Il y a 35 ans déjà, la marée noire comme arme de guerre dans le Golfe

Victimes collatérales de la guerre au Moyen-Orient, au moins 11 pétroliers ont déjà été attaqués dans le détroit d'Ormuz, laissant planer la menace d'une marée noire, comme en janvier 1991

Un soldat israélien revêtu d'une combinaison de protection intégrale tenant dans sa main un morceau de goudron issu d’une marée noire en mer Méditerranée, lors d’une opération de nettoyage dans la réserve naturelle de Sharon Beach, près de Gaash, le 22 février 2021. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Victimes collatérales de la guerre au Moyen-Orient, au moins onze pétroliers ont déjà été attaqués dans le détroit d’Ormuz, laissant planer la menace d’une marée noire, comme en janvier 1991, pendant la Guerre du Golfe, lorsque l’Irak de Saddam Hussein, battant en retraite, avait provoqué une catastrophe écologique.

Flammes gigantesques, ouvriers recouverts d’or noir tentant, exténués, de colmater des geysers de pétrole : le chaos qui en résulta fut immortalisé par le photographe franco-brésilien Sebastião Salgado dans sa série « Koweït, un désert en feu ».

Ses plans d’annexion du Koweït ayant échoué, Saddam Hussein tente, alors que son armée bat en retraite face à l’Opération « Tempête du désert » menée par les États-Unis, d’infliger le plus de dommages possible à l’industrie pétrolière du petit émirat, mettant ainsi à exécution ses menaces « d’embraser » la péninsule arabique.

Entre 700 000 et 900 000 tonnes d’hydrocarbures (entre 5 et 6,5 millions de barils) sont déversées dans la mer, ce qui constitue, selon le Cedre (centre de recherche français de référence sur les pollutions des eaux), « la plus grande marée noire de l’histoire humaine ».

L’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) avance une estimation encore plus élevée : entre 6 et 8 millions de barils, soit jusqu’à un million de tonnes.

La principale source de pollution est le terminal offshore de Mina al-Ahmadi, situé à environ 15 km des côtes koweïtiennes, dont les forces irakiennes ouvrent les vannes le 26 janvier 1991. S’y ajoutent les cargaisons de cinq navires irakiens, dont trois pétroliers, qui ont été volontairement détruits au large de Koweït-City une semaine auparavant.

Une troisième source de pollution, moins importante, provient du bombardement par les Irakiens de réservoirs au large du port saoudien de Ras al-Khafji, à 30 km au sud de la frontière avec le Koweït.

Des incendies ont également été provoqués sur les installations de Shouaiba, près de Koweït-City, et dans le champ pétrolifère de Wafra, dans la zone neutre entre le Koweït et l’Arabie saoudite.

Au lourd bilan humain de la première guerre du Golfe s’ajoute donc un bilan écologique. Selon le Cedre, la marée noire a tué au moins 30 000 oiseaux marins, provoqué une surmortalité des poissons, affecté près de 50 % des coraux, ainsi que des centaines de kilomètres carrés de forêts d’algues inondées par les nappes de pétrole.

Les tortues sont également touchées : « habituées à venir se reproduire » dans les îles au large du Koweït, elles « se retrouvent engluées dans le pétrole ».

read more:
comments