Iran: une majorité de députés s’offusquent du non-respect de l’obligation du voile
Le voile obligatoire cristallise les tensions en Iran, depuis les manifestations qui avaient suivi en 2022 la mort en détention de Mahsa Amini
Plus de la moitié des députés au Parlement iranien accusent le pouvoir judiciaire de laxisme pour ne pas faire respecter la loi sur le voile obligatoire, a rapporté mardi un média d’Etat, alors que nombre d’Iraniennes refusent de porter le hijab.
En vertu des règles imposées après la Révolution islamique de 1979, toutes les femmes en Iran ont l’obligation de se couvrir totalement les cheveux en public avec un voile (hijab) et porter des vêtements sobres et amples.
Mais dans les grandes villes, en particulier Téhéran, nombre de femmes sortent désormais sans voile, les cheveux colorés et vêtues de jeans et baskets. Certaines choisissent même des décolletés ou des vêtements légers laissant apparaître leur nombril, des tenues inimaginables en Iran il y a encore quelques années.
« Le pouvoir judiciaire ne peut rester passif », écrivent dans une lettre adressée à son chef, Gholamhossein Mohseni Ejeï, 155 députés sur les 290 que compte le Parlement iranien.
« Cette négligence (à appliquer la loi, NDLR) a favorisé la voie pour la nudité, le non-respect du voile et d’autres comportements anormaux » en société, fustigent ces députés, dans une lettre citée par l’agence de presse parlementaire Icana.
Le terme « nudité » en Iran fait généralement référence à des tenues jugées inappropriées.
L’administration du président Massoud Pezeshkian a refusé l’an dernier de promulguer une loi, votée au Parlement, qui prévoyait un durcissement drastique des peines à l’encontre des femmes non ou mal voilées.
Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, un conservateur, a regretté mardi que la question du voile devienne un sujet « politique » qui n’a « rien à voir avec le principe du hijab », lors d’une conférence de presse à laquelle l’AFP a assisté.
Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, M. Pezeshkian estime que l’on ne peut contraindre une femme à se voiler. Le voile obligatoire cristallise les tensions en Iran, depuis les manifestations qui avaient suivi en 2022 la mort en détention de Mahsa Amini.
La jeune femme avait été arrêtée par la police des moeurs pour un voile prétendument mal ajusté, en infraction avec le code vestimentaire en vigueur.
Des personnalités du clergé et des conservateurs sont vent debout contre ce qu’ils estiment être la généralisation de la « nudité » et une percée de l’influence occidentale, perçue comme une menace.
Ces derniers mois, les autorités ont fermé plusieurs cafés et restaurants pour non-respect du voile obligatoire ou pour avoir servi de l’alcool, interdit en Iran.
Selon une fatwa (décret religieux) de 2014 du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ultime décisionnaire en Iran, le hijab doit être porté de manière à ne laisser visibles que l’arrondi du visage et les mains.
Le bureau du Guide s’est retrouvé ces derniers jours sous le feu des critiques de certains ultraconservateurs, après la publication sur son site internet d’une photo d’une Iranienne non voilée, tuée lors de la guerre en juin contre Israël.
Sur ce cliché, la jeune femme apparaît avec une simple casquette sur la tête, les cheveux visibles.
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