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Inculpation de l’auteur de 2 000 fausses alertes dans le monde

Le jeune israélo-américain est accusé d'avoir lancé des milliers d'alertes à la bombe contre des institutions juives mais aussi des centres commerciaux, des écoles, des compagnies aériennes et des forces de l'ordre, entre autres

L'homme a été amené devant la Cour des Magistrats à Rishon Letzion, suspecté d'être à l'origine de milliers de fausses alertes à la bombes contre des institutions juives du monde entier, le 23 mars 2017. (Crédit : Flash90)
L'homme a été amené devant la Cour des Magistrats à Rishon Letzion, suspecté d'être à l'origine de milliers de fausses alertes à la bombes contre des institutions juives du monde entier, le 23 mars 2017. (Crédit : Flash90)

La justice israélienne a inculpé lundi un jeune Israélo-Américain, l’accusant d’être l’auteur de 2 000 fausses alertes à la bombe dans le monde, notamment aux Etats-Unis, selon le ministère de la Justice.

Il est accusé d’avoir menacé par téléphone des écoles, des hôpitaux, des compagnies aériennes. Ses menaces ont déclenché l’intervention d’avions de chasse, le largage de carburant pour des atterrissages d’urgence, l’évacuation de nombreuses écoles et autre conséquences chaotiques. Dans certains cas, il aurait menacé d’assassiner des enfants qu’il prétendait retenir en otage.

En l’inculpant lundi, le ministère israélien de la Justice lui a imputé 2 000 fausses alertes aux dépens non seulement d’institutions juives, mais aussi d’aéroports, de compagnies aériennes, d’écoles à travers le monde, ainsi que des personnes privées, dont le sénateur de l’Etat du Delaware, Ernesto Lopez. Il a également proposé ses services d’extorsion sur Internet en échange de bitcoins, une crypto-monnaie.

L’acte d’accusation israélien révèle un schéma de menaces bien plus important et d’une ampleur bien plus grande que ce qui avait été indiqué auparavant.

Israël n’a pas publiquement identifié le suspect parce qu’il était mineur au moment de certains faits. Une ordonnance de non-divulgation interdit aux médias israéliens de publier son nom.

Dans les 8 chefs d’accusations, les procureurs estiment à 142 le nombres d’appels menaçants et d’appels à la police contenant de fausses informations.

Le centre communautaire juif de Nashville, Tennessee, après une menace à la bombe reçue le 9 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran The Tennessean)
Le centre communautaire juif de Nashville, Tennessee, après une menace à la bombe reçue le 9 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran The Tennessean)

L’une de ses impostures présumées avait contraint des avions des armées de l’air française et suisse à escorter un appareil de la compagnie israélienne El Al à bord duquel se trouvait prétendument une bombe censée exploser au-dessus du territoire helvétique, a dit le ministère israélien.

Les chasseurs auraient dû « l’intercepter » s’ils avaient obtenu des « indications » sur la réalité de la menace, selon le ministère.

L’adolescent avait également contacté un aéroport canadien, et sa menace avait conduit à l’évacuation de passagers qui avaient déjà embarqué à bord de l’avion. 6 personnes avaient été blessées alors qu’elles sortaient de l’avion via les toboggans gonflables.

L’accusation indique également que l’alerte faite au sujet d’un vol de la compagnie Virgin Australia a contraint l’avion à larguer 8 tonnes de carburant avant d’atterrir, par mesure de précaution.

Il aurait également menacé un avion utilisé par l’équipe de basket de la NBA Boston Celtics, provoquant une fouille de l’appareil alors en route pour un match.

Le suspect aurait publié une liste tarifaire, qui indiquait à ses clients qu’ils pouvaient le mandater pour lancer des alertes sur « le massacre d’un logement particulier » pour 40 dollars, pour « le massacre d’une école » pour 80 dollars, et pour un alerte à la bombe contre un avion, il fallait compter 500 dollars.

« L’accusé demandait même à ses clients de le contacter s’ils avaient des demandes particulières sur les alertes contre d’autres cibles, ou s’ils souhaitaient une prestation personnalisée. » Il disposait, sur un compte en banque en ligne, de 240 000 dollars en bitcoins. Les procureurs supposent qu’il s’agit des rémunérations pour ses services.

L'antenne placée à la fenêtre de la chambre du suspect d'Ashkelon, soupçonné d'avoir lancé des alertes à la bombe contre des centres communautaires aux États-Unis. (Crédit : Capture d'écran : Dixième chaîne)
L’antenne placée à la fenêtre de la chambre du suspect d’Ashkelon, soupçonné d’avoir lancé des alertes à la bombe contre des centres communautaires aux États-Unis. (Crédit : Capture d’écran : Dixième chaîne)

La police a indiqué qu’il avait recours à des « technologies de camouflage » sophistiquées pour transformer sa voix et masquer son emplacement. Une perquisition à son domicile a permis de découvrir un arsenal d’antennes et d’équipement satellites.

Le troisième chef d’accusation lui attribue plus de 48 appels menaçants contre des autorités policières américaines et des fonctionnaires. Dans certains cas, ils prétendait détenir des enfants en otages et menaçait de les assassiner.

La quatrième accusation porte sur le harcèlement dont a fait l’objet le sénateur Ernesto Lopez ainsi qu’un ancien employé du Pentagone, alors assistant du secrétaire de la Défense George Little. Il le menaçait, entre autres de le kidnapper et de tuer ses enfants.

Parmi les huit chefs d’inculpation retenus contre lui en Israël figurent également des faits de chantage, des délits informatiques, de blanchiment d’argent, de port d’arme illégal, d’agression contre un policier avec un pistolet, de trafic de drogue et de possession de matériel pédophile.

Il est également accusé d’avoir attaqué les agents de police qui sont venus l’arrêter le 23 mars 2017. Il avait alors tenté de s’emparer de l’arme à feu de l’un des policiers.

Vendredi, le jeune homme d’Ashkelon a été accusé par le tribunal fédéral américain à Orlando, en Floride, de 28 chefs d’accusation portant sur des appels menaçants, de la transmission de fausse information à la police. Le tribunal fédéral d’Athens, en Géorgie, l’accuse également de cyber-harcèlement.

Durant le week-end, la Deuxième chaîne a indiqué qu’Israël a refusé la demande d’extradition et a préféré le traduire en justice en Israël.

Interrogé par l’AFP sur une éventuelle extradition aux Etats-Unis, un porte-parole du ministère israélien a répondu : « il sera jugé en Israël, car il a sévi non seulement aux Etats-Unis mais aussi dans une douzaine de pays qui ont coopéré activement à l’enquête ».

La vague d’alertes à la bombe dans les institutions juives a semé la panique dans ce qui ressemblait à une recrudescence du racisme et de l’antisémitisme. Certains attribuent cette recrudescence à l’élection de Donald Trump et au fait qu’il soutienne les groupes d’extrêmes droite.

Mais les agissements de ce jeune homme, ayant alimenté la crainte d’une poussée antisémite aux Etats-Unis, compliquent le débat sur l’antisémitisme.

Au cours d’audiences précédentes, l’avocate du jeune homme a assuré que son comportement était altéré parce qu’il souffre d’autisme et d’une tumeur au cerveau. Elle a déclaré que l’état de santé de son client ne lui a pas permis de suivre un cursus scolaire ni de s’enrôler dans l’armée, obligatoire pour la plupart des hommes juifs.

Shira Nir, l'avocate d'un adolescent israélo-américain soupçonné d'avoir passé des centaines d'appels menaçants à des institutions juives, présentant à la cour des magistrats de Rishon Lezion ce qui serait une image de la tumeur au cerveau de son client, le 30 mars 2017. (Crédit : Flash90)
Shira Nir, l’avocate d’un adolescent israélo-américain soupçonné d’avoir passé des centaines d’appels menaçants à des institutions juives, présentant à la cour des magistrats de Rishon Lezion ce qui serait une image de la tumeur au cerveau de son client, le 30 mars 2017. (Crédit : Flash90)

Ses parents ont également indiqué qu’il était inapte à assister à son procès. Ils ont présenté leurs excuses pour les crimes présumés de leur fils.

L’AFP et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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