Ignorant Trump, Israël frappe des cibles militaires et des installations pétrolières iraniennes
Tous les projectiles ont été interceptés, aucun blessé ; des maisons endommagées par des fragments de missile dans une implantation ; Benjamin Netanyahu aurait 'feint d'accepter' la demande de Trump de ne pas riposter aux premiers tirs
Lundi matin, Israël a frappé des cibles militaires iraniennes et une usine pétrochimique, en réponse aux tirs de missiles balistiques menés quelques heures plus tôt par la République islamique contre le nord d’Israël, faisant fi des appels publics du président américain Donald Trump à ne pas riposter.
Après avoir menacé de poursuivre ses tirs si Israël ripostait à son attaque initiale de dimanche soir, l’Iran a lancé de nouvelles attaques de missiles balistiques lundi matin, à la suite des frappes aériennes israéliennes sur des cibles militaires menées pendant la nuit, et a été rejoint par les terroristes houthis du Yémen, qui ont également tiré un missile en direction de Tel Aviv.
Selon l’armée israélienne, tous les missiles balistiques lancés depuis l’Iran et le Yémen ont été interceptés.
Les tirs de missiles de lundi matin ont eu lieu après que Tsahal a mené des frappes en Iran pendant la nuit, affirmant viser des cibles militaires dans le centre et l’ouest du pays.
L’armée a ensuite déclaré que cette vague « massive » de frappes aériennes visait les systèmes de défense aérienne iraniens.
Elle a précisé que des dizaines d’avions de chasse de l’armée de l’air israélienne avaient frappé des « systèmes de défense stratégiques » en Iran dans le cadre de ces frappes.
« Il y a peu, des systèmes de défense ont été déployés dans de nombreuses régions d’Iran dans le cadre des efforts du régime pour restaurer ses capacités de détection et de défense, qui avaient été affaiblies lors de l’Opération ‘Lion rugissant’ », a déclaré Tsahal.
« La frappe a entraîné la destruction de ces systèmes », a ajouté l’armée.
Selon l’agence de presse IRNA, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, a déclaré dans un communiqué que les attaques israéliennes avaient été menées à l’aide de missiles balistiques tirés depuis les airs.
Selon des sources iraniennes, quinze cibles auraient été touchées, tandis qu’Al Jazeera a indiqué que l’une d’entre elles était une base de stockage de drones à Téhéran.
D’autres informations ont laissé entendre que l’aéroport international de Mehrabad, à Téhéran, figurait parmi les sites visés. Des explosions ont été entendues à Téhéran, Tabriz et Ispahan, en Iran, selon les médias locaux.
Un responsable américain de la Défense a déclaré à Axios que l’armée américaine n’avait pas pris part aux frappes israéliennes menées contre l’Iran pendant la nuit, et que ces frappes étaient « relativement limitées ».
L’Iran a tiré quatre salves de missiles sur Israël depuis minuit, en plus de l’attaque menée par les Houthis.
Vers 6 heures du matin, des sirènes d’alerte ont retenti dans tout le centre d’Israël pour signaler le lancement d’un missile balistique depuis le Yémen. Une heure plus tard, une salve provenant d’Iran a déclenché des alertes dans le sud et le centre, poussant des millions de personnes à se mettre à l’abri.
Personne n’a été blessé par les salves elles-mêmes, mais les secouristes ont pris en charge un homme qui est tombé alors qu’il cherchait un abri pendant l’attaque des Houthis, a indiqué le service de secours du Magen David Adom (MDA).
Plusieurs habitations d’une implantation en Cisjordanie ont été endommagées par l’impact d’un fragment de missile iranien issu de l’une des salves, ont indiqué les secouristes.
En réponse à ces attaques, Israël a frappé des installations pétrochimiques dans le sud-ouest de l’Iran.
Tsahal a indiqué que l’armée de l’air israélienne avait frappé « plusieurs cibles » dans un complexe pétrochimique situé dans la région de Mahshahr, au sud-ouest de l’Iran, précisant que de plus amples détails seraient communiqués ultérieurement.
Selon l’agence de presse Fars, la société pétrochimique Karun Mahshahr, située dans la province du Khuzestan, aurait été touchée par des frappes menées par « l’ennemi sioniste », causant des dégâts partiels.
Lundi matin, Tsahal a déclaré que le chef d’état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir, et de hauts responsables militaires suivaient les frappes.
L’armée israélienne est « pleinement préparée tant pour l’attaque que pour la défense ».
« L’armée israélienne reste en alerte et prête à poursuivre ses opérations sur tous les fronts contre quiconque menace l’État d’Israël », a déclaré Tsahal.
Par ailleurs, les Houthis, qui ont officiellement revendiqué le tir de missile sur Tel Aviv, ont annoncé « l’interdiction totale et absolue de la navigation maritime israélienne en mer Rouge, et nous considérons tous les mouvements ennemis comme des cibles militaires légitimes ».
Les Houthis avaient déjà lancé des attaques contre la navigation dans la région du détroit stratégique de Bab el-Mandeb.
L’Iran a déclaré avoir lancé les premières salves de missiles contre Israël dimanche soir, en représailles à une frappe de Tsahal sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion historique du Hezbollah, plus tôt dans la journée, visant le quartier général du groupe terroriste chiite libanais soutenu par la République islamique d’Iran. Le Hezbollah pilonne le nord d’Israël depuis des semaines au moyen de roquettes et de drones.
Trump avait publiquement exhorté le Premier ministre Benjamin Netanyahu à s’abstenir de toute riposte pendant les négociations en cours avec Téhéran. Selon le site d’information Axios, le chef du gouvernement israélien aurait « feint d’accepter » cette demande lors d’un appel téléphonique avec Trump.
Un responsable américain a qualifié cette conversation de moins tendue que l’échange houleux qu’avaient eu les deux hommes la semaine dernière, au cours duquel Trump avait crié et injurié Netanyahu.
Quelques heures après que Trump eut publiquement exhorté Israël à ne pas riposter à la première attaque de missiles iraniens, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a affirmé que Téhéran voulait « réduire en cendres l’Amérique et Israël ».
« L’Iran a tiré des missiles sur Israël la nuit dernière et tôt ce matin. Les sirènes ont retenti à Jérusalem à 6h. Ils ont été interceptés, Dieu merci ! », a-t-il écrit sur le réseau social X.
« L’Iran et ses agents de destruction veulent réduire en cendres l’Amérique et Israël. La maison-mère de Satan est à Téhéran », a ajouté Huckabee.
Connu pour ses positions particulièrement dures à l’égard de l’Iran, Huckabee est considéré comme l’une des voix les plus bellicistes de l’administration Trump sur ce dossier, même si son influence directe sur les décisions politiques depuis Jérusalem reste incertaine.
Alors qu’Israël ripostait aux attaques, l’ambassadeur israélien à Washington, Yechiel Leiter, a publié un message sur le réseau social X pour expliquer cette décision, malgré les pressions du président américain qui appelle à la retenue.
« L’Iran a tiré 11 missiles balistiques contre Israël aujourd’hui. Chacun de ces missiles peut raser un quartier entier et tuer des centaines de personnes. Aucun pays digne de ce nom n’accepterait une telle attaque, et Israël non plus », a écrit Leiter.
Leiter a été l’un des rares responsables israéliens à s’exprimer publiquement sur la reprise du conflit. Netanyahu n’a pas fait de déclaration publique, mais il a dû faire face à des appels de plus en plus pressants de la part de ses rivaux politiques et de ses partenaires de coalition pour qu’il s’oppose à Trump, ce qu’il a vraisemblablement décidé de faire en frappant l’Iran.
Lors d’un des nombreux entretiens téléphoniques qu’il a accordés dimanche soir à des journalistes qui l’appelaient à l’improviste, Trump avait affirmé qu’il était celui qui « prenait les décisions », et non Netanyahu.
Trump a insisté à plusieurs reprises sur le fait que Washington et Téhéran étaient proches d’un accord pour mettre fin à la guerre.
« Nous sommes très proches d’un accord, sinon je vais les réduire en cendres », a déclaré Trump dans une interview pré-enregistrée pour l’émission « Meet the Press » de NBC News, diffusée dimanche pour marquer les cent jours du conflit.
Les frappes iraniennes de dimanche étaient les premières menées par la République islamique contre Israël depuis le 8 avril, date à laquelle Trump avait annoncé l’arrêt de la campagne militaire conjointe américano-israélienne contre l’Iran lancée le 28 février. Depuis lors, le président cherche à conclure un accord pour mettre fin à la guerre, cherchant à rouvrir le détroit d’Ormuz, un point névralgique de l’économie mondiale, au trafic commercial maritime, tout en exigeant l’abandon des ambitions nucléaires de l’Iran.
L’Iran a insisté pour que tout accord prévoie la fin des attaques israéliennes contre le Hezbollah. Il a déclaré que les frappes de missiles de dimanche constituaient une riposte à une attaque israélienne contre le quartier général du groupe terroriste chiite libanais dans la banlieue sud de Beyrouth, et a affirmé qu’il intensifierait ses représailles si les attaques persistaient.
Netanyahu a déclaré que ces frappes étaient une réponse aux attaques du Hezbollah dans le nord du pays.
Trump a également fait pression sur Israël pour qu’il mette fin à sa campagne contre le groupe terroriste ou la ralentisse, vraisemblablement afin de faciliter un accord avec l’Iran.
S’adressant au Financial Times dimanche soir, il a déclaré que Netanyahu devrait accepter tout accord que Washington pourrait conclure avec l’Iran.
« Il n’aura pas le choix », a déclaré Trump au journal lors d’un entretien téléphonique, ajoutant : « C’est moi qui décide. C’est moi qui décide de tout. Ce n’est pas lui [Netanyahu] qui décide. »
Dimanche, Trump a déclaré à Fox News qu’il n’était « pas satisfait » des frappes israéliennes près de Beyrouth, alors que des informations indiquaient qu’Israël avait obtenu l’accord de l’administration américaine pour cette opération. Cependant, lundi matin, deux responsables américains ont déclaré à la chaîne N12 que la Maison Blanche n’avait jamais donné son « feu vert » aux frappes israéliennes contre des cibles du Hezbollah à Beyrouth.
La région restait en état d’alerte lundi, les écoles ayant été fermées et certaines restrictions ayant été imposées aux rassemblements publics. Les parents devaient se rendre au travail, les lieux de travail restant ouverts, tandis que les enfants restaient chez eux.
L’Iran a fermé l’espace aérien dans l’ouest du pays et d’autres régions du Moyen-Orient ont suivi son exemple.