Iran : 8 hauts diplomates d’Europe et du Moyen-Orient à Istanbul
Dans ce format inédit, Européens et puissances régionales tentent de juguler l'escalade militaire de la mer Rouge au détroit d'Ormuz. Selon Jean-Noël Barrot : 'il n'y aurait aucun gagnant '
Les chefs de la diplomatie de huit grands pays d’Europe et du Moyen-Orient sont réunis vendredi à Istanbul, un format sans précédent que justifie la multiplication des conflits dans la région et l’absence criante de solutions.
Les ministres des Affaires étrangères de France, Royaume-Uni, Allemagne et Italie ainsi que de Turquie, Arabie saoudite, Pakistan et Égypte cherchent ensemble des clés de désescalade alors que toute la zone s’embrase.
La situation dans les détroits d’Ormuz et de Bab-el Mandeb, qui paralyse le commerce mondial et fait grimper le prix de l’énergie, et les frappes sur l’Arabie saoudite des combattants Houthis du Yémen sont au coeur des discussions.
Ankara entend aussi mettre sur la table « la question palestinienne » et Israël, ainsi que la guerre entre la Russie et l’Ukraine, qui déborde de plus en plus sur la mer Noire et les lignes commerciales qui la traversent.
Mais c’est bien le dossier iranien qui devrait occuper le devant de la scène.
Les frappes des Houthis, alliés de Téhéran, ont atteint une ampleur inédite depuis le début du conflit au Yémen en 2014. Et constituent l’énième avatar de la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, en février dernier.
Paris décrit des discussions sur « la crise iranienne dans ses différentes ramifications », saluant une première « dans ce format (…), dans un contexte de très forte instabilité et incertitudes dans la région ».
La réunion, tenue dans un grand hôtel de la rive occidentale du Bosphore, vise à « renforcer la coordination entre Européens et pays du Moyen-Orient face à des crises que nous n’avons pas choisies et qui nous affectent tous », ajoute le Quai d’Orsay.
« Préoccupations partagées »
Quant au Britannique Ed Miliband, il est venu « mettre en avant la façon dont les tactiques iraniennes sont reproduites dans la région, avec des attaques contre l’Arabie saoudite qui la déstabilisent davantage », selon son entourage.
« Nous ne pouvons pas permettre au régime iranien et à ses supplétifs de déstabiliser davantage la région et les marchés mondiaux », doit-il réaffirmer.
La Turquie, à l’initiative de la rencontre, s’affirme de plus en plus comme une puissance régionale de premier plan, et a fondé en août avec le Pakistan et l’Arabie saoudite un accord de défense appelé Alliance de la Mecque.
L’Égypte ne s’y est pour l’heure pas ralliée, même si elle envisage d’intervenir en défense de son allié saoudien face aux rebelles houthis du Yémen.
Ces quatre pays se sont réunis en début d’après-midi dans un format dit « R4 », pendant que les Européens faisaient de même de leurs côtés, selon une source diplomatique du continent.
Tous doivent ensuite se rencontrer en séance plénière, avant une conférence de presse en fin de journée.
« Responsabilité régionale »
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan répète combien la situation exige une prise de responsabilité des pays de la région.
« Les cadres régionaux se transforment en plateformes crédibles », a-t-il déclaré vendredi matin dans un forum distinct consacré à la médiation.
« Notre expérience dans plusieurs régions nous a montré que la stabilité ne peut tout simplement pas être importée et que des solutions durables ne peuvent pas être imposées de l’extérieur », a-t-il ajouté. « Ceux qui vivent avec le conflit doivent jouer un rôle central dans sa résolution. »
Le chef de la diplomatie turque craint un « conflit de plus grande ampleur » encore et rappelle « l’importance vitale » de la liberté de navigation dans les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, a-t-on souligné à Ankara.
Un sujet censé, lui aussi, faire l’unanimité.
La Turquie entretient des relations exécrables avec Israël, qu’elle accuse de « génocide » à Gaza, mais est en bons termes avec Téhéran comme avec Washington. M. Fidan s’est ainsi encore entretenu tout récemment avec son homologue iranien Abbas Araghchi.
Ankara entend, avec cette conférence, donner plus de substance au très jeune pacte de la Mecque, qui réunit la seconde armée de l’Otan (Turquie), la plus grande puissance du Golfe (Arabie saoudite) et la seule puissance nucléaire du monde musulman (Pakistan).
« L’Alliance de La Mecque vise à assurer la paix, la prospérité et l’avenir de la région. En s’appuyant sur une responsabilité régionale, ces efforts ont davantage de chances de réussir », a insisté Hakan Fidan.
Le ministre français des Affaires étrangères a fait savoir que toute nouvelle escalade entre l’Iran et les États-Unis ne ferait que des perdants et monter les prix du pétrole.
« Une nouvelle escalade entre l’Iran et les États-Unis ne ferait aucun gagnant et aurait très probablement des conséquences très graves sur les prix des hydrocarbures », a déclaré Jean-Noël Barrot aux journalistes à Istanbul à l’issue de cette réunion avec ses homologues du Royaume-Uni, d’Allemagne, de Turquie, d’Égypte, du Pakistan et d’Arabie saoudite.