Inéligibilité requise contre le député LFI Sébastien Delogu
La procureure a dénoncé 'l'instrumentalisation d'un conflit social' pour 'jeter l'opprobre de façon abominable' sur Isidore Aragones, 'stigmatisé en tant que juif' dans le contexte de 'l'importation du conflit' israélo-palestinien 'dans notre pays'
« Il a sali sa fonction » : le parquet a requis, mercredi à Marseille, une lourde peine de cinq ans d’inéligibilité immédiate à l’encontre du député LFI Sébastien Delogu, poursuivi pour avoir divulgué des documents privés volés à un chef d’entreprise lors d’un conflit social.
Cette peine complémentaire d’inéligibilité, avec exécution provisoire, a été justifiée par la procureure Audrey Jouaneton en raison de la « gravité des faits » reprochés au parlementaire. Elle s’ajoute aux deux ans de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende requis par le parquet.
Le jugement a été mis en délibéré au 11 décembre.
Devant le tribunal correctionnel de Marseille, l’élu des quartiers Nord a fait valoir son droit au silence, à l’instar de l’eurodéputée LFI, Rima Hassan, elle jugée lundi pour « apologie du terrorisme ». Il ne s’est exprimé que pour présenter ses « excuses sincères » au plaignant, Isidore Aragones, 79 ans, reconnaissant qu’au moment des faits il était « peut-être mal conseillé » et qu’il avait commis « des erreurs, des maladresses ».
L’affaire remonte à septembre 2024, en pleine crise sociale au sein de l’entreprise de nettoyage marseillaise Laser Propreté, chargée de la gare Saint-Charles.
Le 19 septembre 2024, plusieurs représentants du personnel envahissent ainsi le bureau de son dirigeant, Isidore Aragones, nommé une semaine plus tôt pour tenter d’apaiser le conflit, alors que les poubelles s’amoncellent dans la gare en raison d’une grève des salariés.
Aragones, ancien président local du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), constate après coup qu’un dossier lui a été dérobé, comprenant de nombreux courriels imprimés.
Cinq jours plus tard, Delogu a diffusé certains de ces documents sur son compte Instagram. Fervent défenseur de la cause palestinienne, il divulgue notamment le projet d’Aragones de se rendre en Israël pour témoigner de sa « reconnaissance » à l’armée israélienne – un soutien dont ce dernier ne s’est jamais caché.
Mercredi, le député élu depuis 2022 n’a pas expliqué comment il s’était procuré ces documents, déclarant seulement : « Jamais personne ne me les a remis en main propre. »
« Jeté en pâture »
Se tenant longtemps debout durant l’exposé des faits, Aragones a vivement apostrophé le député, fustigeant son silence, « véritable mépris vis-à-vis de la justice qu’il prétend défendre ».
« Il a volé ma vie […] J’ai été mis en danger, j’ai toujours peur qu’il m’arrive quelque chose », a lancé le retraité.
La procureure est allée plus loin encore, dénonçant « l’instrumentalisation d’un conflit social » pour « jeter l’opprobre de façon abominable » sur Isidore Aragones, « stigmatisé en tant que juif » dans le contexte de « l’importation du conflit » israélo-palestinien « dans notre pays ». Le tout favorisé par « la puissance multiplicatrice des réseaux sociaux ».
« Il a été jeté en pâture », a estimé l’avocat d’Aragones, Dominique Mattei.
Dans ses derniers mots, Delogu a réfuté cette idée : « Jamais je ne me permettrais de parler de communauté juive. Pour moi, la communauté, c’est la République, et tous ses enfants en font partie. »
Le parquet a également rappelé, dans une longue chronologie, comment un ancien syndicaliste de Laser, sur écoute dans le cadre d’une enquête pénale sur la gestion de l’entreprise, avait exprimé son désaccord sur la divulgation par Delogu de ces documents.
Pour le ministère public, aucun doute : l’ancien candidat à la mairie de Marseille (11,9 % au premier tour en 2026) « a définitivement franchi la ligne rouge », « il s’est montré indigne, a sali sa fonction » de député.
L’avocat du député, Me Yones Taguelmint, a plaidé « l’apaisement » et la « reconnaissance », tout en retraçant le parcours d’un homme « parti de très bas, qui a su s’élever », qui a certes ses « défauts ».
Concernant l’inéligibilité, en allusion à l’élu des quartiers populaires, il a également souligné « un enjeu important : vous priveriez beaucoup de gens d’un lien qu’ils ont avec l’État ».
Les déboires judiciaires récents du député ont également pesé dans les réquisitions. Condamné en 2025 pour violence aggravée à l’encontre de deux cadres de l’Éducation nationale, il doit également être jugé pour outrage le 13 novembre, suite à une altercation avec deux policiers.