Israël attribue l’arrêt des livraisons commerciales à Gaza aux taxes du Hamas
Un représentant des transporteurs palestiniens conteste cette version, mais reconnaît que le groupe terroriste exige 10 000 shekels par camion, une somme présentée comme un don volontaire
Aucune marchandise destinée au commerce n’est entrée dans la bande de Gaza depuis deux jours, ont déclaré jeudi les autorités israéliennes, attribuant cette interruption à la colère des commerçants face aux taxes imposées par le groupe terroriste palestinien du Hamas, une affirmation contestée par les importateurs palestiniens et le groupe terroriste.
L’arrêt des livraisons commerciales, notamment de fruits et de vêtements d’hiver, prive le territoire d’une source essentielle de nourriture et d’autres produits de première nécessité, alors que les inquiétudes grandissent quant à la disponibilité des provisions nécessaires pour affronter l’hiver.
Cette mesure risque de réduire immédiatement les quantités de marchandises disponibles à Gaza, un territoire isolé qui dépend entièrement des produits qu’Israël autorise à faire entrer par les points de passage frontaliers.
Les organisations humanitaires acheminent généralement des denrées de base telles que la farine, tandis que les commerçants importent des produits frais et périssables, notamment des fruits et de la viande, selon des données publiées en début d’année par le Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires (COGAT), l’organisme militaire israélien chargé de superviser l’aide humanitaire à Gaza.
Cette suspension fait également craindre une hausse des prix, les travailleurs humanitaires soulignant que l’aide humanitaire doit s’accompagner d’une activité commerciale soutenue pour éviter une flambée des prix.
« Le secteur humanitaire ne peut à lui seul répondre aux besoins de toute la population », a déclaré Shaina Low, porte-parole du Conseil norvégien pour les réfugiés, une organisation humanitaire. « Il est essentiel que les marchés fonctionnent. »
Mercredi, le COGAT a annoncé la suspension des livraisons commerciales. Son porte-parole adjoint, le lieutenant Daniel Kantorovich, a expliqué que cette décision faisait suite à celle prise la veille par les commerçants palestiniens et que les livraisons pourraient reprendre à leur demande.
« Nous étions prêts à coordonner l’entrée de leurs camions comme d’habitude, mais les commerçants nous ont informés qu’ils annulaient cette coordination en raison du système de taxation du Hamas et des menaces dont ils faisaient l’objet », a déclaré Kantorovich. « Les commerçants ne veulent pas faire entrer de marchandises à Gaza. »
La principale instance internationale chargée d’évaluer l’insécurité alimentaire a indiqué plus tôt cette année que la situation à Gaza s’était améliorée depuis la déclaration de famine dans le territoire en août 2025, mais qu’elle demeurait critique. Israël avait pour sa part catégoriquement nié l’existence de cette famine.
La plupart des familles de cette enclave ravagée par la guerre ne disposaient toujours pas de nourriture en quantité suffisante, précisait le rapport, qui avertissait que « même de légères perturbations de l’accès humanitaire pourraient rapidement réduire à néant les progrès récents ».
Les commerçants de Gaza traitent directement avec des fournisseurs établis à l’extérieur du territoire. Leurs cargaisons sont ensuite inspectées par l’armée israélienne avant d’entrer à Gaza.
En annonçant cette mesure, le COGAT a affirmé que la suspension résultait d’une décision des commerçants de Gaza, excédés par les taxes que leur impose le Hamas et les menaces qu’il fait peser sur eux. Israël accuse depuis longtemps le groupe terroriste de prélever des taxes sur les importations pour financer ses opérations.
L’organisme a fait état d’informations selon lesquelles des membres des services de sécurité du Hamas auraient arrêté le fils d’un commerçant qui avait refusé de se plier à leurs exigences. Cette arrestation aurait alors poussé les autres commerçants à suspendre leurs activités, par crainte pour leur propre sécurité.
Le COGAT a indiqué que les livraisons du secteur privé représentaient environ la moitié des camions entrant chaque semaine à Gaza et qu’aucun fournisseur privé n’avait cherché à y faire entrer des marchandises depuis que les commerçants avaient informé Israël de leur décision, mardi.
Il a également averti que cette suspension risquait de compromettre l’accord de cessez-le-feu.
Dans une lettre adressée aux représentants internationaux chargés de la mise en œuvre du cessez-le-feu, le COGAT a indiqué que, d’après les commerçants, le Hamas exigeait environ 10 000 shekels par camion entrant dans la bande de Gaza et leur imposait d’effectuer en espèces, plutôt que par virement bancaire, les transactions portant sur environ 30 % de leurs marchandises.
Le président du syndicat des transporteurs routiers privés de Gaza, Nahed Sheheiber, a contesté la version du COGAT, affirmant que c’était Israël qui avait décidé de suspendre les livraisons.
« Ce ne sont pas les commerçants qui ont interrompu les livraisons », a-t-il déclaré. « Le coordinateur israélien prétend que les commerçants de Gaza sont responsables, mais la vérité, c’est que ce sont les Israéliens qui ont imposé ces restrictions. »
À la suite de l’annonce du COGAT, le syndicat présidé par Sheheiber a rencontré des représentants du ministère de l’Économie de Gaza, contrôlé par le Hamas, pour leur faire part de ses inquiétudes. Le syndicat a accusé Israël de se servir des sommes réclamées aux commerçants par le ministère comme prétexte pour empêcher l’entrée de marchandises dans la bande de Gaza.
Selon Sheheiber, le ministère réclamait 10 000 shekels par camion entrant dans la bande de Gaza. Lors de la réunion, Khaled Al-Raqab, sous-secrétaire au ministère de l’Économie, a toutefois affirmé qu’il ne s’agissait pas d’une taxe, mais d’un « don » demandé par le ministère pour contribuer au paiement des salaires des fonctionnaires de Gaza.
L’annonce du COGAT ne précisait pas si les organisations humanitaires seraient autorisées à augmenter leurs livraisons à destination de Gaza afin de compenser l’arrêt des livraisons commerciales.
L’agence a affirmé que les quelque deux millions d’habitants de Gaza avaient besoin d’environ 250 camions de marchandises par jour. Ce chiffre est bien inférieur au minimum de 600 camions par jour prévu par l’accord de cessez-le-feu négocié sous l’égide des États-Unis un an plus tôt.
Le Hamas a rejeté les accusations du COGAT dans une lettre adressée aux médiateurs, notamment à l’Égypte, au Qatar et à la Turquie, niant « catégoriquement » avoir imposé des taxes ou des redevances gouvernementales sur les camions transportant des marchandises commerciales.
Le groupe terroriste a affirmé n’avoir prélevé aucune taxe ni redevance sur les activités commerciales au cours des trois années de guerre, compte tenu de la situation humanitaire et économique à Gaza.
Le Hamas a expliqué que la somme de 10 000 shekels correspondait à une « initiative communautaire volontaire » lancée par des entrepreneurs de Gaza pour alimenter un « fonds national » destiné à financer des projets humanitaires, tandis que l’obligation de vendre une partie des marchandises au comptant avait pour objectif, selon lui, d’injecter des « liquidités » dans le territoire.
La guerre a été déclenchée par le pogrom perpétré dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023 par des terroristes du Hamas et d’autres groupes palestiniens, qui ont assassiné plus de 1 200 personnes et pris 251 otages. Israël a riposté en lançant une vaste campagne de bombardements et une offensive terrestre qui ont fait plus de 74 000 morts parmi les Palestiniens, selon le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, dont les chiffres ne distinguent pas les civils des combattants.