Iran : Witkoff laisse entendre que Washington préfère favoriser la diplomatie
L'envoyé américain a affirmé qu'un accord avec la république islamique porterait sur l'enrichissement nucléaire, les missiles balistiques, les stocks existants de matières enrichies de l'Iran et sur ses proxies
HOLLYWOOD, Floride — L’envoyé spécial américain Steve Witkoff a laissé entendre, jeudi, que l’administration Trump préférait une résolution diplomatique plutôt que militaire aux tensions actuelles avec l’Iran – des tensions qui ont été déclenchées par les violences meurtrières du régime à l’encontre des manifestants.
Interrogé lors d’une interview aors qu’il participait, en Floride, à la conférence du Conseil israélo-américain, sur la probabilité d’une frappe militaire américaine contre l’Iran, Witkoff a répondu : « J’espère qu’il y aura une résolution diplomatique. Je le souhaite vraiment ».
L’envoyé américain a déclaré qu’un accord diplomatique avec l’Iran permettrait de régler quatre questions : « (1) l’enrichissement nucléaire, (2) les missiles — ils doivent réduire leur stock ; (3) les matières [nucléaires] dont ils disposent actuellement, soit environ 2 000 kilos d’uranium enrichis entre 3,67 % et 60 % ; et (4) la question des proxies.
Il a suggéré que l’Iran pourrait être disposé à faire des compromis sur ces quatre problématiques en raison de la situation économique désastreuse du pays.
« S’ils veulent réintégrer la société des nations, nous sommes en mesure de résoudre ces quatre problèmes par la voie diplomatique, ce qui serait une excellente solution. L’alternative est mauvaise », a-t-il affirmé.
Alors qu’il lui était demandé s’il avait un message à transmettre au peuple iranien qui souhaite la chute du régime, Witkoff a répondu : « Ce sont des gens qui sont incroyablement courageux, et nous sommes à leurs côtés ».
Le président américain Donald Trump a menacé à plusieurs reprises de frapper l’Iran si le régime tuait des manifestants – ce que ce dernier a fait à plusieurs milliers de reprises.
Mais Trump a annoncé mercredi que Téhéran l’avait informé que les meurtres de manifestants avaient cessé – ce qui a alimenté les rumeurs qui ont laissé entendre que Washington ne frapperait pas l’Iran. Cependant, les États-Unis ont déployé des moyens militaires supplémentaires dans la région au cours des dernières vingt-quatre heures.
Jeremy Shapiro, directeur de recherche au sein du Conseil européen des relations étrangères, dit que Trump a peut-être décidé de suspendre les frappes en raison de ses inquiétudes concernant le positionnement actuel des forces américaines au Moyen-Orient.
Il n’y a actuellement aucun porte-avions américain – un navire considéré comme un atout essentiel dans une opération militaire d’envergure – dans la région après que l’USS Gerald R. Ford et son groupe de frappe ont été déployés dans la région du Commandement du sud des États-Unis, dans le cadre d’une opération massive de lutte contre le trafic de drogue axée sur le Venezuela.
« Nous avons communiqué avec les Iraniens hier, et l’une de nos préoccupations concernait les tueurs qui, selon les rumeurs, étaient en route — des pendaisons massives, mais cela a été annulé », a déclaré Witkoff.
Selon le Wall Street Journal, Trump continuera à surveiller la réponse apportée par l’Iran aux manifestations avant de décider de l’ampleur des frappes possibles contre le pays – et ce après qu’il a été informé qu’une attaque majeure avait peu de chances de renverser la république islamique et qu’elle pourrait entraîner un conflit plus large.
Citant des responsables américains, le WSJ a indiqué que les conseillers de Trump lui avaient dit que les États-Unis avaient besoin de davantage de moyens militaires au Moyen-Orient pour mener une attaque significative, ainsi que pour protéger les soldats américains dans la région et les nations alliées comme Israël, si l’Iran réagissait.
Le journal a noté que des responsables américains et des partenaires non spécifiés du Moyen-Orient ont expliqué à la Maison Blanche qu’une frappe à grande échelle avait peu de chances de renverser le régime et que, même si une attaque plus ciblée pouvait améliorer le moral des manifestants, elle avait peu de chances de mettre fin à la répression meurtrière contre les manifestants.
Selon les responsables cités dans l’article, Trump a demandé que des moyens militaires soient mis en place au cas où il déciderait d’ordonner des frappes intensives – mais il n’a pas encore pris de décision.
« Le président et son équipe ont fait savoir au régime iranien que si les tueries se poursuivent, il y aura de graves conséquences », a déclaré jeudi la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt.
« Seul le président Trump sait ce qu’il va faire et seule une très petite équipe de conseillers est au courant de ses intentions », a-t-ele ajouté.
Lundi, Trump a déclaré qu’il imposerait des droits de douane de 25 % aux pays qui font des affaires avec Téhéran « avec effet immédiat », mais la Maison Blanche n’a donné aucun détail sur cette mesure.
La Chine, les Émirats arabes unis, la Turquie, le Brésil et la Russie font partie des économies qui font des affaires avec Téhéran.
Jeudi, l’administration Trump a également annoncé de nouvelles sanctions contre l’Iran, notamment contre le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, que le département du Trésor accuse d’être l’un des premiers responsables à avoir appelé à la violence contre les manifestants iraniens.
Le Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor a également désigné 18 personnes et entreprises qui, selon les États-Unis, ont participé au blanchiment d’argent provenant de la vente de pétrole iranien sur les marchés étrangers dans le cadre d’un réseau bancaire parallèle d’institutions financières iraniennes sanctionnées, Bank Melli et Shahr Bank.
Selon l’Agence de presse des Militants des droits de l’Homme, plus de 600 manifestations ont eu lieu dans les 31 provinces iraniennes, faisant au moins 2 637 morts et plus de 16 700 arrestations.
Ces manifestations sont les plus importantes que l’Iran ait connues depuis des années. Elles ont été déclenchées par l’effondrement de la monnaie iranienne et se sont transformées en un test majeur pour le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et son régime répressif.