Installé à NY, un bassiste israélien rentre en Israël pour renouer avec les sonorités nord-africaines
Omer Avital retourne en Israël dès que possible pour composer, particulièrement en ce moment marqué par un fort sentiment anti-Israël à New York
Lorsque l’Orchestre israélo-andalou Ashdod interprétera la toute dernière composition de jazz du célèbre bassiste Omer Avital à la fin du mois, ce ne sera pas – et de loin – leur première collaboration. Cela fait des années et des années qu’ils travaillent ensemble.
L’orchestre, placée sous la direction artistique d’Elad Levi, interprétera « North African Dream », à la fois composé et dirigé par Avital.
L’œuvre sera présentée le 27 août prochain à Elma, à Zichron Yaakov, le 28 au YMCA de Jérusalem et le 29 au Musée d’art de Tel Aviv.
Musicien de jazz de formation classique, Avital a travaillé avec Elad Levi, directeur artistique de l’orchestre andalou, pour composer cette pièce pour l’orchestre lors du festival de jazz d’Ashdod de l’an dernier.
« Je connaissais tout le monde », s’amuse Avital. « C’était comme dans une synagogue marocaine. »
Cette pièce sera donc jouée en août puis en novembre, avant de prendre la route pour des dates à Paris en novembre et une tournée aux États-Unis au printemps 2026.
Il s’agit d’une composition émouvante en quatre mouvements – Piyut / Father, The Dream, Eastern Melancholy, The Return of the African Jew – nourrie des traditions culturelles pour ainsi dire perdues des aïeux d’Avital.
Ces derniers temps, Avital a tendance à chercher les opportunités pour se rendre en Israël, surtout depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre et les puissants sentiments antisémites et anti-Israël que cette attaque a déchaînée dans sa ville natale de New York, sur fond de guerre sans fin à Gaza.
« Les gens que je pensais être de mon côté ou mes amis sont maintenant de l’autre côté », confie Avital. « Mais la vie continue et je pense que faire de la musique en Israël est ma vocation en ce moment. J’adore travailler avec les Israéliens. Je pense que nous sommes des gens très talentueux, et en ce moment, la scène jazz en Israël est l’une des scènes les plus riches et créatives du monde. »
« En Israël, la musique est à fleur de peau », ajoute Avital. « Nous disons ce que nous avons à dire en musique. »
New York est devenu un endroit difficile à vivre pour Avital, qui ne se dit pas inquiet pour lui mais conscient d’une haine toujours plus palpable contre les Juifs et les Israéliens, tout autour de lui. Il est ravi d’avoir une excuse pour revenir plus souvent en Israël.
Lors de sa jeunesse en Israël, Avital a étudié la musique classique avec des professeurs russes. Ce n’est que lors d’un nouveau séjour en Israël, au début des années 2000, qu’il se consacre à l’étude de la musique juive arabe, sonorités yéménites et marocaines de sa famille comprises.
« C’est notre musique, la musique arabe juive », explique-t-il. « Quand j’étais jeune, nous ne disions pas que nous étions séfarades, nous ne parlions pas de notre musique. C’est donc une sorte de renaissance heureuse. »
A chacun de ses séjours, ces vingt dernières années, Avital en a appris davantage sur la musique locale, ce qui a contribué à créer une nouvelle tendance musicale, mélange de musique juive arabe et de jazz.
Mais Avital n’est pas le seul dans ce cas.
Plusieurs générations de musiciens de jazz nés en Israël se sont déjà succédés et il existe une vraie curiosité pour la musique arabe juive traditionnelle, comme pour les airs andalous, ce qui explique cette tendance déjà ancienne à fusionner cordes classiques et instruments du Moyen-Orient pour donner naissance à des sonorités proprement israéliennes.
Du haut de ses 53 ans et de ses allers-retours entre Israël et les États-Unis, Avital sait que les jeunes musiciens connaissent et reconnaissent le jazz. L’Orchestre andalou de cette année est d’ailleurs composé de musiciens âgès d’une vingtaine d’années qui ont grandi avec le jazz et la musique moderne d’Afrique du Nord.
« Le moment était venu de rentrer au bercail et de travailler avec cet orchestre capable de tout faire », résume Avital.
L’orchestre Ashdod, fondé il y a de cela une trentaine d’années dans cette ville portuaire du sud d’Israël, regroupait initialement une trentaine de musiciens d’origine tunisienne, marocaine et russe, et jouait uniquement de la musique traditionnelle andalouse et de la poésie liturgique, avec une grande variété d’instruments allant du violon à l’oud.
Aujourd’hui, l’orchestre compte dans ses rangs des musiciens israéliens plus jeunes et d’autres plus traditionnels, tous habitués à mêler sonorités modernes, poésie liturgique et instruments anciens.
« Quand j’ai commencé, c’était perçu comme quelque chose de bizarre », s’amuse Avital. « Les gens se demandaient pourquoi nous mélangeions jazz et chants liturgiques ».
Cela ne l’a pas empêché, en compagnie d’autres musiciens comme Elad Levi, membre de l’orchestre Ashdod, le chef d’orchestre Tom Cohen ou Ravid Kahalani, de Yemen Blues de se lancer dans l’exploration de ces nouvelles sonorités. Ils n’ont plus arrêté plus.
« J’ai pris conscience que c’était ma musique », confie Avital. « J’ai appris le jazz, mais je suis israélien, et en tant que tel, je peux apporter ce que j’ai appris à cette musique classique israélienne pour en faire la musique israélienne de demain. »