment d’anciens shahs d’Iran, ainsi que l’ancien président Ebrahim Raisi, mort dans un accident d’hélicoptère en 2024.
La République islamique entend mettre en avant, à travers ces cérémonies, sa force et son unité au lendemain de la guerre au Moyen-Orient et six mois après la répression violente des manifestations antigouvernementales.
« Nous sommes ici en hommage à notre chef martyr, Seyyed Ali Khamenei, à l’Iran, mon pays, à mes convictions, à Seyyed Mojtaba Khamenei, ainsi qu’à l’existence même de l’Iran, nation millénaire riche de plusieurs milliers d’années de civilisation », a fait savoir Afsharian, propriétaire d’un magasin.
Khamenei sera inhumé aux côtés de sa petite-fille, de son gendre, de sa fille et de l’épouse de Mojtaba Khamenei, Zahra Haddad Adel, tous tués dans les frappes du 28 février.